L'ex-président
du parti d'extrême droite flamand dénonce des magouilles
internes !
C’est la guerre totale au Vlaams Belang
Incroyable mais vrai... Frank Vanhecke, l'ex-président
et toujours député européen du Vlaams Belang
(VB), accuse désormais ses «camarades» de malversations
financières ! Les révélations de Vanhecke sont
un nouvel épisode de la «guerre des clans» qui
ravage le VB depuis ses dernières défaites électorales.
Johan Gulbenkian, le responsable
de la rédaction néerlandophone de RésistanceS.be,
fait le point sur ce nouveau dossier explosif qui pourrait lézarder
encore davantage le Vlaams Belang. Ensuite, Alexandre Vick vous propose
le Who's who de cette nouvelle «affaire».

Faudra-t-il désormais utiliser le balai
anti-corruption contre le Vlaams Belang, pourtant jadis agité
par sa propre propagande, et avant elle par celle de Rex de Léon
Degrelle, pour cibler les partis traditionnels ? Photos extraites
de la couverture du livre «Ouvrez les yeux ! Le Vlaams Blok
déshabillé» de Hugo Gijsels (Luc Pire-CJEF-CMB,
1994).
Il y a quelques jours «Apache», le webjournal d'investigation
créé par des journalistes venant du quotidien flamand
«De Morgen», révélait l'existence d'une
lettre (datée du 10 décembre dernier) accusant une partie
de la direction du Vlaams Belang, le parti flamand d'extrême
droite, d'avoir commis en interne des malversations financières
dans le cadre de ses activités politiques. L'auteur de cette
missive explosive n'est pas n'importe qui puisqu'il s'agit de Frank
Vanhecke en personne, l'ancien président national du Vlaams
Belang et actuel député de ce dernier au Parlement européen
(voir ci-dessous son portrait plus complet).
Mécanisme occulte
Dans sa missive, Frank Vanhecke affirme avoir des preuves
matérielles de malversations financières opérées
à partir du service des publications du parti. Un service dirigé
directement par Filip Dewinter (voir notre encadré Who's who
ci-dessous). Selon l'ex-président du Belang, le mécanisme
de la manœuvre occulte passerait par une société
bruxelloise privée.
A l'occasion de commandes d'enseignes
lumineuses pour le parti, le service dirigé par Filip Dewinter
aurait produit de fausses offres, émanant d'entreprises inexistantes,
pour favoriser la Brusselse Signs and Lightning Corporation. Une société
dont le patron se nomme Pieter Kerstens, un proche de Dewinter (voir
notre who's who).
La Brusselse Signs and Lightning Corporation
de Kerstens ne serait pas la seule entreprise se retrouvant dans le
système douteux du Vlaams Belang. Une société
de publicité, ARB, a également été engagée
pour la réalisation d'importants contrats, concernant ici la
réalisation d'affiches électorales. Selon Vanhecke,
les montants exposés dans ces contrats seraient beaucoup plus
élevés que le prix moyen du marché. La société
de pub ARB servirait d'intermédiaire entre le parti et l'imprimerie
en charge de l'impression des affiches. Dans ce deal, ARB percevrait,
toujours d'après la lettre de Frank Vanhecke, une commission
de 12 %, ainsi qu'une somme de 35.000 euros pour services rendus.
Sans doute dans un esprit d'équité,
l'actuel président du VB, Bruno Valkeniers, a tenté
de faire revoir les contrats très avantageux pour la société
ARB. Sa tentative se solda par un échec. Il faut savoir que
le patron d'ARB, Eric Deleu, gravite directement dans l'entourage
de Filip Dewinter (voir le Who'who de cette affaire, ci-dessous).
Un intouchable, en quelque sorte.

Sur le modèle de son ami politique Jean-Marie
Le Pen, Filip Dewinter (à sa droite) a pris le contrôle
du Vlaams Belang au milieu des années 1980, avec la complicité
de Frank Vanhecke.
Guerre des clans
Les attaques ouvertes sont rares au sein du Vlaams Belang,
où règne normalement une véritable politique
d'omerta. Les actuelles révélations de l'ancien président
VBiste doivent s'expliquer dans le contexte des conflits internes
qui foudroient le VB depuis plusieurs mois. Franck Vanhecke, soutenu
seulement par une petite poignée de cadres du parti, dont son
amie la parlementaire Marie-Rose Morel, s'oppose de plus en plus ouvertement
au clan «Dewinter-Annemans». Un clan qui contrôle
le leadership de l'appareil dirigeant du Belang. Une guerre inter-VB,
dont RésistanceS.be a déjà fait régulièrement
écho, que visiblement le président Bruno Valkenier n’arrive
pas à contrôler, ni surtout à juguler. Il y a
pourtant urgence : ces conflits sont des plus contre-productifs pour
le Vlaams Belang, dont l'état de santé politique est
très mauvais.
La «guerre des clans» qui
s'y déroule est accentuée par les récentes défaites
électorales enregistrées aux dernières élections.
Défaites s'expliquant par plusieurs facteurs, dont une usure
temporelle de l'image de «parti protestataire» dont bénéficiait
seul le Vlaams Belang jusqu'à présent et en même
temps l'émergence de sérieux concurrents nationalistes
et populistes dans le paysage politique flamand. Ce reflux électoral
du Belang, hier parti «number one» - en termes de dynamisme
et de progression politique - pousse désormais ses leaders
à s'entre-déchirer. Alors qu’il est attaqué
de l'extérieur, les règlements de comptes se font à
l'intérieur.
Balais anti-corruption
Dans un article sur son site Internet, mis en ligne voici
déjà plusieurs jours, Frank Vanhecke écrit qu'il
poursuivra sa dénonciation publique des travers du Vlaams Belang.
Il précisait également que tous les VBistes qui choisiront
de subir encore la loi du silence devront alors être considérés
comme les complices des dysfonctionnements internes...
Cela promet donc de nouvelles révélations
sur le parti qui se donnait, depuis sa création en 1978, l'image
du seul «parti propre» du monde politique. Derrière
les décors de propagande et les balais anti-corruption, jadis
agités par le Vlaams Belang - et avant lui par le parti Rex
de Léon Degrelle - une autre réalité se cacherait-elle
?
Johan Gulbenkian
Responsable de la rédaction flamande de RésistanceS.be
| Le Who's who de cette «affaire»
Les récentes révélations
de Frank Vanhecke, l'ancien président du Vlaams Belang,
sur les supposées magouilles financières opérées
par ce parti d'extrême droite, qui fut jusqu'à
récemment l'un des plus importants en Europe, mettent
sous les feux de l'actualité plusieurs personnes. Lui-même
en premier lieu. Voici leur portrait.
Frank Vanhecke,
génération Dillen-Le Pen
Celui qui met aujourd'hui le feu aux poudres du Vlaams Belang,
en dénonçant publiquement ses maux internes, dont
d’éventuelles malversations financières, est
l'un de ses responsables les plus importants. Né en 1959,
Frank Vanhecke a été le président du parti
d'extrême droite flamand de 1996 à 2008. En juin
dernier, il a été réélu au Parlement
européen. Avant cela, il avait déjà siégé
comme chef du groupe du Vlaams Belang au Sénat et au conseil
communal de Bruges.
Très jeune, Frank Vanhecke
a été membre du Vlaams nationalistisch partij
(VNP), la principale formation politique à la base de
la création en 1978 du Vlaams Blok, le nom d'origine
du Vlaams Belang. Il passa également par les rangs du
Nationalistisch studentenverenigingen (NSV), une association
d'étudiants adeptes de la croix celtique (symbole des
néofascistes) et des actions musclées de type
commando. Il n'y a pas de doute à propos de son CV politique
: Vanhecke est un pur et dur de la cause nationaliste radicale
flamande, alors à l'extrême droite de la Volksunie,
le parti historique du mouvement national flamand. Il a fait
partie de la génération militante qui va réussir
à imposer le Vlaams Blok dans le paysage politique de
notre pays. Notamment en prenant pour modèle l'extrême
droite française conduite par Jean-Marie Le Pen. En 1981,
Frank Vanhecke termine à la Vrij universiteit Brussel
(VUB) ses études en communication par la réalisation
d'un mémoire consacrée à la Nouvelle Droite
française, le courant idéologico-stratégique
qui permit à l'extrême droite de sortir de sa traversée
du désert, entamée aux lendemains de la Seconde
Guerre mondiale. Fort de ses connaissances théoriques,
Frank Vanhecke fut vite choisi par Karel Dillen, le dirigeant
historique et fondateur du parti nationaliste séparatiste
flamand, pour prendre en main le VB et le professionnaliser.
Une mission qu'il réalisera avec d'autres jeunes cadres,
dont essentiellement Gerolf Annemans et Filip Dewinter. Aujourd'hui
ses pires ennemis à l'intérieur du Vlaams Belang.

Karel Dillen avec Frank Vanhecke, l'un
de ses «fils politiques» préférés.
Au temps où le Vlaams Belang était uni...
Filip Dewinter,
le vrai patron du Vlaams Belang
Dans sa lettre de dénonciation, Frank Vanhecke cible en
particulier Filip Dewinter. Officiellement numéro deux
du Vlaams Belang, dans les faits Dewinter est son véritable
patron. Par ailleurs, c'est en tandem avec Vanhecke qu'il participa
à la prise de contrôle du pouvoir au sein du parti,
au milieu des années 1980. Leur parcours politique et leur
ascension dans l'appareil dirigeant du Vlaams Belang est similaire.
Ils formaient alors une seule et même pièce. Côté
face, Vanhecke, côté pile, Dewinter. Habile en matière
de communication, ce dernier scénarise une prise de contrôle
du VB en mettant aux avant-postes son camarade Vanhecke, plus
passe-partout, et plus acceptable surtout. Dewinter l'utilisera
comme cheval de Troie. Une fois à la tête du VB,
Frank Vanhecke agira pour le compte de Dewinter. Jusqu'à
leur récente rupture.
Filip Dewinter provient lui aussi
du Nationalistisch studentenverenigingen (NSV), le vivier de
recrutement des futurs responsables du parti d'extrême
droite. Influencé par le Front national français,
il est chargé de fonder et de structurer l'organisation
de jeunesse du VB de l'époque, les Vlaams Blok jongeren.
Échelon après échelon, Dewinter monte dans
la hiérarchie de la formation politique extrémiste.
Aux élections, il est systématiquement élu
: conseiller communal à Anvers, député
régional, député fédéral...
Son parrain politique, Karel Dillen (aujourd'hui décédé),
lui a balisé le terrain pour y arriver.
Contrairement à Vanhecke,
qui préconise une modération du programme du VB,
afin de le sortir de son isolement politique, Filip Dewinter
reste pour sa part un partisan de la ligne historique. Ses liens
maintenus avec des organisations d'extrême droite radicales,
voire néonazies, le prouve à suffisance.

Filip Dewinter (à l'extrême
droite sur cette photo) lors d'un récent meeting de la
Nouvelle droite populaire (NDP), un mouvement de l'extrême
droite radicale française.
PLUS D'INFOS sur
Dewinter ?
Lire notre article «Qui est réellement
Filip Dewinter ?»
Pieter Kerstens,
alias «Néon Degrelle»
Il est le patron de la Brusselse Signs and Lightning Corporation,
la société commerciale, spécialiste en lumineux,
mise aujourd'hui en cause par Frank Vanhecke dans le mécanisme
de fraudes supposées organisé au cœur de la
direction du Vlaams Belang. D'origine hollandaise, Pieter Kerstens
provient de l'extrême droite francophone des années
1980. Il fut l'un des derniers dirigeants du Parti des forces
nouvelles (PFN), une formation politique acquise aux thèses
négationnistes néonazies et prenant Léon
Degrelle comme modèle.
Ce sont sa nostalgie de l'ex-chef
de Rex et ses activités professionnelles dans le secteur
des néons lumineux qui donneront à Kerstens son
surnom : «Néon Degrelle» En 1991, sous sa
houlette et celle des derniers autres responsables du PFN, ce
parti néonazi fusionne avec le Front national (FN) de
Daniel Féret. Cependant, très vite, Pieter Kerstens
quittera le FN pour tenter de relancer le PFN, sous le nom de
Renouveau nationaliste. L'échec sera au rendez-vous.
Avec quelques anciens du PFN, il rejoindra alors le Vlaams Blok.
Depuis, Pieter Kerstens dirige l'Alliance bruxelloise contre
le déclin (ABCD), une structure chargée de la
propagande en direction de l'électorat francophone de
la capitale du parti d'extrême droite flamand. Il se charge
encore des relations du Vlaams Belang avec l'extrême droite
française. Avec Filip Dewinter, Pieter Kerstens entretient
ainsi des amitiés privilégiées avec la
Nouvelle droite populaire (NDP), un mouvement dissident du Front
national de Jean-Marie Le Pen.
Des articles politiques du patron
de la Brusselse Signs and Lightning Corporation sont par ailleurs
publiés dans le journal du Front national présidé
par Patrick Cocriamont et sur le site Internet du mouvement
Nation.

Photo exclusive de RésistanceS.be : Pieter Kerstens (à
gauche sur cette photo) à l'époque du Parti des
forces nouvelles (PFN), lors d'un rassemblement néofasciste
en France. Au mur, une affiche nostalgique de Léon Degrelle.
PLUS D'INFOS sur
l'Alliance bruxelloise contre le déclin de Pieter Kerstens
? Lire notre article «Une alliance
francophone au service du Vlaams Belang»
Eric Deleu,
une mauvaise pub pour le Belang
Il dirige l'agence de publicité ARB qui aurait été
favorisée financièrement par le Vlaams Belang, d'après
la lettre de dénonciation écrite par Frank Vanhecke.
Deleu est un proche de Filip Dewinter. Il siège pour le
compte de son parti au conseil d'administration de la VRT, la
chaîne publique flamande. Eric Deleu vient d'être
reconfirmé dans cette fonction par la direction du Vlaams
Belang. Autres information intéressante concernant ce «camarade-ami»
de Dewinter : il a été recherché récemment
par la justice allemande pour le vol d’une petite statue
d’Arno Breker, un des sculpteurs nazis préférés
d’Adolf Hitler. Il s'agirait bien entendu d'«un malentendu»,
dixit Eric Deleu, qui affirme, depuis lors, que l’affaire
s'est réglée à l’amiable...
Alexandre Vick
|
© RésistanceS.be – web-journal
de l'Observatoire belge de l'extrême droite – www.resistances.be
– info@resistances.be – Article mis en ligne le 9 mars
2010.
|

Le balai anti-corruption
a toujours été agité par l'extrême droite.
Comme ici sur cette photographie de militants du parti Rex de Léon
Degrelle au milieu des années 1930.
Sur RésitanceS.be, il est toujours possible
de lire notre
dossier sur les crises internes
au Vlaams Belang

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