INFOS EXCLUSIVES
Les pratiques douteuses de deux députés
FN
Le Front national est-il réellement un parti exemplaire
contre les «pourris» et autres «profiteurs»
du monde politique traditionnel, comme il l'affirme dans sa propagande
? Une information reçue à la rédaction de RésistanceS.be
démontre le contraire. Récemment, deux députés
wallons ont été écartés par la direction
«rénovée» du FN. L'un pour ne pas avoir
payé sa cotisation, l'autre parce que son nom est cité
dans une affaire judiciaire où il question notamment de harcèlement
sexuel. Voici les informations exceptionnelles recueillies à
ce sujet par RésistanceS.be.

Aujourd'hui, les sites et blogs Internet de
Charles Pire et Charles Petitjean figurent sur la page «Liens»
du site du Front national animé par le «clan Féret».
Pourtant, il y a quelques semaines encore, ces deux députés
régionaux sortants faisaient parties des «anti-Féret»
les plus radicaux. CLIQUEZ
SUR L'IMAGE POUR L'AGRANDIR.
Pour les élections régionales et européennes
du 7 juin prochain, le Front national, dit «rénové»
et reconnu comme étant le FN officiel par les autorités
électorales, a bouclé la liste de tous ses candidats
: les têtes de listes comme les candidats effectifs et suppléants.
Sur celle-ci figurent quelques personnalités connues de ce
FN : on y trouve son président Daniel Huygens, son vice-président
et secrétaire général Patrick Sessler ou encore
le député régional Jean-Pierre Borbouse. Un constat
a immédiatement pu être fait : deux membres du bureau
politique de ce parti d'extrême droite, les députés
régionaux sortants Charles Pire et Charles Petitjean, n'apparaissent
nulle part sur les listes frontistes pour les élections du
mois de juin, ni sur celle déposée pour le scrutin européen
ni sur la liste pour le Parlement wallon. Pourtant, Pire comme Petitjean
ambitionnaient depuis longtemps déjà de conduire les
frontistes, en tant que têtes de liste, dans leur circonscription
électorale respective, celle de Liège pour le premier,
celle de Charleroi pour le second. Leur absence des listes du FN est
étonnante à plus d'un titre. Cette absence fait-elle
suite à un conflit interne de nature politique survenu au sein
du parti ? Se base-t-elle sur des divergences idéologiques
ou stratégiques ? Pour connaître la vérité
sur la non présence de ces deux Charles sur les listes frontistes,
RésistanceS.be a mené une petite enquête. Son
résultat est des plus intéressants. Surtout lorsqu’il
concerne un «parti anti-pourris» qui veut donner une «bonne
leçon» au monde politique.
Premièrement, RésistanceS.be
a pu apprendre que leur écartement n'avait pas découlé
d'une bisbrouille interne habituelle à l'extrême droite.
Membres du «clan des réformateurs» du FN depuis
2007, leur absence sur les listes électorales a pour explication
deux raisons distinctes. Mais néanmoins sulfureuses...
Endettement à l'égard du FN
Concernant tout d'abord Charles Pire. Comme dans d'autres
partis politiques, au Front national, chaque parlementaire élu
doit rétrocéder une partie de son salaire au parti.
Au FN, cette rétrocession s'élève à environ
1 000 euros, pour un salaire de député régional
d'environ 5 500 euros nets. Depuis son élection au Parlement
wallon en 2004, Charles Pire n'aurait versé sa «cotisation
interne» que sporadiquement : à de rares exceptions,
de temps en temps, à la différence des autres élus
frontistes, qui honorent leur engagement contractuel. Cette cotisation
permet entre autres de faire fonctionner le parti de façon
professionnelle.
Aujourd'hui, cinq ans après son
élection au Parlement de Namur, l'élu frontiste doit
une bonne somme d'argent au FN. Malgré une convention signée
et les rappels qui lui ont été faits, Charles Pire a
refusé systématiquement de se mettre en ordre de paiement.
C'est donc pour infraction à ses engagements financiers à
l'égard du Front que ce parlementaire a été écarté
de la liste des candidats pour les élections régionales
et européennes du 7 juin prochain.

Sur son blog, Charles Pire affirme qu'il est,
avec Charles Petitjean, soutenu par Bruno Gollnisch, le vice-président
du Front national français, connu aussi pour son soutien aux
négationnistes.
Vie sexuelle d'un frontiste
Pour l'autre Charles du FN, Charles Petitjean, l'explication
de son écartement des instances du parti et de sa non figuration
sur une liste électorale est d'une tout autre nature. En effet,
selon des informations exclusives recueillies par RésistanceS.be,
il semblerait que le député régional frontiste,
élu en 2004, soit impliqué dans un dossier de harcèlement
sexuel à l'égard de l'une de ses anciennes assistantes
parlementaires. D'après certains renseignements obtenus par
notre rédaction, celle-ci aurait déposé plainte
auprès de la police judiciaire fédérale, en automne
dernier, contre son employeur, Charles Petitjean. Engagée au
début de l'année 2005 à mi-temps, cette employée
frontiste aurait remis à la justice plusieurs preuves accablantes
le concernant. Notamment des enregistrements de communications téléphoniques
entre elle et Charles Petitjean. Lors de ces conversations, le député
FN tiendrait des propos relevant d'un chantage à l'égard
de son employée. Avec un deal très simple à la
clé : l'octroi d'un plein-temps contre des «prestations
sexuelles». Le député wallon, bientôt ex-député
FN, aurait été très explicite dans ce domaine.
Par ailleurs, plainte aurait aussi été déposée
contre Petitjean au sujet de son non respect de la législation
sociale en vigueur à l'égard des contrats de travail
et des conditions de travail de cette désormais ex-assistante
parlementaire.
La justice, saisie de cette plainte –
un magistrat a en effet été désigné pour
la suivre – semble prendre très au sérieux ce
dossier. Patrick Sessler, député régional bruxellois,
secrétaire général et vice-président du
Front national, sera par exemple auditionné sur cette affaire,
le 18 mai prochain. Il y a fort à parier qu'il témoignera
à charge de son ex-futur parlementaire. Entre Sessler, venant
des rangs de l'extrême droite néonazie, et Charles Petitjean,
provenant de la direction wallonne du Parti réformateur libéral
(PRL, voir notre encadré ci-dessous), la relation a toujours
été très tendue. Voire carrément électrique.
Pour le bien du parti, ils faisaient pourtant semblant de s'apprécier.
Aujourd'hui, Patrick Sessler et les siens ont trouvé une belle
occasion de virer du FN cet ancien dirigeant libéral...

Presqu'à poil : photo du député
régional Charles Petitjean, éditée sur son site
Internet.
Retour dans le «clan Féret»
La mise aux oubliettes du FN de Charles Petitjean et Charles
Pire signifie qu'ils ne pourront être réélus au
Parlement wallon le 7 juin de cette année. Suite à leur
exclusion de fait des listes électorales du FN de Patrick Sessler,
Daniel Huygens et Jean-Pierre Borbouse, désormais reconnu comme
le FN officiel, ils ont pris la décision de rejoindre, à
la dernière minute, juste avant le dépôt des listes
pour les élections européennes, le «clan Féret»,
celui des derniers fidèles du président-fondateur du
FN, aujourd'hui mis sur le côté. Leur volte-face devrait
leur permettre de se retrouver sur une liste électorale de
ce Front national. Un FN qui devra néanmoins changer de nom
pour pouvoir être présent le 7 juin prochain (voir à
ce sujet notre article «Le FN anti-Féret, désormais
le seul Front national» ).
Amputés d’un label («FN») qui garde un certain
succès auprès du vote protestataire, Pire, Petitjean
et les autres frontistes hors du Front n’auront sans doute aucune
chance électorale. Leur fin politique s'annonce donc.
Une chose est sûre, ces derniers
événements secouant le «monde frontiste»
témoignent que le Front national pourrait aussi être
éclaboussé par des affaires politico-judiciaires. Daniel
Féret en était un exemple bien singulier. Mais pas le
seul cas cependant.
Manuel Abramowicz
 |
Portrait
de Pire et Petitjean
Itinéraire de deux frontistes opportunistes
Les deux députés
régionaux sortants du Front national Charles Pire et
Charles Petitjean proviennent de la «particratie».
Ce n'est qu'à la fin de leur carrière politique
respective au sein du Parti social chrétien (l'ancêtre
du centre démocrate Humaniste, le CDH) et du Parti libéral
réformateur (PRL, le pilier principal du Mouvement réformateur)
qu'ils ont rejoint, en 2004, le Front national, alors toujours
dirigé par son président-fondateur, Daniel Féret.
Leur transfuge
à l'extrême droite s'explique par des raisons opportunistes
et des motifs politiques. Au PSC, où il avait été
le président de l'arrondissement de Huy de 1978 à
1991 et de 1999 à 2001, Charles Pire était devenu
un hasbeen. Au PRL, atteint par la limite d'âge, Charles
Petitjean avait été mis à la retraite politique
au début des années 2000. Ancien président
national des Jeunes libéraux de Belgique (JLP-JVV) de
1967 à 1970, membre de la direction du parti libéral
unitaire puis du PRL, Petitjean fut aussi le bourgmestre libéral
de Pont-à-Celles (près de Charleroi) durant de
longues années. Avant d’être battu aux élections
communales de 2000 par l’actuel ministre de l’enseignement
de la Communauté française, Christian Dupont.
Leur mise au frigo
au PSC et au PRL fut insupportable pour ces deux «vedettes»
de la politique locale. C'est pour se refaire une santé
professionnelle et se venger de leurs ex-compagnons de route,
comme d'autres avant eux, qu'ils décidèrent d'adhérer
au Front national, un parti clairement catalogué à
l'extrême droite sur la scène politique. Pas de
souci pour les deux Charles. D'autant plus qu'ils s’étaient
déjà singularisés auparavant par leur positionnement
très droitier, voire d'ultra droite extrémiste,
tendance nationaliste, mais il est vrai pas raciste. A l'heure
actuelle, ils se revendiquent toujours de leur filiation frontiste
et affichent leur sympathie pour les vice-président et
président du Front national français, Bruno Gollnisch
et Jean-Marie Le Pen, malgré leurs prises de positions
pro-négationnistes.
Politiquement morts
au PRL et au PSC, les deux Charles, «frontisés»
de bonne grâce via leur adhésion au FN féretiste,
furent immédiatement bien placés pour être
élus députés aux régionales de 2004.
Aujourd'hui, leur avenir au Front semble terminé. Dans
la plus grande des zizanies… Une habitude apparemment.
M.AZ |
Venant
du PRL et du PSC, Charles Petitjean et Charles Pire avaient adhéré
en 2004 au Front national, alors toujours présidé
par Daniel Féret. Ce dernier fait aussi la Une de l'actualité
pour d'autres raisons que ses activités politiques.
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