Le dernier génocide
du XXème siècle


Pourquoi ce dossier ?


© Photo : Bruce Clarke


Il y a de cela dix ans déjà. Au Rwanda, en Afrique centrale, des massacres massifs déboucheront sur le dernier génocide du XXème siècle. Un génocide sur base raciste ciblant en premier lieu le peuple tutsi. Un génocide qui cachait également d’autres enjeux, notamment économiques et hégémoniques.

Ce génocide interpelle toujours aujourd’hui le monde entier. Pour de multiples raisons, comme le rappelle l’article “ Idéologie raciste et génocide ” de Charles Jimomo, que nous vous proposons dans ce dossier.

Le Rwanda est un ancien protectorat allemand, qui passa ensuite sous mandat colonial belge. Les réalités multi-ethniques de cette région africaine ont été alors – comme partout ailleurs - instrumentalisées par les autorités étrangères souveraines de jadis dans le but de “ diviser pour régner ”, un vieux concept colonialiste et impérialiste. Soutenant tantôt les Tutsis contre les Hutus, tantôt les seconds contre les premiers, le colonialisme belge est historiquement et en partie responsable des tensions ethniques qui “ balkaniseront ” ensuite le Rwanda.

La Belgique a donc une part de responsabilité dans le fil rouge qui conduira au génocide. Tout comme l’ensemble des “ Etats du Monde moderne ” qui seront très vite mis au courant de ce qui allait se produire au printemps 1994 au pays des “ Grands lacs ”. Ces mêmes Etats ne jouèrent aucun rôle préventif pour empêcher les premiers massacres.

Pire, le président français de l’époque, François Mitterrand, allait tout faire pour sauver son ami rwandais Juvénal Habyarimana, dont les rênes de la dictature étaient tenues par les fascistes racistes du “ Hutu Power ” ; un nom sinistrement choisi en rapport avec le “ White Power ”, des néonazis américains nostalgiques du KKK assassin de milliers de Noirs américains. En Belgique aussi, le roi Baudouin multiplia les témoignages de soutien à son ami Habyarimana (1).

Les prémices de ce génocide étaient pourtant clairement présentes depuis bien longtemps. Les signaux d’alerte ne manquèrent pas, mais ils ne déclenchèrent aucune véritable réaction de la part des autres pays, qui préférèrent fermer les yeux.

A ce sujet, Mehdi Ba, l’un des nombreux auteurs d’un livre sur ce génocide écrit : “ Durant l’année qui précède le génocide, les signes annonciateurs de la “ solution finale ” préconisée par (…) le cercle des extrémistes hutu proches de la famille Habyarimana, se multiplient. Un rapport réalisé en 1993 par une commission d’enquête réunissant la Fédération internationale des Ligues des droits de l’homme (FIDH) et l’organisation américaine Human rights watch Africa dévoile la dérive génocidaire du gouvernement ” (2). Nonobstant les nombreux avertissements, le génocide aura lieu. Il se déroulera en seulement quelques semaines, et sera le dernier du vingtième siècle.

Arméniens, Tziganes, Juifs, Tutsis,… qu’ils soient bébés, enfants, adolescents, femmes ou hommes, ils furent tous assassinés par des régimes oppresseurs exploitant le “ racisme populaire ” à des fins politiques et dans le but final de conquérir un plus “ grand espace vital ” pour le bien-être des désignés autochtones du moment.

Toujours précédés par une diffusion massive de propagande stigmatisant les prochaines victimes comme étant les “ autres ”, les “ ennemis intérieurs ”, les “ ennemis à la Patrie ”, les “ éléments étrangers à la Nation ”, les “ différents ” de “ Notre peuple d’abord ”… les génocides procèdent systématiquement selon le même mode d’emploi. Avec une identique méthodologie parfaitement – froidement – élaborée par des intellectuels de régimes dictatoriaux. Le génocide des Tutsis du Rwanda et l’assassinat massif de démocrates Hutus, en 1994, n’ont pas dérogé à la sinistre “ règle génocidaire ”.

Tout comme le génocide des Arméniens par le pouvoir turc au début du XXème siècle ou celui des Juifs commis par la dictature hitlérienne durant la Deuxième guerre mondiale, le génocide des Tutsis du Rwanda en 1994 rappelle que la justice rattrape toujours ceux qui ont cru pouvoir établir un système politique sur le racisme organisé.

C’est pour cette raison que nous vous proposons ce dossier, en collaboration avec IBUKA - Mémoire et Justice, une association installée en Belgique et rassemblant des rescapés et des familles de victimes du génocide commis au Rwanda il y a dix ans.

Le but de ce dossier est aussi de participer à la lutte pour que ce génocide ne passe pas dans les oubliettes de l’Histoire, par le biais d’une véritable stratégie d’intoxication négationniste à la manière du sinistre Robert Faurisson (le plus connu des négateurs du génocide des Juifs), comme semblent l’espérer ses responsables et ses nombreux complices. C’est pour cela que nous avons pris, avec IBUKA, l’initiative de lancer un “ Appel pour la vérité, la justice et le souvenir ” qui, interpelle notamment le gouvernement belge pour qu’il soutienne vigoureusement tous les efforts pour que justice soit totalement rendue aux victimes et aux survivants du génocide.

Cet appel a déjà été signé par plusieurs dizaines de citoyens, des hommes et des femmes politiques (dont l’ancien sénateur Josy Dubié, les sénateurs Alain Destexhe, Michel Guilbert,…), des intellectuels (dont le philosophe Alain Glucksman, le sociologue Ural Manço, l’historien Jean-Philippe Schreiber,…), des éditeurs (Marie-Paule Eskenazi…), des avocats (Jean-Marie Dermagne, Michel Mahmourian…), des journalistes, des enseignants… Par des Rwandais, des Tutsis, des Belges, des laïques, des catholiques, des musulmans, des juifs, des turcs, des arméniens,…

La rédaction de RésistanceS forme le vœu que ce dossier puisse servir au combat pour la mémoire et la justice.

Manuel ABRAMOWICZ
Coordinateur de la rédaction de RésistanceS
Bruxelles, le 17 février 2004


Le dossier “ Dossier Rwanda 1994 – 2004 - Le dernier génocide du XXème siècle ” vous est proposé par les associations :

RésistanceS
9 Quai du Commerce 1000 Bruxelles
info@resistances.be
www.resistances.be

IBUKA - Mémoire et Justice
58 rue de la Prévoyance 1000 Bruxelles
Tél/Fax : +32/ (0)2.513.21.44
ibuka@mail.com


Notes :
(1) Sur les liens étroits entre le roi Baudouin et son ami dictateur Juvénal Habyarimana, il faut lire de toute urgence le livre de Nadia Geerts, l’une des chevilles ouvrières de RésistanceS : “ Baudouin sans auréole ”, édité en 2003 aux éditions Labor (Bruxelles – www.labor.be).

(2) Mehdi Ba : “ Rwanda, un génocide français ”, aux éditions L’Esprit frappeur, Paris, 1997, page 17.

© RésistanceS – Bruxelles – Belgium – février 2004


Sommaire de ce dossier

Le dernier génocide du XXème siècle
Pourquoi ce dossier ?
Par Manuel ABRAMOWICZ, coordinateur de la rédaction de RésistanceS.

Idéologie raciste et génocide
Rappel historique du protectorat allemand, en passant par le mandat colonial belge, jusqu’au Hutu Power à la base du génocide de 1994
Par Charles JIMOMO, membre de la rédaction de RésistanceS

Appel pour la vérité, la justice et le souvenir
Un appel lancé par RésistanceS et l’association IBUKA, déjà signé par plusieurs dizaines de citoyens, des hommes et des femmes politiques, des intellectuels, des avocats, des enseignants,… (Josy Dubié, Alain Destexhe, Michel Guilbert , Alain Glucksman, Ural Manço, Jean-Philippe Schreiber, Marie-Paule Eskenazi, Jean-Marie Dermagne, Michel Mahmourian…).

Dixième commémoration du génocide des Tutsi commis au Rwanda en 1994
Pourquoi cette commémoration ?
Un texte explicatif de l’association IBUKA


Pour en savoir plus…
Une liste d’ouvrages nécessaires pour bien comprendre le génocide des Tutsis du Rwanda.

Une saison de machettes
Nadia Geerts a lu le livre de Jean Hatzfeld

Des photographies exceptionnelles
Ce dossier est illustré par des photographies exceptionnelles de Bruce Clarke et des photos transmises par l’asbl IBUKA.

Une génocide toujours au coeur de l'actualité (avril 2005)
Il y a maintenant onze années que l’abominable fut commis au centre de l’Afrique. Un génocide y fut planifié et organisé contre tout un peuple. Avec le silence des Occidentaux. Avec la complicité de certaines de leurs puissances… Un film rappelle cette tragédie.

Rwanda 1994-2009 : du racisme au génocide (avril 2009)

 


© Photo : Bruce Clarke