RésistanceS.be 01-10-2012

A la veille des élections communales 2012


L'extrême droite francophone très mal en point


Le sigle «FN» pourrait encore en Wallonie représenter un potentiel électoral (près de 7 %). Mais l'extrême droite francophone est totalement fragmentée. Plus de sept formations francophones issues du Front national belge se présentent aux élections du 14 octobre sous différents labels. Sur le terrain, leur représentativité est en nette recul par rapport à celle, il y a six ans, du FN unitaire. Après les élections qui viennent, la droite radicale francophone devrait totalement se marginaliser. Voire disparaitre au profit de nouvelles forces politiques. Voici un état des lieux de la situation, proposé par RésistanceS.be (NB : sur base des données officielles à la date du 30 septembre 2012).
 

 



Tracts de la «belle époque» de l’extrême droite francophone. Le 14 octobre prochain, c’est elle qui pourrait être balayée du paysage électoral © Illu montage: RésistanceS.be


En octobre 2006, il y a six ans, l'extrême droite francophone, dont le leadership est toujours alors aux mains du Front national (fondé dans notre pays en 1985), avait fait élire 28 conseillers communaux en Wallonie. Cette droite radicale avait obtenu de très bons scores, notamment à La Louvière (près de 9 %), à Quaregnon (11 %), à Pont-à-Celles (12,6 %) et à Charleroi (plus de 13 %). Ailleurs, elle bénéficiait encore de bilans électoraux encourageants : à Liège-ville et Namur (plus de 5 %), à Verviers (6 %), à Dison (8 %)…

Aujourd'hui, un sondage récent de «La Libre/RTBF/Dedicated» pointe le label «FN» à 6,7 % sur l'ensemble de la Wallonie, et, selon un autre sondage, Marine Le Pen pourrait séduire plus de 12 % de son électorat, (). La relative bonne «santé électorale» de l'extrême droite francophone (uniquement sous le sigle FN) devrait représenter un encouragement pour ses représentants. Pourtant, à la veille des élections communales du 14 octobre, la même extrême droite n'a jamais été aussi mal en point. Sa très mauvaise «santé militante» la rend même presque politiquement morte. Quels sont les éléments permettant d’établir un tel constat ?


Présence divisée
Après une unification presque parfaite (de 1989 à 2007) au sein du Front national de Daniel Féret, l'extrême droite francophone s'est complètement atomisée en multiples formations groupusculaires, concurrentes et se livrant une guerre de clans sans merci. Aujourd'hui, pour les élections, sept formations l'incarnent, avec différentes implantations locales, ou bien uniquement active(s) dans une seule commune (voir ci-dessous nos tableaux n° 3 à 7).

Il y a le Front national «canal historique» (légalement dirigé par l'ASBL de fondation en 1985 de ce parti que se présente aux élections 2012 sous le sigle de «FN-belge» et «LEPEN», pour Ligue européenne, patriotique, égalitaire et nationaliste), Démocratie nationale (DN, qui se présente comme étant le nouveau nom du FN d'origine), la Fédération des nationalistes wallons (FNW, jouant sur un graphisme la présentant sur ses affiches comme le FN wallon), la Nouvelle Wallonie alternative (NWA, mise en place il y a quelques mois par d'anciens dirigeants du FN «réunifié»... issu du «canal historique» !), Wallonie d'Abord ! (un mouvement régionaliste qui rejette toute appartenance à l'extrême droite, mais qui fut connu dans un premier temps sous le nom de Force Nationale, une ex-dissidence frontiste), la Nouvelle alliance francophone (NAF, uniquement présente à Saint-Ghislain, conduite par le conseiller communal sortant FN élu en 2006) et Nation (formé en 1999 par des dissidents du Front nouveau de Belgique et du FN).


Moins de listes et de candidats
Le nombre de communes où des listes d'extrême droite ont été déposées pour le scrutin communal du 14 octobre prochain est bien inférieur aux communales d'il y a six ans. En 2006, l'extrême droite était présente dans 24 communes wallonnes et 9 bruxelloises, contre 17 et 3 aujourd'hui (tableaux n°1 et 2). Le reflux est significatif.

Dans le sud du pays, c’est Wallonie d’Abord ! qui présente le plus de listes (9 au total), suivie par le FN «canal historique», la FNW et la NWA (respectivement 4 listes). Démocratie nationale, Nation et la NAF ne sont uniquement présents chacun que dans une seule commune wallonne (les deux premiers à Charleroi, la troisième à Saint-Ghislain). A Bruxelles, Nation se présente à Forest et à Evere, DN à Woluwé-Saint-Lambert. Ils sont les seuls en lice dans la capitale pour le compte de l’extrême droite francophone. Cette dernière est totalement absente dans ses fiefs électoraux historiques bruxellois (Molenbeek, Anderlecht et Schaerbeek).

La régression importante de l'extrême droite francophone dans la Région de Bruxelles-capitale touche également le Vlaams Belang. Présent dans 14 communes en 2000, puis, six ans plus tard, dans 12, le parti nationaliste flamand d'extrême droite (dont une bonne partie de l'électorat bruxellois est aussi francophone) n'a désormais été capable de déposer des listes que dans 6 communes.

Au niveau du nombre de candidats mis en avant, c'est le même constat. Il y avait 226 candidats d'extrême droite francophone en Wallonie et 100 dans la capitale. Pour 2012, ils ne sont réciproquement plus que 155 et 24. Plusieurs listes électorales ne comptent qu'un seul candidat effectif (à Dison, à Herstal, à Sambreville). Les autres sont systématiquement incomplètes. Elles varient de 2 à 23 candidats. Ces derniers figurent sur la liste LEPEN déposée à Fleurus par le dirigeant du FN «canal historique».


Autres sigles : LEPEN, UC
Dans la majorité des cas, la droite radicale nationaliste francophone se présente avec des listes électorales portant les initiales des formations l'incarnant. Mais, suite à une action judiciaire gagnée par Marine Le Pen contre son dirigeant, le FN «canal historique» se propose aux électeurs avec des listes LEPEN (pour Ligue européenne, patriotique, égalitaire et nationaliste) à Châtelet, Fleurus et Sambreville ().

Devant répondre à une plainte déposée par le représentant local du Parti populaire, à Pont-à-Celles, la Fédération des nationalistes wallons (FNW) se retrouve derrière la liste «Union communale» (UC). Cette même commune est celle du président-fondateur de la FNW, Charles Petitjean. Député régional du Front national de 2004 à 2009, il fut, avant son adhésion à l'extrême droite, bourgmestre de Pont-à-Celles lorsqu'il était encore membre de la direction du Parti libéral réformateur (PRL). En 2006, le FN unitaire y avait obtenu 12,5 %. Un succès personnel pour Petitjean qui espère être réélu, le 14 octobre, sous le sigle UC, beaucoup moins attractif cependant que celui du FN. 


Absence au profit du PP... ?
L'absence de listes officielles d'extrême droite francophone est observable dans des communes où elle avait récolté en 2006 de bons résultats. Ce fut notamment le cas à Molenbeek (près de 5 %), à Liège (plus de 5 %) et à Verviers (plus de 6 %). Cette année, ni le FN «canal historique» ni une de ses dissidences n'ont pu y déposer une liste (malgré une tentative à Liège qui fut pour finir refusée).

Dans ces trois communes, comme dans d'autres, l'«offre électorale» d'extrême droite francophone y est désormais absente, malgré une demande d'électeurs qui reste pour sa part présente. Des voix sont donc à prendre.

A Molenbeek, elles pourraient se reporter sur la liste du Vlaams Belang (sur laquelle figure en deuxième position la conseillère communale frontiste sortante) ou sur celle du Parti populaire (PP). A Liège, le PP pourrait là aussi profiter d'un apport d'électeurs orphelins du FN. Tout comme à Verviers, mais en les partageant avec deux autres listes bien marquées à la droite de la droite, celles du NEW (Nouvel élan wallon) et du MLD (Mouvement pour la liberté et la démocratie, du député fédéral Laurent Louis).


En voie de disparition ?
Comme cela vient d'être constaté dans notre état des lieux, la situation politique de l'extrême droite francophone est des plus mauvaises à la veille des prochaines élections (à l’instar de celle du Vlaams Belang mais de façon moins catastrophique). Cette situation pourrait signifier une forte diminution de sa représentation communale. Voire sa disparition des conseils communaux en Wallonie et à Bruxelles.

En 2009, aux élections régionales, le Front national n'avait plus réussi à faire élire des députés aux parlements wallons et bruxellois et, en 2010, aux législatives, il quittait le Parlement fédéral où il était entré en 1991, lors de l’historique «dimanche noir». Après le 14 octobre, c’est évident : l'extrême droite francophone officielle restera fragmentée, encore plus marginale et, sans suffisamment d’élus locaux pour se faire remarquer, en voie de disparition. Dans cet «espace libéré», d'autres forces politiques réactionnaires et conservatrices, plus nouvelles et moins diabolisées, pourront alors occuper le terrain. Et remplacer, de manière décomplexée, le Front national et sa mouvance.

Manuel ABRAMOWICZ

 

Tableau n°1 – WALLONIE
Rapport de force de l’extrême droite en Wallonie
Comparaison des élections communales 2006 et 2012

 

2006

2012

Nombre de communes où elle est présente

24

17

Nombre de listes déposées

30

22

Formations présentes

3

7

Nombre de candidats

226

155

 © Tableau & données statistiques 2012 : RésistanceS.be – 30/09/2012

 



Tableau n°2 - BRUXELLES-CAPITALE
Rapport de force de l’extrême droite francophone
Comparaison des élections communales 2006 et 2012

 

2006

2012

Nombre de communes où elle est présente

9

3

Nombre de listes déposées

11

3

Formations présentes

4

3

Nombre de candidats

100

24

 © Tableau & données statistiques 2012 : RésistanceS.be – 30/09/2012

 

 

INITIALES
Listes d’extrême droite présentes en Wallonie en 2006 
FN (Front national), FNationale (Force nationale) et FNB (Front nouveau de Belgique)

Listes d’extrême droite présentes en Wallonie en 2012 
UC (Union communale, liste présentée uniquement à Pont-à-Celles par la FNW), DN (Démocratie nationale), FN-belge (liste présentée à Charleroi par l’ASBL Front national belge), FNW (Fédération des nationalistes wallons), LEPEN (Ligue européenne, patriotique, égalitaire et nationaliste, présentée par l’ASBL Front national belge dans trois communes), NAF (Nouvelle alliance francophone), NWA (Nouvelle Wallonie alternative), Nation et WdA (Wallonie d’Abord !, ex-FNationale).

Tableau n°3 – PROVINCE DU HAINAUT
Situation et résultat de l’extrême droite (FN et autres) en 2006 et situation pré-électorale en 2012

2006

2012

Charleroi

3 listes :
FN, FNationale et FNB
13 %
4 élus

6 listes :
FN-belge, FNW, DN, Nation, Wda et NWA

Châtelet

2 listes :
FN et FNationale
13,6 %
3 élus

1 liste :
LEPEN

Courcelles

1 liste :
FN
10,7 %
3 élus

1 liste :
NWA
Concurrent possible : Votre commune (liste avec transfuges FN)

Fleurus

1 liste :
FN
9,1 %
2 élus

1 liste :
LEPEN

Honnelles

1 liste :
FN
3 %
Aucun élu

Pas de liste

La Louvière

1 liste :
FN
8,6 %
3 élus

1 liste :
FNW
Concurrent : Parti wallon
(avec tête de liste ex-FN)

Manage

Pas de liste

1 liste :
WdA

Mons

1 liste :
FN
8,4 %
3 élus

Pas de liste

Pecq

1 liste :
FN
2,9 %
Aucun élu

Pas de liste

Péruwelz

1 liste :
FN
5,9 %
Aucun élu

Pas de liste

Pont-à-Celles

1 liste :
FN
12,6 %
3 élus

2 listes :
UC (FNW)
WdA

Quaregnon

1 liste :
FN
11,3 %
2 élus

Pas de liste

Saint-Ghislain

1 liste :
FN
6,4 %
1 élu

1 liste :
NAF

Soignies

1 liste :
FNationale
4 %
Aucun élu

Pas de liste

Tournai

1 liste :
FN
4,1 %
Aucun élu

Pas de liste

 © Tableau & données statistiques 2012 : RésistanceS.be – 30/09/2012

 

Tableau n°4 – PROVINCE DE LIEGE
Situation et résultat de l’extrême droite (FN et autres) en 2006 et situation pré-électorale en 2012

2006

2012

Dison

1 liste :
FNationale
8,4 %
1 élu

1 liste :
WdA

Esneux

1 liste :
FNationale
3,8 %
Aucun élu

Pas de liste

Flémalle

Pas de liste

1 liste :
WdA

Herstal

Pas de liste

1 liste :
WdA

Liège-ville

2 listes :
FN
FNationale
5,7 %
1 élu

Pas de liste
Au profit de : Parti des pensionnés, PP…

Seraing

Pas de liste

1 liste :
WdA

Verviers

1 liste :
FNB
6,3 %
1 élu

Pas de liste
Au profit de :
NEW, PP et MLD

Waremme

1 liste :
FN
3,6 %
Aucun élu

Pas de liste

 © Tableau & données statistiques 2012 : RésistanceS.be – 30/09/2012

 

Tableau n°5 – PROVINCE DE NAMUR
Situation et résultat de l’extrême droite (FN et autres) en 2006 et situation pré-électorale en 2012

2006

2012

Dinant

1 liste :
FNB
2,3 %
Aucun élu

Pas de liste

Gesves

1 liste :
FNB
2,7 %
Aucun élu

1 liste
NWA

Namur

2 listes :
FN
FNationale
5,2 %
Aucun élu

1 liste
WdA
Concurrent possible : NEW

Sambreville

1 liste :
FN
6,7 %
1 élu

2 listes
LEPEN
WdA

Sombreffe

1 liste :
FNB
2,8 %
Aucun élu

Pas de liste

 © Tableau & données statistiques 2012 : RésistanceS.be – 30/09/2012

 



Tableau n°6 – PROVINCE DU BRABANT WALLON
Situation et résultat de l’extrême droite (FN et autres) en 2006 et situation pré-électorale en 2012

2006

2012

Orp-Jauche

Pas de liste

1 liste
NWA

Waterloo

1 liste :
FN
2,6 %
Aucun élu

Pas de liste

 © Tableau & données statistiques 2012 : RésistanceS.be – 30/09/2012

 

Tableau n°7 – PROVINCE DU LUXEMBOURG
Situation et résultat de l’extrême droite (FN et autres) en 2006 et situation pré-électorale en 2012

2006

2012

Hotton

Pas de liste

1 liste
FNW

 © Tableau & données statistiques 2012 : RésistanceS.be – 30/09/2012

 

NB : la situation de 2012 est présentée sur la base des données officielles obtenues à la date du 30 septembre 2012.

 

Note de la rédaction
Nous acceptons volontiers que nos informations soient reproduites. Nous souhaitons cependant que vous en citiez la source, en indiquant clairement qu'elles proviennent de ResistanceS.be, l'Observatoire belge de l'extrême droite.

 

© RésistanceS.be – web-journal de l'Observatoire belge de l'extrême droite – www.resistances.be – info@resistances.be – Article mis en ligne le 1er octobre 2012.




NOUVEAU (15/10/2012)
Résultats des élections communales 2012
L'extrême droite en chute libre



A la veille des élections communales 2012
L'extrême droite francophone très mal en point
(01/10/2012)


LEPEN se présente aux élections en Belgique (21/09/12)

Nomadisme électoral, aussi à l’extrême droite (21/09/12)

Les héritiers du Front national belge en ordre dispersé (18/08/12)

 

 





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