RésistanceS.be 15-07-2010

Elle dit défendre les droits de l'Homme …


Les liens de la Scientologie avec l'extrême droite


En Belgique, où elle a installé son siège européen, la Scientologie ne regroupe que quelques adeptes. Mais elle reçoit l'appui de plusieurs personnalités. Parmi celles-ci, des dirigeants de l'extrême droite, dont une des figures de proue du mouvement nationaliste flamand.


Hugo Coveliers en compagnie de Filip Dewinter, dirigeant des purs et durs du Vlaams Belang, au cours d’un débat sur l’indépendance de la Flandre, organisé, en octobre 2005, par le Katholieke vlaams hoogstudenten verbond (KVHV), un mouvement catholique flamand d'ultradroite. A droite, l'affiche de l'ami des scientologues pour les élections législatives du 13 juin 2010.


Lors de l'inauguration à grand frais, le 23 janvier dernier, du nouveau bâtiment de la Scientologie (plus de 8 000 m²), acquis à coup de millions d'euros, non loin de l'avenue Louise, les Champs Elysées bruxellois, plusieurs personnalités belges et étrangères faisaient partie des convives. Une poignée d'entre eux prirent la parole à la tribune de ce groupe international idéologico-religieux, qui reste interdit ou est toujours considéré comme une secte dans de nombreux pays. Le Parlement belge avait d’ailleurs lui-même classé la Scientologie comme secte en 1997.

Parmi les orateurs venus apporter une reconnaissance académique, culturelle ou politique à cette organisation sectaire, se trouvaient le directeur adjoint des affaires religieuses du ministère espagnol de la Justice (où la Scientologie est reconnue depuis peu comme une religion), une parlementaire membre de la commission sur la drogue du Parlement hongrois qui fut la responsable nationale de la lutte anti-drogue, un professeur de l'université de Lille spécialiste en relations internationales, ainsi que deux Belges, le professeur Christopher Vonck, recteur de la Faculté d’étude comparée des Religions à l'université d'Anvers, et le parlementaire Hugo Coveliers. Dans le monde politique flamand, ce dernier n'est pas n'importe qui.


«Sans distinction d'origine». Ah bon ?
Hugo Coveliers a été l'un des dirigeants des radicaux de la Volksunie (VU), le plus important parti nationaliste flamand de 1954 à 1991. En 1993, il quitte la VU pour rejoindre les rangs du parti libéral (VLD). Aux élections législatives de 1995, Hugo Coveliers est élu sénateur. En 1999, il se présente, toujours sous les couleurs du VLD, à la Chambre des représentant et est élu. De 1999 à 2003, l'ex-VU va diriger le groupe parlementaire VLD. Aux législative de 2003, il repasse au Sénat.
Puis, il fit scission en fondant une nouvelle structure politique, le parti Vlott (Vlaams, Liberaal, Onafhankelijk, Transparant en Tolerant, en français : Flamand, libéral, indépendant, transparent et tolérant). A l'occasion des élections communales de 2006, Vlott se présenta au scrutin, dans plusieurs villes de Flandre, en cartel avec le Vlaams Belang (VB), le parti d'extrême droite nationaliste, issu comme Coveliers de la Volksunie (). Depuis lors, le parlementaire nationaliste libéral est resté fidèle à ses nouveaux alliés politiques. En 2007, Coveliers était réélu sénateur sur la liste du VB. Le 13 juin dernier, il poussait sa liste sénatoriale. Victime sans doute du reflux électoral généralisé de ce parti d'extrême droite, il ne fut pas réélu.

 


A la tribune du nouveau siège bruxellois de la Scientologie, Hugo Coveliers le 23 janvier dernier. Il était alors toujours sénateur du Vlaams Belang, le parti d'extrême droite flamand.

Au cours de son speech donné à la cérémonie d'ouverture du nouveau siège européen de la Scientologie à Bruxelles, le désormais ex-parlementaire d'extrême droite déclara notamment: «ce qui m'impressionne le plus est la manière dont vous aidez les gens, sans aucune distinction quant à leur origine». Le Vlaams Belang est pour sa part un ardent défenseur de politiques inégalitaires entre les «Flamands de souche» (membres de la «communauté homogène», dixit Filip Dewinter, le numéro 2 du parti) et les personnes étrangères, d'origine étrangère (les dits «allochtones»), ainsi que les francophones vivant en Flandre. Le discours de Coveliers emprunte donc un style contradictoire. Rien d'étonnant pour un partisan d'une Flandre indépendante basée sur une communauté ethnique homogène.

Il faut signaler ici que les directions européennes et belges de la Scientologie n'ont pas jugé bon de rappeler l'appartenance politique exacte de Coveliers. Histoire de noyer le poisson. Et pourtant, les liens de plusieurs sectes avec l'extrême droite ne sont pas une nouveauté (. En 2004, RésistanceS.be avait déjà annoncé le ralliement aux thèses de la Scientologie du responsable de la Jeune alliance nationale (JAN ), une organisation politique de jeunesse liée au Front nouveau de Belgique (FNB). Marguerite Bastien, la président-fondatrice du FNB, avait elle-même eu des contacts avec le groupe sectaire d'origine nord-américaine. Au Parlement fédéral, alors députée élue sur une liste du Front national, elle avait critiqué en 1997 le rapport de la commission parlementaire sur les sectes. Intervention qui lui avait valu les remerciements en personne du chef des scientologues pour la Belgique.


Sciento-VB : sur le même front !
En 2008, c'est le leader du Vlaams Belang à Bruxelles, le député régional Johan Demol, qui avait apporté à son tour son soutien à la Scientologie. Il figurait dans un film de promotion de Narconon, une façade de l'entreprise politico-religieuse visant à recruter des adeptes par le concours de la lutte contre la drogue. La présence de Demol dans ce document de propagande de l'organisation avait été révélée grâce au travail d'investigation de «Anonymous», un réseau rassemblant des anciens scientologues ayant décidé de lutter contre ses nuisances ().

Pour défendre l'apparition de son dirigeant bruxellois dans la vidéo de Narconon, le Vlaams Belang déclara dans un communiqué de presse : «Qu'il s'agisse de scientologie ou d'autres organisations qui luttent contre la drogue, ce qui compte avant tout, c'est le message, et ce message est celui de décourager le recours aux drogues». Ligne de défense un peu brève.

De Johan Demol à Hugo Coveliers, le Vlaams Belang se retrouve donc parfois, dans ses combats, sur le même front que l'inquiétante organisation sectaire. Est-ce un hasard ou bien la manifestation de convergences idéologiques communes ? Une chose saute aux yeux : quand la scientologie reçoit des marques de sympathies de la part de politiciens, il s'agit dans la plupart des cas de politiciens d'extrême droite. Ce qui n'empêchera pas ce mouvement politico-religieux d'affirmer son engagement pour la défense des droits de l'Homme. Une fumisterie de plus.

S. HARYS

 


Note de la rédaction
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© RésistanceS.be – web-journal de l'Observatoire belge de l'extrême droite – www.resistances.be – info@resistances.be – Article mis en ligne le 15 juillet 2010.


 

Une nouvelle enquête de Simon HARYS de RésistanceS.be



Au sommaire de cette enquête :

La Scientologie poursuit sa croisade sectaire à partir de Bruxelles

Les liens de la Scientologie avec l'extrême droite (Vlaams Belang...)




Sur ce même thème, lire les articles de RésistanceS.be sur la Scientologie publiés dans le dossier suivant :
I



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