RésistanceS.be 06-09-2013

ENQUÊTE D'INVESTIGATION de RésistanceS.be dans la mouvance anti-Islam


Des ligues de défense belges pour combattre « l'islamisation du pays »


Depuis 2010, des partisans belges de l'English defence league (EDL), une organisation anti-musulmane d'extrême droite de plus en plus importante en Grande-Bretagne, tentent de s'organiser dans notre pays. La Sûreté de l'Etat s'en est inquiétée il y a deux ans. Enquête complémentaire de RésistanceS.be sur la Belgian defence league (BDL) et ses pseudopodes, la Walloon defence league (WDL) et la Vlaamse verdedigings liga (VVL).

PAR SIMON HARYS
 


Manifestation de l'English defence league. Cette organisation nationaliste d'outre-Manche est devenue sur le continent européen un exemple à suivre - Photo : DR


La lutte contre ladite « islamisation » de l'Europe est en vogue à l'extrême droite, mais aussi ailleurs : au sein de la droite nationale populiste ultralibérale, de groupuscules laïques et féministes fondamentalistes, chez des homosexuels d'ultradroite... Force est de constater que l'anti-islamisme est populaire. Et qu’il rapporte gros sur le plan de la mobilisation et lors des élections. Les surenchères augmentent sur ce terrain entre les différentes officines nationalistes qui se livrent, par la force des choses, à une rude concurrence. C'est de Grande-Bretagne que nous vient l'un des modèles les plus à la mode actuellement chez les nationalistes de droite islamophobes du continent. 

Ce modèle organisationnel est l'English defence league (EDL). Apparue en 2009, chez les supporters ultras de football, cette ligue provient directement de la mouvance de l'extrême droite locale. Elle prend de plus en plus d'ampleur chez nos voisins britanniques. Pour plus d'informations sur l'EDL 


L'EDL en Europe et en Belgique
Forte de ses premiers succès, l'EDL est également devenue outre-Manche un exemple à suivre. Des « divisions » hollandaises, allemandes, polonaises, norvégiennes ou danoises  de « ligues de défense » sont même apparues. Elles forment désormais, avec l'EDL, un vaste réseau européen. Et en Belgique ?

Il y a trois ans, une première tentative de création d'une branche belge de l'English defence league eut lieu chez nous, sous le nom de « Belgium defence league » (BDL, Ligue de défense de la Belgique). Les initiateurs de cette première BDL provenaient de clubs de supporters de football connus pour leur sympathie et leur engagement à l'extrême droite. Parmi le noyau fondateur de la BDL, il y a avait « Thure ». Derrière ce  pseudonyme se cache un activiste néonazi bien connu, depuis plus de 20 ans, et toujours actif de nos jours dans la mouvance du mouvement Nation. A la fin des années 1980, Thure militait dans des groupuscules « NS », se revendiquant du national-socialisme hitlérien : Parti des forces nouvelles, VMO-Bruxelles, l'Assaut.... Il faisait partie du groupe de musique skinhead Fight Action, également de tendance « NS ». Sur Thure et Fight Action

A l'époque de l'apparition de la Belgium defence league, Thure avait précisé à son propos sur un forum de discussion (version d'origine reproduite telle quelle):

« La version belge B.D.L organisme regroupent les BELGES face a l'islamisation de l'Europe regroupement de divers faction hooligans, bikers (NDLR : motards membres d'un club fraternel) et toutes personne qui en a marre de se faire agréssé tabassé insulté car il est BELGE ! ! ! ceci n'est pas un mouvement a but politique et a le respect des personne et des religion mais ce bat contre la racaille et l'intégrisme ! ! ! non la BELGIQUE ne sera pas un nouveau gaza ! ! ! toutes personne voulant défendre sa culture et ces principes de liberté seront les bienvenue ! ! ! NON a la loi de phillippe moureaux (NDLR : nom du ministre qui fit voter en 1981 la loi antiraciste en Belgique) OUI a la liberté d'expression ».

 



La première BDL, comme la seconde, s'est développée rapidement sur Internet, après avoir été créée sur le terrain par des supporters ultras de football d'extrême droite  – Doc. Archives RésistanceS.be


La Sûreté de l'Etat enquête
Après la convocation d'une première réunion dans la commune bruxelloise d'Anderlecht, en mai 2010, visant à sa structuration concrète, le lancement officiel de la BDL fut pour finir sabordé. Selon un de ses proches, s'exprimant sur un site identitaire, notamment parce que :

« La BDL se tiraille un peu dedans entre flamands et wallons, triste de voir cela alors que l’ennemi premier est l’islam…».

 

De plus, la Sûreté de l'Etat, le service de renseignements intérieurs belge, manifesta un intérêt particulier pour cette BDL. Dans son rapport d'activités pour l'année 2010, elle mentionnera effectivement :



« Au départ, la Belgium defence league était un forum apparu sur internet au début de 2010 en réponse aux déclarations islamistes intégristes de Sharia4Belgium. Il ne s’agit pas d’un nouveau phénomène: le forum belge a pris pour modèle l’English defence league du Royaume-Uni.
Créé et principalement animé par des hooligans, le forum est également fréquenté par des extrémistes de droite en provenance de Nation ou du Front national. »

 

Toujours selon, le rapport de la Sûreté de l'Etat :

« Ce qui fait la particularité de Belgium defence league, c’est sa volonté de passer de l’état de groupe virtuel à celui de groupe réel. Si une première rencontre a bien eu lieu au printemps de 2010 où l’on a majoritairement vu des hooligans, toutes les autres actions annoncées furent un fiasco. ».


Avril 2013 : une nouvelle BDL
Certains des sympathisants belges de l'English defence league participeront ensuite à la préparation de la création officielle d'une « division Wallonie » de Blood and Honour, une organisation skinhead néonazie internationale également active chez les hooligans nationalistes. Un projet qui ne vit jamais le jour, lui non plus, suite aux révélations publiées par RésistanceS.be à son sujet et reprises par l'ensemble des médias, écrits et télévisés 

En avril dernier, une nouvelle BDL est apparue, sous le nom de Belgian defence league (« Belgian » au lieu de « Belgium »). Se présentant officiellement comme la « division pour la Belgique » de l'EDL, son fondateur, un certain Denis (sans autre précision), informait le 28 avril, sur le site internet ouvert pour l'occasion :

« Nous ne sommes pas un parti politique, nous sommes juste des citoyens belges qui veulent protéger la Belgique et l'Europe contre l'islamisation de nos contrées. »


La concurrence est rude à « la droite de la droite » sur le terrain de la lutte contre l'islam radical. Tous les partis et groupes d'extrême droite et de droite radicale populiste ultralibérale ont repris une partie de ce fonds de commerce politique. Sur cette photo, des militants « identitaires wallons », en mai dernier, lors d'une « action anti-charia ».


Proche de la droite ultralibérale
Pour l'instant, uniquement constituée d'activistes francophones, le noyau dirigeant de la nouvelle BDL tente de recruter des néerlandophones et des germanophones pour se développer sur l'ensemble du pays. Sa première manifestation a été un communiqué de soutien à Luc Truellemans, l'ex-monsieur Météo de RTL-TVi, suite à la polémique que suscitèrent ses propos anti-musulmans tenus sur Facebook.

Pour recruter des membres, la BDL utilise les réseaux sociaux et un site internet. Le propriétaire du nom de domaine de ce dernier est une société commerciale française, dont le siège social se trouve à Saint Priest (dans le sud de Lyon). Le but de la manœuvre vise à cacher l'identité de son véritable propriétaire belge.

Politiquement, des membres de la BDL affichent des liens avec La Droite. Ce nouveau parti de droite radicale populiste est apparu il y a quelques mois. Il est dirigé par un activiste connu de longue date pour son engagement contre l'islamisme, notamment avec le Bloc identitaire, le premier correspondant français de l'English defence league. En Belgique, la maison-mère anglaise de la BDL reçoit aussi des expressions de sympathie de la part d'activistes d'autres formations d'ultradroite libérale. Le 27 mai dernier, un militant de Valeurs libérales citoyennes (VLC) écrivait sur un réseau social, suite à une énième arrestation de Tommy Robinson, le leader de l’EDL :

« Je ne connais pas suffisamment l'EDL pour me prononcer sur cette "league". Je constate juste que ce jeune homme, dont le discours que j'ai entendu était tout a fait pertinent, est arrêté alors qu'il défend sa patrie contre la menace (de plus en plus forte) des différents groupuscules islamistes d'Europe. Est-ce un crime d'être patriote ?! Est-ce un crime de combattre une idéologie moyenâgeuse totalitaire et rétrograde ? »

Les formations La Droite et VLC sont des dissidences du Parti populaire (PP) . En décembre de l'année dernière, une manifestation du PP défilait, dans les rues de Bruxelles, contre « le fascisme islamique » (sic). Le Parti populaire avait alors été rejoint par le mouvement national-solidariste Nation, des néonazis de l'Unité nationaliste francophone (UNF), dont le leader présidait jusqu'il y a peu la section de Tournai du Front national réunifié, et du président-fondateur de l'association Nonali (Non à l'islamisme), lui aussi ancien du FN. Ce dernier est aujourd'hui à la tête d'une nouvelle formation nationaliste, le Parti pour la liberté, l'union et la solidarité (P+), dont le cheval de bataille est évidemment la lutte contre l'islamisation de la Belgique.




Visuel de propagande de la première action de la Belgian defence league : le soutien à l'ex-monsieur météo de RTL-TVI, après son licenciement suite à la diffusion de ses propos considérés comme racistes et islamophobes. Dans ce dossier, l'avocat de Luc Trullemans est Michaël Modrikamen, par ailleurs président-fondateur du Parti populaire, une formation politique engagée contre le « fascisme islamique »  – Doc. Archives RésistanceS.be


Quel avenir pour la BDL ?
Comme il est ici constaté, l'assise partisane de l'English defence league dépasse largement les cénacles habituels de l'extrême droite. Aussi en Belgique. Le développement de la BDL est donc possible.

Cependant, si la Belgian defence league se présente comme étant la section officielle dans notre pays de l'English defence league, pour l'instant, aucune référence n'est faite par les liguards anglais à la « division belge ». C'est également le cas sur les sites et les réseaux sociaux utilisés par les organisations belges d'extrême droite les plus actives dans le domaine de la lutte contre « l'islam radical ».

Contrairement à son modèle anglais, la Belgian defence league semble être un groupe isolé dans la « galaxie islamophobe » de notre pays. Pour le moment.

Simon HARYS


Lancement de ligues de défense wallonne et flamande

A la fin du mois de juin dernier, le responsable de la Belgian defence league (BDL) annonçait la création d'une « section sud ». Celle-ci est alors apparue sous le nom de Walloon defence league (WDL).

Possédant son propre « blason », elle aussi s'active essentiellement sur les réseaux sociaux. Par contre, sur le site internet de la BDL, aucune trace ne se trouve au sujet de la « ligue de défense wallonne ». Pour l'heure, il devrait s'agir d'une coquille vide. Dont le but serait de donner une ampleur artificielle à la Ligue de défense belge.

Tout récemment, toujours sur Internet, il est également apparu une Vlaamse Verdedigings Liga (VVL, Ligue de défense flamande). Sans aucun lien mentionné ni avec la BDL ni avec la WDL, elle se présente juste comme étant :

« Une organisation qui se bat pour la liberté d'expression et la démocratie, (qui) constat(e) que pour l'islam et la charia dans une telle société, il n'y a pas d'avenir. C'est pour cette raison qu'il faut empêcher un 2e holocauste. »

Comme l'organisation de référence anglaise, la VVL met en avant dans sa propagande le drapeau israélien. La raison de cet affichage particulier a pour but de soutenir l'Etat hébreu considéré, par une fraction des anti-Islam d'extrême droite européens, comme l'un des piliers essentiels de la « résistance anti-islamique ». La mise en avant du drapeau à l'étoile de David permet du même coup de rejeter toute accusation d'antisémitisme. Sur ce phénomène

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Les emblèmes de la WDL et de la VVL – Doc. Recueillis par RésistanceS.be

[S.H]

 


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© RésistanceS.be – web-journal de l'Observatoire belge de l'extrême droite – www.resistances.be – info@resistances.be – 6 septembre 2013.

 

 

Comme leur exemple anglais, les « liguards » belges se prennent pour les « nouveaux croisés » de l'Occident chrétien partis en guerre contre les musulmans radicaux « domestiques » (vivant sur le territoire national) – Doc. : Archives RésistanceS.be


LES DATES IMPORTANTES DE LA BELGIAN DEFENCE LEAGUE (BDL)

2009
Création en Grande-Bretagne de l'English defence league (EDL).

2010

L'EDL se développe rapidement. Lancement à Bruxelles d'une éphémère Belgium defence league (BDL, Ligue de défense de la Belgique) par des supporters ultras de football connus pour leur appartenance à l'extrême droite néonazie.

2011
Le développement de l'EDL est stoppé.

2013
Les liguards anglais se redynamisent suite à des actes terroristes islamiques. Une nouvelle BDL est relancée en Belgique sous le nom de Belgian defence league (Ligue de défense belge). Elle est royaliste et proche de la droite radicale ultra libérale, contrairement à la première version apparue en 2010.

 



L'emblème de la nouvelle BDL  – Doc. : Archives RésistanceS.be

 

 

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