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Scientologie 12 brochures
pour convertir

La secte de Scientologie a de l’argent, et de la suite dans les idées. Aussi, après s’être rapprochée du Parlement européen, entreprend-elle maintenant de diffuser ses brochures de propagande dans les différentes instances parlementaires. Avec un objectif unique : faire passer l’idée que la Scientologie est indispensable au bien-être de l’humanité.
RésistanceS a donc résolu de se pencher sur ces douze brochures, distribuées à raison de une par mois pendant toute l’année 2004. Pour démasquer le discours sectaire sous ses habits de vertu.

Janvier : Des outils pour réussir sa vie
Février : Sauver des vies de la drogue
Mars : Accroître le niveau d’alphabétisation
Avril : Fournir une aide efficace à la collectivité
Mai : inculquer la confiance, l’honnêteté et le respect de soi
Juin : Ron Hubbard : Façonner le 21ième siècle grâce à des solutions pour un monde meilleur
Juillet : Faire des droits de l’homme une réalité
Août : Protéger le droit à l’information
Septembre : Défendre la liberté de religion
Octobre : Un journalisme d’investigation d’utilité publique
Novembre : Lutter pour faire respecter les droits d’autrui
Décembre : L’Eglise de Scientologie – un regard sur le futur

Vous trouverez d'autres articles sur la Scientologie dans notre dossier Sectes.

 

 

Brochure n°2 : « Sauver des vies de la drogue »

La lutte contre la toxicomanie, cheval de Troie de la Scientologie

On le sait, la secte de Scientologie a fait de la lutte contre la toxicomanie, avec la lutte en faveur des droits de l’homme, un de ses chevaux de bataille. Mais peut-être devrait-on plutôt parler de chevaux de Troie, tant elle se sert de ces instruments pour infiltrer les différentes instances politiques belges et européennes.La lutte contre la toxicomanie est pourtant une bien belle chose. Ne devrait-on pas alors saluer l’énergie mise par une association, quelle qu’elle soit, à débarrasser l’humanité de ce fléau ? Réponse dans ce dossier.

 

 

La Scientologie : seule dépendance admise
La brochure « Sauver des vies de la drogue » s’ouvre par une charge contre la psychiatrie, éternel bouc émissaire de la Scientologie. La psychiatrie, en effet, serait impuissante à soigner réellement les toxicomanes, et n’offrirait à ceux-ci qu’une autre dépendance, sous la forme d’une thérapie ou d’une substance de substitution. La psychiatrie, sous ses prétentions médicales, ne serait donc qu’une autre assuétude.
Or, les scientologues n’ont pas de mots assez durs pour les drogues : « (…) elles font obstacle aux facultés intellectuelles et à tout développement spirituel. Elles perturbent les familles. Elles engendrent la criminalité. Elles détruisent des vies. Elles rendent les gens dépendants de ceux qui leur procurent la drogue à laquelle ils s’adonnent. »
À l‘un ou l’autre détail près, on croirait lire un descriptif de l’enfer des sectes …

Narconon : une association « laïque et indépendante »
Résumons : le héros, Ron Hubbard, « a découvert que les drogues empêchaient de progresser spirituellement et d’atteindre un niveau de conscience plus élevé (…) ». Fichtre ! Que voilà un esprit sagace ! Donc, toujours soucieux du bonheur des hommes, il a développé un programme, une « technologie » permettant d’éliminer les effets néfastes des drogues. Et cette « technologie » a été adoptée par un réseau de « centres de prévention de la drogue et de réhabilitation des toxicomanes, dans le cadre d’une association laïque indépendante à but non lucratif ». Ce réseau, c’est Narconon. Mais le fait que les toxines et les médicaments nuisent eux aussi au bon fonctionnement de nos cellules grises impose de cibler également les non-toxicomanes. C’est là qu’interviennent le « Programme de purification et le conseil pastoral proposés par les Eglises de Scientologie ».

Narconon, de l’aveu même des rédacteurs de la brochure, est « soutenu dans le monde entier par des scientologues ». Remarquez la nuance : « des scientologues », ce n’est pas « la Scientologie », ce qui permet aux mêmes rédacteurs de présenter sans rougir Narconon comme un « programme caritatif, autonome, indépendant des Eglises de Scientologie ». On en oublierait presque que la méthode proposée par Narconon est directement inspirée de Ron Hubbard, gourou de la Scientologie, et que cette filiation se lit, tantôt en filigrane, tantôt en toutes lettres, d’un bout à l’autre de la brochure.

Une filiation aussi évidente qu’inquiétante
En 1997, le Rapport de la Commission d’enquête parlementaire sur les sectes épinglait déjà la Scientologie et sa filiale Narconon pour leurs pratiques douteuses. Un témoin faisait ainsi état de l’administration, lors de la cure de désintoxication Narconon, de doses trop élevées de certaines substances – notamment de niacine – ayant pour effet de briser la résistance des patients et de les forcer ainsi à adhérer à la Scientologie.
On ne trouve rien de tel, bien sûr, dans la belle brochure « Sauver des vies de la drogue », une brochure qui n’est rien d’autre qu’un long satisfecit : taux de réussite exceptionnellement élevé, bonheur personnel et familial retrouvé, épanouissement et élévation personnels, etc. On nage en pleine idylle.

Pourtant, l’idéologie scientologique n’est jamais loin. Le programme de désintoxication, tel qu’il est décrit dans la brochure, prévoit, après une phase de sevrage, une « phase éducative » qui repose sur des « programmes d’apprentissages destinés à aider l’étudiant à communiquer avec ses semblables et avec son milieu ». Communiquer, précise-t-on d’emblée, afin d’être capable d’assumer ses responsabilités envers soi-même et envers les autres. Fort bien, sauf qu’on trouve deux pages plus loin une brève description de la manière dont la Scientologie s’occupe des facteurs mentaux et spirituels : l’audition. Sous ce vocable mystérieux, censé traiter les causes premières de l’entrée en toxicomanie, et défini comme une « forme de conseil spirituel », se cache une redoutable technique de lavage de cerveau, qui est à la véritable communication libre ce que la dictature est à la démocratie. Dans l’audition, en effet, nulle égalité entre l’ « auditeur » et l’ « audité ». La communication est hyper-hiérarchisée et hyper-dirigée.
Le spectre de l’ « hostile caché » surgit également au détour d’une page : les drogues, en effet, ont le pouvoir de transformer l’individu pour faire de lui « une personnalité qui nourrit secrètement des animosités et des haines qu’elle ne se permet pas de manifester ouvertement ». c’est Ron Hubbard lui-même qui le dit, et ça ressemble étrangement à la description que fait une brochure diffusée par U-Man, une association de formation à la communication, de la « loi de la troisième partie » (voir notre article « U-Man et la Scientologie : la théorie des « instigateurs cachés »).

On mentionnera également pour mémoire l’hostilité déclarée de la Scientologie à l’égard de la psychiatrie et de la médecine en général, hostilité qui se retrouve également en filigrane tout au long de la brochure. Certes, la médecine a ses indications, mais exclusivement pour le traitement de maladies d’ordre physique, et en ne perdant pas de vue le fait que les médicaments ont des effets nocifs… dont le Programme de purification et le conseil pastoral pourront heureusement nous soulager. Ainsi que de quelques liasses de billets : un témoin interrogé par la Commission d’enquête parlementaire déjà mentionnée avançait la somme de 250.000 francs belges – 6250 € – pour une cure de désintoxication qui n’avait d’ailleurs finalement duré que trois jours, le « bénéficiaire » s’étant enfui…

Une stratégie d’infiltration manifeste
L’abondance de références prestigieuses, dans cette brochure, laisse rêveur : un vice-président du Sénat italien, deux députés suédois, un sénateur romain, un membre du Parlement européen, des commissaires de police, maires, conseillers municipaux, enseignants, médecins, défilent à la barre pour témoigner de l’efficacité du programme Narconon et des bienfaits de la Scientologie. La brochure prête même à L.D., vice-président du Sénat italien, les propos suivants : « (…)je considère que vos initiatives méritent le plus grand soutien de tout le Parlement(…) ».
Difficile de vérifier, bien sûr, puisqu’à de rares exceptions près, ces témoins ne sont identifiés que par leurs initiales. Mais si cela s’avérait exact, il faudrait certainement y voir le résultat du lobbying intensif mené par la secte auprès des institutions parlementaires, lobbying dont nous avons déjà pu mesurer l’étendue à plusieurs reprises en Belgique.

Dans une émission « Face à l’Info » (RTBF) du 30 septembre 2003, la députée européenne Anne André-Léonard avait déjà dénoncé l’infiltration dont les institutions européennes étaient victimes : distribution d’invitations par courrier interne, tentative d’organisation de colloques au sein des institutions européennes, sous le parrainage d’un député « naïf », accréditations permettant à des scientologues de circuler au sein des institutions européennes, autant d’indices inquiétants de la puissance d’infiltration de la secte jusque dans les hautes sphères de la décision politique, où elle tente d’exercer son influence dans ses domaines de prédilection, c’est à dire essentiellement la liberté religieuse…

Par le biais de sa brochure « Sauver des vies de la drogue », la Scientologie se vante d’ailleurs d’avoir mis sur pied, en Espagne, une équipe de football censée promouvoir une vie sans drogue auprès des athlètes de toutes disciplines, d’avoir suscité le questionnement sur le problème de la toxicomanie à l’intérieur même du Parlement français, ainsi que d’avoir diffusé son livret d’information sur la cannabis auprès de tous les députés fédéraux et régionaux et de tous les maires allemands. En utilisant pour cela les mêmes techniques que celles utilisées chez nous ? Sans doute…
Et fidèle au principe selon lequel les bonnes habitudes se prennent dès l’enfance, la secte de Scientologie s’adresse désormais également, aux Etats-Unis – où elle jouit du statut de religion reconnue –, aux enfants de 6 à 13 ans, auxquels elle propose de souscrire à son programme d’ « Ambassadeurs pour un monde sans drogue ».

Enfin, au niveau européen, le lobby scientologue a réussi, en janvier 2003, à faire adopter par le Conseil de l’Europe une déclaration vantant les mérites de Narconon…

De Tchernobyl au World Trade Center
À en croire cette brochure d’ « information », de nombreuses victimes de la catastrophe nucléaire de Tchernobyl seraient même redevables aux scientologues et à leurs programmes « laïcs » d’aide aux victimes. De la même manière, près de 40000 personnes, secouristes, pompiers, etc., auraient bénéficié avec succès du programme de désintoxication Hubbard au lendemain de l’attentat du 11 septembre 2001 à New-York, un programme « gratuit » – pour les pompiers – qui aurait été amplement financé par l’acteur Tom Cruise, bien connu pour ses accointances avec la Scientologie (voir Tchernobyl, WTC et autres désintoxications : les impostures médicales de la Scientologie).

Curieusement, on n’a guère entendu parler de ce bond immense dans la recherche scientifique que semble constituer la pompeuse « découverte du facteur biochimique » à la base de ce programme. Or, ce « facteur biochimique », qui consiste en l’accumulation de toxines et autres drogues dans l’organisme, et ce des années durant, serait responsable d’une sorte d’insensibilité : ceux qui en sont atteints se reconnaissent à ce qu’ils sont « sans émotions, ne ressentant rien, incapables et peu dignes de confiance ». Revoilà les hostiles cachés, auxquels la Scientologie va s’atteler à rendre leur faculté de s’émouvoir – devant le génie des écrits de Ron Hubbard –, de ressentir – la justesse des théories du gourou –, capables – de verser beaucoup d’argent à la secte pour atteindre des niveaux de « conscience » toujours plus élevés – et dignes de confiance – puisque entièrement soumis à leur bienfaitrice : la Scientologie.

Conclusion
En bonne secte pseudo-scientifique, la Scientologie n’est pas avare de chiffres, de tableaux ni de références. Un de ces tableaux nous apprend que 38,5 % des scientologues ont pris de la drogue avant de devenir scientologues. Narconon, qui dit offrir aux toxicomanes « une solution unique, sans drogue de substitution », se garde bien de préciser en revanche le pourcentage d’ex-toxicomanes devenus scientologues après avoir été libérés de leur dépendance initiale. Un chiffre qu’il serait pourtant intéressant de connaître…

Nadia GEERTS

© RésistanceS – Bruxelles – Belgique – 28 mai 2004