Nadia
Geerts dans le
Journal du Mardi
du 9 décembre 2003
Nadia Geerts (34 ans)
est secrétaire générale du Cercle républicain
(www.crk.be). Vraie passionnaria du combat contre la monarchie, cette
jeune professeur de morale est aussi l'un des piliers de RésistanceS,
revue d'information et de lutte contre l'extrême droite. Membre
d'Ecolo, militante associative, écrivain (*), Nadia Geerts semble
avoir mille vies. Son franc-parler décape. Ses idées dérangent.
Une femme controversée, qui ne craint pas de bousculer le politiquement
correct.
Claude Demelenne
(*) Baudouin sans auréole,
Nadia Geerts,
éditions Labor 2003.

Y en a marre
Des réseaux d’enseignement
…et tout particulièrement du réseau libre confessionnel,
qui prétend conserver sa spécificité philosophique
tout en revendiquant un accès égal aux deniers publics.
Dans le genre beurre, argent du beurre et sourire de la crémière,
ils font très fort ! Et je ne parle pas de l’impôt
du culte, qui fait que nous finançons tous doublement, que nous
soyons croyants ou non, l’enseignement libre confessionnel. Mais
tout cela est normal, et s’en plaindre, c’est être intolérant
! Cherchez l’erreur…
Des soi-disant intellectuels progressistes
qui non seulement toisent les républicains avec condescendance,
au nom du pragmatisme, du bon sens ou d’une autre fadaise, mais
encore vont faire des courbettes au roi en mettant en poche leurs beaux
principes d’égalité. Comment peut-on défendre
les droits de l’homme et la démocratie tout en pratiquant
une sorte d’exception culturelle pour la monarchie ? Bien sûr
qu’il y a des problèmes plus importants, et surtout plus
urgents ! Mais est-ce une raison pour se transformer en laquais de la
monarchie, en perdant tout sens critique ?
Etre un homme politique crédible, autre chose qu’un boutiquier
de la politique, c’est avoir à la fois la capacité
de s’atteler aux problèmes immédiats pour les résoudre
ET la vision politique à long terme, empreinte de valeurs et d’un
minimum d’idéal.
Du consensus mou
Surtout, ne pas avoir de position tranchée, sous peine de passer
pour extrémiste et intolérant. Comme si la vérité,
ou le juste, ou le bon, étaient toujours au centre, dans le ni…
ni… Comme si la tolérance, c’était accepter
tout et n’importe quoi. Parfois, il faut pouvoir taper du poing
sur la table, affirmer haut et fort que telle ou telle chose est inacceptable,
littéralement intolérable. Et qu’on n’est pas
intolérant parce qu’on dit qu’une chose est intolérable.
Est-ce que le terrorisme est tolérable ? Est-ce que la prostitution
enfantine est tolérable ? Est-ce que le négationnisme est
tolérable ? Est-ce que les ravages que fait le sida en Afrique
et ailleurs sont tolérables ?
Du machisme imbécile
de ces hommes qui, lorsqu’ils sont à court d’arguments,
invectivent les femmes en faisant de « fines » allusions sur
leur degré de satisfaction sexuelle. Ils ne se rendent pas compte
qu’ils se salissent eux-mêmes beaucoup plus de cette manière
qu’ils ne salissent la femme à laquelle ils s’adressent.
Curieusement d’ailleurs, ce type d’attitude est apparemment
réservé aux femmes : jamais je n’ai entendu un homme
se faire traiter de « mal baisé » ni de peine-à-jouir,
par exemple. On insulte un homme en mettant en doute ses compétences
intellectuelles, pas en glissant au registre sexuel.
Il va sans dire que ce machisme/sexisme va souvent – mais pas toujours
– de pair avec le racisme et l’extrémisme.
Du politiquement correct
De ces adolescents qui se proclament antiracistes, mais se traitent allègrement
de « sales Flamands ». De ceux qui estiment qu’il faut
respecter l’Islam, mais qu’on peut se moquer du pape. Il y
a dans toutes les religions des dangereux fanatiques qu’il faut
pouvoir appeler par leur nom. Ne pas le faire, c’est faire de l’angélisme,
et c’est faire le jeu des extrémistes.
De la communautarisation
Pour moi, l’intégration sera vraiment une réalité
lorsqu’on placera un maghrébin en bonne place sur une liste
parce qu’il a un projet politique convainquant, et non parce qu’il
attirera peut-être les voix d’autres maghrébins ! C’est
comme si seule une personne issue d’une communauté bien particulière
était à même de défendre correctement les intérêts
de cette communauté. Cette communautarisation n’est finalement
pas très éloignée du repli identitaire que l’on
dénonce à raison par ailleurs, et elle m’inquiète
presque autant. Veut-on d’une société où les
gens vivent côte à côte, ou d’une société
où ils vivent réellement ensemble ?
De ceux qui préfèrent
le silence à la confrontation
Quand on parle de confrontation, les gens ont généralement
peur. Ça évoque l’esclandre, la scène pénible,
les noms d’oiseaux, etc. Pourtant, je préfère mille
fois le dialogue, le débat, même vif, au silence pudique
dont on enveloppe trop souvent les désaccords. Pour ne pas provoquer
de dispute, on ne dit rien, mais on n’en pense pas moins et on enferme
les gens dans des bocaux sur lesquels on colle les étiquettes,
alors que ce serait si simple ( ?) d’aller vers eux et d’avoir
un véritable échange.
Des cours dits « philosophiques
»
Ces ghettos « philosophiques » où l’on ronronne
entre gens du même bord sont une véritable ineptie, et une
ineptie qui coûte cher de surcroît. Qu’on remplace tout
ça par un cours unique pour tous, d’éducation affective
et sexuelle, d’éducation civique et de philosophie, et qu’on
renvoie la formation religieuse au domaine privé qu’elle
n’aurait jamais dû quitter.
De l’absence quasi totale du
critère du mérite dans l’enseignement
Quand on est prof et qu’on est nommé, il faut quasiment avoir
tué père et mère pour perdre son emploi. Il y a des
gens qui sévissent dans l’enseignement, dont il est de notoriété
publique qu’ils font mal ou pas du tout leur travail, mais qui restent
en place. J’ai rencontré des profs qui apportaient de l’alcool
en classe pour fêter les anniversaires, d’autres qui enseignaient
la boxe à leurs élèves, sans compter ceux qui passent
vidéo sur vidéo, sans aucune exploitation pédagogique,
ou ceux qui ont de longues conversations téléphoniques pendant
leur « cours ». il est tout à fait positif que l’enseignement
ne fonctionne pas entièrement comme une entreprise privée
: c’est un métier particulièrement difficile, où
il est quasi inévitable qu’on ait des baisses de régime.
Mais il y a des limites ! Quand quelqu’un a durablement fait la
preuve de son incompétence, il faudrait pouvoir le remercier, ou
éventuellement le réorienter vers un poste dans d’administration
si c’est simplement quelqu’un que le métier a usé.
De la place qu’occupe le sport
dans l’information
Je ne comprendrai jamais en quoi la victoire d’une joueuse de tennis,
fût-elle Belge, mérite la une de l’actualité,
alors que tant de choses essentielles se passent dans le monde. Fait-on
tant de cas d’un concert rock ? Pour moi, c’est pareil : ces
gens se produisent, accomplissent une performance, ça a éventuellement
sa place en fin de journal, mais c’est tout !
J’adore
Marcher à la rencontre de l’homme que j’aime. Sentir
que quelque chose de mon enthousiasme passe auprès de mes élèves.
Le carpaccio de bœuf au parmesan. La Zélande. Rire. Avoir
de vraies conversations de grands avec mes enfants. Les soirées
entre amis. Le One Human Show de Sam Touzani, le Déclin de l’Empire
américain, L’Insoutenable légèreté de
l’être, Desproges, Brassens et Vincent Delerm.
Nadia Geerts, Journal du Mardi 9/12/2003
|
Voici
une zone libre proposée par le site RésistanceS. Nadia
Geerts (membre de notre rédaction) vous proposera sa chronique. Une
chronique où seront critiqués des événements essentiels ayant rythmé notre
actualité. Sans pudeurs ni tabous.
Nadia a publié récemment
un livre chez Labor: "L'ecole à l'epreuve du voile" Plus...
(15/9/2006)
Quand l'extrême droite dénonce l'intégrisme
(islamique évidemment) 20 décembre 2007
Du
racisme et de l'islamophobie 23 décembre 2006
Y
a pas de problème... 7 septembre 2006
Y
en a marre texte de Nadia Geerts publié dans le Journal du
Mardi du 9 décembre 2003
Foulard
musulman à l'école. Et si le MRAX faisait fausse route?
10 septembre 2005
Intimidation,
harcèlement, insultes, menaces : Le fascisme ? Des idées,
mais surtout des méthodes ! (février
2005)
Il
est né le nouveau VB (décembre 2004)
Repli
communautaire : attention danger ! (juin 2004)
J'aimerais
qu'on m'explique (juin 2004)
Quelques
considérations sur l’antiracisme (mai 2004)
Sale
temps pour les racistes (décembre 2003)
Cordon
sanitaire : In Memoriam ? (novembre 2003)
Voteront,
voteront pas (octobre 2003)
Vive
la liberté (juin 2003)
Fachos,
machos and Co(ns) : même combat (mai 2003)
Quels cons ! (mars 2003)
Les
taupes (novembre 2002)
Des
pygmées exposés dans un parc animalier (aout 2002)
Sommet
de Séville : cherchez l'humain (juin 2002)
Amère
victoire (mai 2002)
Dimanche
noir en France (avril 2002)
Racisme: deux poids, deux mesures
(février 2002)
Extrême
droite droit de vote et populisme (décembre 2001)
|