Voteront, voteront pas ? La relance récente des débats sur le droit de vote des étrangers non européens a permis aux uns et aux autres de ressasser leurs arguments déjà maintes fois égrenés. Sans doute, à moins de sombrer dans langélisme le plus béat, ne peut-on donner tout à fait tort à ceux qui sinquiètent du manque de formation politique des étrangers visés, insistant sur limportance symbolique dun droit civique essentiel. Pas plus quon ne peut, à moins dune bonne dose de cynisme, contester cette évidence : une démocratie qui dénie à quelques trois pourcents de sa population majeure le droit de participer à la chose publique nest pas tout à fait une démocratie. Bien dautres avant moi ont rappelé que des craintes semblables à celles qui agitent aujourdhui le landerneau politique flamand pour lessentiel avaient déjà freiné jadis loctroi du droit de vote au « petit peuple », puis aux femmes, lhistoire ayant pourtant donné raison aux plus hardis, ceux qui faisaient du suffrage universel une question de principe. Est-ce à dire que les craintes actuelles de certains sont non fondées, et quil faut les balayer dun revers de la main en stigmatisant leur conservatisme, voir le racisme larvé qui est à luvre dans leur raisonnement ? Je ne le pense pas. Ce que je crois en revanche, cest que la question du droit de vote des étrangers non européens met en lumière les faiblesses de notre démocratie, faiblesses qui nont pas attendu les communautés non européennes pour exister, mais qui resurgissent à présent dune manière qui ne peut que nous interpeller. Car en effet, a-t-on jamais demandé aux Belges sils souscrivaient aux valeurs démocratiques, voire à la Constitution et aux lois du peuple belge ? Sest-on seulement jamais assuré quils avaient une connaissance suffisante des institutions politiques complexes de ce pays pour pouvoir exprimer valablement un choix politique quelconque ? Avec les étrangers non européens, la Belgique semble découvrir tout à coup limportance du geste accompli dans lisoloir. Que Madame D. ne puisse remplir son bulletin de vote sans laide attentive et les conseils avisés de son époux, que Monsieur S. nait jamais acquis une connaissance suffisante de lécrit que pour pouvoir lire et comprendre des consignes de vote pourtant rédigées dans sa langue maternelle, que Monsieur L. soit un nostalgique de Degrelle, ou que Madame V. vote depuis toujours pour X. parce quil est beau et quil parle tellement bien à la télévision, tout ça ne sont que des épiphénomènes, qui ne valent pas quon remette en cause le sacro-saint suffrage universel. Mais que demain, des étrangers même pas européens se mêlent de politique belge fût-ce au niveau communal et soudain, ce sont des hordes de musulmans illettrés et fanatisés qui, à en croire certains, viendraient mettre en danger notre belle démocratie. Dites, et si on commençait par faire de léducation civique un axe prioritaire ? Pour les Belges, comme pour les étrangers Nadia Geerts |
Nadia a publié récemment un livre chez Labor: "L'ecole à l'epreuve du voile" Plus... (15/9/2006)
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