La Communauté flamande subsidie une formation dispensée
par une société satellite de la secte de scientologie
!
La
société U-Man Belgium propose aux entreprises
des formations en management et des ateliers de communication.
Leur but : l’art de donner envie d’acheter, ou celui
de communiquer en évitant tout parasitage. Et la Communauté
flamande dispense aux entreprises qui y envoient leur personnel
des «chèques-formations» qui financent 50%
desdites formations. Rien d’inquiétant à
cela ? Rien, si ce n’est que U-Man International est l’une
des nombreuses sociétés satellites de la secte
de scientologie.
Les formations dispensées par U-Man sont directement
inspirées de la dianétique, la théorie
fumeuse qui est au fondement de la Scientologie. Certaines des
brochures distribuées aux « bénéficiaires
» des formations mentionnent d’ailleurs explicitement
que leur contenu est basé sur les travaux de L. Ron Hubbard,
le gourou de la secte. Et l’utilisation de ces techniques
implique le versement de droits d’auteur – 15 %
de ses recettes, selon le rapport rédigé par la
commission d’enquête parlementaire belge sur les
sectes en 1997 – à WISE, c’est-à-dire
au World Institute of Scientology Enterprises, association réunissant
des chefs d’entreprise acquis à la scientologie
dans le but de « mettre la technologie de l’administration
de Ron Hubbard à la disposition du monde des affaires
». Avec Business Efficiency sprl, U-Man propose aussi
des activités de consultance aux entreprises. Activités
qui utilisent elles aussi la technologie de la Scientologie,
et donnent donc également lieu à la perception
de droits d’auteur par WISE. En finançant pour
moitié les formations d’U-Man Belgium, c’est
donc bien à la prospérité de la secte de
Scientologie que la Communauté flamande contribue ! Une
prospérité d’ailleurs déjà
bien étable, si l’on en juge par l’opulence
du bâtiment qu’elle a récemment acquis à
Bruxelles, rue de la Loi, comme l’avait révélé
RésistanceS en août 2003. Rappelons que le but
de la Scientologie est – selon le rapport de la commission
d’enquête parlementaire déjà évoqué
– d’infiltrer tous les rouages de la société.
U-Man est l’une des nombreuses sociétés
écran constituées à cet effet.
En 1996 déjà, l’hebdomadaire Le Vif s’était
fait l’écho, dans son courrier des lecteurs, de
la mésaventure d’un délégué
commercial qui avait été tout bonnement licencié
par son patron pour avoir refusé de suivre une formation
dispensée par U-Man, et destinée à optimiser
son « agressivité commerciale ». Un patron
manifestement séduit par la Scientologie, puisqu’il
avait déjà fait appel à U-Man lors du processus
d’embauche de ce délégué. D’autres
sources font état d’ « U-tests » permettant
de détecter les personnalités « dévalorisantes
», nuisibles à l’entreprise. Il semblerait
cependant que le test mesure surtout le degré de réceptivité
de l’employé à la philosophie scientologique,
et permette de faire le tri, au sein de l’entreprise,
entre les bons et les mauvais esprits – scientologiquement
parlant... Le tribunal correctionnel de Lyon épinglait
ainsi, en novembre 1996, le cas d’un employé licencié
après avoir échoué au test de personnalité
U-Man.
Près de dix ans plus tard, et malgré les multiples
appels à la vigilance, la secte n’a pas cessé
de nuire. Au contraire, elle bénéficie maintenant
de l’aide financière de la Communauté flamande.
Et si elle reste généralement discrète
sur sa véritable filiation, il arrive néanmoins
que l’un ou l’autre formateur se laisse entraîner
à vanter les mérites de son «Eglise»
(lire à ce sujet l’interview ci-dessous).
Selon un article publié dans le Standaard du 10 avril
dernier, la ministre flamande de l’économie, Patricia
Ceysens, a ouvert une liste téléphonique (02/553.37.77)
destinée à recueillir les plaintes éventuelles
relatives aux formations dispensées par U-Man Belgium.
En attendant, U-Man est reconnu comme centre de formations jusqu’en
2007 …
Nadia Geerts, avec David Lefébure.
20 mai 2004
Un « hostile caché » chez U-Man
La rédaction de RésistanceS
a eu l’occasion de recueillir le témoignage d’un
participant à une formation U-Man. Cette formation, à
forte consonance scientologique, était destinée
à améliorer la communication entre la société
et les clients. Elle a coûté à son employeur
la bagatelle de 7200 € – pour 12 personnes réparties
en deux sessions de deux jours…
La
formation à laquelle votre employeur vous a envoyé
était-elle obligatoire ?
Elle ne nous a pas été présentée
explicitement comme telle, mais nous étions priés
d’être présents. Un vendeur de la société
m’a quant à lui indiqué que plusieurs séminaires
d’une semaine avaient été imposés
aux vendeurs ; lui avait pu se défiler plusieurs fois,
mais la dernière formation lui fut imposée.
Comment avez-vous découvert que U-Man était
lié à la Scientologie ?
En descendant vers le réfectoire pour la pause de midi,
ma collègue et moi avons eu le regard attiré par
la documentation exposée dans le hall : des livres sur
la Dianétique, ainsi que le buste de Ron Hubbard. En
rentrant chez moi le soir, j’ai fait des recherches sur
Internet et découvert plusieurs articles sur le site
de RésistanceS qui ont achevé
de m’éclairer.
Les liens d'U-Man avec la Scientologie étaient-ils
perceptibles dans le contenu de la formation ?
Tout à fait : les triangles, l’échelle des
tons tout à fait folklorique, les références
constantes au fait qu’il n’était pas possible
de voir toute « leur science » en si peu de temps,
les affirmations fallacieuses et soutenues par des citations
de gens célèbres sorties de leur contexte, tout
cela faisait déjà très sectaire. Ajoutons
à cela la théorie des «hostiles cachés»,
ces gens incapables d’autocritique qui nuisent au bon
fonctionnement d’une société et qu’U-Man
prétend démasquer. Et aussi la conception très
sectaire de la communication idéale comme d’une
pure « duplication » de ses idées dans la
tête de l’interlocuteur.
Comment avez-vous réagi lorsque vous avez compris que
vous vous trouviez dans une société satellite
de la Scientologie ?
J’en ai aussitôt averti mon employeur et j’ai
protesté auprès des responsables de la formation.
Ils ont alors essayé de me faire quitter les lieux sans
que je puisse revoir mes collègues, mais devant mon refus,
et pour éviter un esclandre, ils ont décidé
de me réintégrer et Monsieur De Turck, qui nous
avait accueilli le matin, a précisé pour l’ensemble
du groupe qu’effectivement, 7 personnes sur les 30 personnes
de U-Man étaient des scientologues. Il nous a également
expliqué que l’Eglise de Scientologie n’était
pas une secte, que Philippe Moureaux en Belgique, ou Sarkozy
en France, partageaient ce point de vue, et que le gouvernement
flamand les avait reconnus. Il a également fait mention
des activités d’aide aux toxicomanes de sa femme,
Monique De Turck, au sein de Narconon.
Pendant tout le reste de la formation, j’ai posé
de nombreuses questions sur la Scientologie à notre formateur,
qui n’a pas fait de difficultés pour me répondre.
J’ai ainsi appris que Marc De Turck, notre formateur,
était « Clair » et son épouse «
TO 4 ».(1) Il s’est vanté de ce que U-Man
faisait 800 nouveaux clients par an. Parmi les 35.000 clients
au niveau mondial, il a cité des entreprises comme Anderson,
Opel, Oracle, Cisco.
Quel est votre sentiment personnel au sujet de cette
formation ?
Quelqu’un qui n’aurait aucune connaissance des fondements
de la communication peut sans doute y apprendre quelque chose.
Mais personnellement, il me semble que tout cela est noyé
dans un pataquès d’affirmations gratuites à
prétentions scientifiques. De plus, des personnes fragiles
pourraient faire confiance à cette organisation sectaire
et s’en remettre à des manipulateurs. Il y a là
un réel danger, d’autant que le formateur ne manque
pas de demander aux participants de rédiger, à
l’issue de la formation, une appréciation sur la
formation. Dans la foulée, il demande aux participants
une autorisation de publication de cette appréciation,
et leur propose de laisser leurs coordonnées privées.
La formatrice néerlandophone Berna Vandelanotte, quant
à elle, n’hésite pas à laisser ses
coordonnées privées aux participants, au cas où…
Selon vous, votre employeur était-il au courant
du vrai visage d'U-Man ?
Oui, certainement. Mon directeur m’a expliqué être
au courant de la situation, mais qu’il avait bien précisé
que le cours devait rester au niveau professionnel, que les
choses se passaient comme ça depuis plus de dix ans et
qu’il faisait confiance à cette société.
Il ne comprenait pas mon attitude, dès lors qu’en
Amérique, il y a bien une Bible dans chaque table de
nuit d’hôtel !
Mon directeur général m’a dit savoir qu’il
s’agissait de la Scientologie, mais ne rien y voir à
redire tant que les cours étaient bien donnés.
Il semblerait cependant que suite aux dérapages de cette
dernière formation, il ait résolu de se plaindre
via la ligne téléphonique mise à disposition
à cet effet.
Notre ancien directeur technique, m’a appris que de tout
temps, la société U-Man avait fourni des cours
aux vendeurs, et que même les engagements de personnel
se faisaient au travers d’un questionnaire renvoyé
ensuite à U-Man pour évaluation…
Seul le directeur financier m’a dit avoir toujours été
opposé aux prestations de cette société.
Propos recueillis par Nadia Geerts
(1) La Scientologie prétend permettre le passage de l’état
de « préclair » à l’état
de «clair» – état où, libéré
de toute entrave, on atteint la révélation et
la lucidité – par le biais de différentes
étapes, différents grades. Ces grades sont au
nombre de douze, répartis en trois grands ensembles :
Classification, Gradation et Conscience. Une fois « clair
», on est supposé être capable d’opérer
sans avoir besoin d’un corps. On entame alors la formation
permettant de devenir « OT (« Thêtan Opérant
»). Une formation qui est, comme on s’en doute,
extrêmement coûteuse, le stade ultime étant
le niveau OT 8.
U-Man et la scientologie
: la théorie des
« instigateurs cachés »
Un vent favorable nous a permis de
consulter un échantillon de la
prose scientologique. Un syllabus axés
sur le développement des techniques
de communication qui se conclut sur
une curieuse théorie qui en évoque
d’autres : la « loi de la
troisième partie ». Edifiant
de simplisme.
« L’Histoire nous donne
une opinion très faussée
du passé car elle nous est racontée
en fonction des récriminations
de deux adversaires, et on n’y
a pas identifié la troisième
partie. On devrait y lire « les
instigateurs cachés » plutôt
que « les causes sous-jacentes
» de la guerre. Aucun conflit
n’est insoluble, à moins
que les véritables instigateurs
ne demeurent cachés ».
Ces véritables instigateurs,
ils sont partout, et responsables de
presque chacun des conflits que nous
vivons, que ce soit entre partenaires
d’un couple, dans un groupe ou
entre nations. Mieux encore : ce partenaire
n’est pas une idée, une
valeur, une «raison» : c’est
obligatoirement un individu ou un ensemble
humain. Et de citer, à l’appui
de cette thèse rocambolesque,
l’exemple de l’Allemagne
finançant Lénine pour
qu’il ourdisse la révolte
russe de 1917. Ainsi donc, le conflit
entre le gouvernement russe et les forces
révolutionnaires avait un «véritable
instigateur» sans lequel les deux
parties auraient pu s’entendre:
l’Allemagne.
Les exemples relatifs à des conflits
entre personnes sont tout aussi simplistes.
Vous ne vous entendez plus avec votre
épouse? Cherchez l’amant
! Deux fermiers traînent une querelle
depuis des années ? Cherchez
le banquier véreux qui les monte
l’un contre l’autre en coulisse
!
Une théorie du bouc émissaire
commune à l’extrême
droite et à la Scientologie.
Cette théorie des « hostiles
cachés » fut encore longuement
exposée lors d’une récente
formation en communication organisée
dans les locaux malinois d’U-Man
Belgium. Le prototype de l’hostile
caché : le communiste. Le fasciste,
lui, est juste au-dessus dans l’
« échelle des tons »
chère aux scientologues, au niveau
« colère ». A en
croire les scientologues, les «
hostiles cachés » représenteraient
2,5 % de la population. Essentiellement
nuisibles, ils sont incapables de remise
en question. L’affaire Dutroux
est abondamment citée à
l’appui de cette thèse.
(voir notre interview, ci dessus,«
Un hostile caché chez U-Man »).
On comprend mieux, à la lecture
de ces thèses abracadabrantes,
la séduction réciproque
qui semble s’exercer entre l’extrême
droite et la scientologie. Tous deux
se nourrissent du fantasme d’un
monde simple, si simple qu’il
suffit d’y pointer un doigt vengeur
sur le véritable coupable –
forcément extérieur à
nous –, le bouc émissaire
: l’immigré, le Juif, le
Wallon-profiteur-et-fainéant,
le monde politique corrompu, les juges
vendus, sans oublier l’inévitable
« complot judéo-maçonnique
» qui fait toujours recette dans
ces milieux-là. Attention : la
chasse aux sorcières est lancée
!
Nadia Geerts
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Un conseiller communal Vlaams Blok abat
une personne et en blesse trois !
Sale histoire pour
le Vlaams Blok, qui tente de se donner une image de respectabilité
et axe sa campagne sur la liberté d’expression.
Une liberté d’expression qui, semble-t-il, consiste
parfois à dégainer son arme à l’issue
d’une querelle de bistrot. Bilan : un mort et trois
blessés.
L’homme s’appelle Wim Felix. Plombier,
âgé de 24 ans, il est conseiller communal de
Saint-Gillis-Waas (Saint-Nicolas). Dans la nuit du 19 au 20
mai dernier, suite à une dispute, il a quitté
le café où il se trouvait, fait quelques pas,
puis est revenu en arrière et a tiré à
l’aveuglette, tuant le frère du patron et blessant
trois autres personnes. Après avoir d’abord nié
les faits, il est finalement passé aux aveux. La dispute
qui est à la base de la fusillade portait semble-t-il
autour de la drogue, dont le mandataire politique blokker
est soupçonné de trafic. Lorsqu’il aura
été entendu par un juge d’instruction,
il sera vraisemblablement placé sous mandat d’arrêt
pour assassinat et triple tentative d’assassinat.
Le Vlaams Blok a d’ores et déjà réagi
en présentant ses condoléances à la famille
de la principale victime, Eddy Martens, 35 ans, et en excluant
le coupable de ses rangs. Et n’aura sans doute de cesse
de se distancer de cette « brebis galeuse » qui
écorne, à quelques semaines des élections,
le vernis de respectabilité qu’entend se donner
le parti d’extrême droite flamand. Il n’empêche
: ce n’est pas la première fois que des militants
de l’extrême droite clôturent par des coups
de feu une discussion qui tourne mal. Combien sont-ils à
se promener ainsi armés, prêts à dégainer
au moindre conflit ? La rédaction de RésistanceS
attend par ailleurs avec impatience, suite à ce malencontreux
fait divers, les commentaires du Vlaams Blok sur ses thèmes
ordinairement favoris : l’insécurité,
la violence, la drogue (voir encadré) ou la législation
sur le port d’armes. Nadia Geerts
Le 09 mai dernier, Nadia
GEERTS, chroniqueuse à RésistanceS,
informait les abonnés de la RIN que le Cardinal Gustaaf
JOOS participerait, dans les jours à venir, à
une conférence dans les milieux d'extrême droite.
Suites.
Notre dernière RésistanceS-Info-Net,
datée du 09 mai dernier, rendait compte de l'invitation
faite par le groupement Belgique & Chrétienté
au Cardinal Gustaaf Joos pour produire une conférence.
Cette information fut relayée par les médias,
notamment par une séquence au journal télévisé
de RTL-TVi, séquence au cours de laquelle le Cardinal
disait ne rien savoir sur l'orientation politique du groupe
mené par Alain Escada (anciennement FN, puis FNB, avant
d'occuper une place de choix dans l'Eglise de la Fraternité
Saint-Pie X -excommuniée par le Vatican). Le Cardinal
annonçait également qu'il ne changerait rien à
sa participation, "ayant donné sa parole".
Mais finalement, le Cardinal Joos n'a pas produit la conférence
prévue auprès de ce qu'on peut appeler la branche
politique de l'Eglise de la Fraternité Saint-Pie X.
La réunion étant toutefois maintenue, l'organisateur,
Alain Escada, a pris la place du conférencier afin d'exprimer
tout le mépris qu'il voue à RésistanceS.
Selon l'orateur, RésistanceS
est "communiste, d'extrême gauche et d'obédience
trotskyste", voire "ennemi de Dieu".
Alain Escada, par ailleurs fondateur de l'ancienne revue d'extrême
droite "Polémique-Info" qui a accueilli des
écrits pronazis louant la Légion SS Wallonie,
justifie le revirement du Cardinal par des menaces de mort que
l'intéressé aurait reçues.
Escada fustige les journalistes qui auraient diffusé
"les propos les plus insultants du communiqué
communiste" (sic), et prétend avoir intenté
des actions en justice "contre les différents
auteurs de cette campagne de diffamation et de calomnies".
Qui, quand, comment? Rien n'est dit là-dessus. Tout comme
rien n'est dit d'une éventuelle plainte déposée
par le Cardinal pour menaces de mort, ce qui aurait apporté
le début du commencement d'un crédit au fantasme
de la victimisation.
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