Les
«années de plomb belges»
Eric Lammers,
ex-néonazi du WNP,
est de retour en Belgique
Le 29 mai dernier, un certain Eric Lammers, en fuite en Serbie,
a été extradé vers la Belgique. Il est aujourd'hui
incarcéré à la prison bruxelloise de Saint-Gilles.
Ce Belge de 49 ans n'est pas un inconnu. Il provient de l'extrême
droite néonazie des années quatre-vingt, impliquée
notamment dans des assassinats et des projets terroristes.

Eric Lammers fut membre du WNP, alors dirigé
par Paul Latinus (sur cette photo avec la barbe) et l'ancien SS flamand
Karl De Lombaerde (à droite au fond). En 1983, le journaliste
René Haquin (à droite, prenant des notes) révéla
l'existence de cette organisation néonazie dans son livre «Des
taupes dans l'extrême droite». Photo extraite de ce livre.
Connu aussi sous le surnom de «la Bête»,
Eric Lammers (aujourd'hui âgé de 49 ans) s’est
fait connaître il y a plus de 25 ans lors des «années
de plomb belges», période où des organisations
clandestines tentèrent de déstabiliser la Belgique.
C'était notamment l'époque des tueurs du
Brabant wallon .
Après une enfance difficile, le
jeune Lammers adhère au Front de la jeunesse (FJ), un mouvement
politique d'extrême droite actif dans les années septante
et quatre-vingt (
). Ce front est alors en contact politique avec l'aile droite de l'ancien
Parti social chrétien ( ).
Au sein du FJ, apparaitra une organisation encore plus radicale, le
Westland New Post (WNP, pour les initiés : National Sozialist
Ordnung, NSO !). Lammers l'intègre. Et en devient un homme
de main. Ce WNP agit alors clandestinement. Certains de ses membres,
dont Eric Lammers, ont infiltré l'armée belge et des
organisations politiques. Les dirigeants du WNP continuent de fréquenter
Emile Lecerf, le directeur du journal «Nouvel Europe magazine»,
véritable parrain politique du Front de la jeunesse et stratège
de la prise du pouvoir par l'infiltration de partis traditionnels
( ).
En 1983, le journaliste René Haquin,
du quotidien «Le Soir», publiera des révélations
sur le WNP et son infiltration par des agents de la Sureté
de l'Etat belge. Ces révélations mirent au jour l'existence
de cette organisation néonazie clandestine.
Terrorisme, énigme judiciaire...
Des enquêtes policières permirent de savoir
que le WNP avait planifié un véritable plan de déstabilisation
du pays, notamment par le biais d'attentats anti-immigrés et
de l'assassinat du ministre de la justice de l'époque, le socialiste
Philippe Moureaux. En 1982, un commando de ce WNP avait par ailleurs
assassiné un jeune couple d'Anderlecht, sans aucun mobile apparent.
Eric Lammers fut arrêté et lors du procès de cet
étrange meurtre, connu sous le nom de l'«affaire
de la rue de la Pastorale», qui restera une des grandes
énigmes de l'histoire criminelle, il fut acquitté faute
de preuves.
Entre temps, Paul Latinus, le dirigeant
du WNP, fut retrouvé pendu. Il fut conclu qu'il s'agissait
d'un suicide, malgré des indices permettant de penser à
une élimination physique réalisée de manière
professionnelle. Latinus était un étrange personnage
qui affirmait travailler pour l’un des nombreux services secrets
des Etats-Unis. Il avait auparavant bénéficié
du soutien d'un réseau néonazi international, dans lequel
l'ancienne police politique chilienne, à l'époque de
la dictature du général Pinochet, était impliquée( ).
Après le scandale suscité
par l'affaire du WNP et le procès de la rue de la Pastorale,
Eric Lammers se fit oublier. Jusqu'au jour où il réapparut
dans une enquête sur le meurtre de deux bijoutiers, commis en
1991 à Anvers. Condamné à perpétuité
par la cour d'assises de Liège pour ces meurtres, il fut -
après onze années passées derrière les
barreaux - libéré conditionnellement en 2002. Mais restera
apparemment actif dans le milieu du banditisme : il sera condamné
en 2007 pour un trafic de Xanax et ensuite impliqué dans le
recel d'un cadavre. Condamné, pour ce dernier délit,
à 16 mois de prison ferme, l'ancien membre du WNP décida
de prendre la fuite à l'étranger.
Milieu politico-criminel... lié
aux tueurs du Brabant ?
Le 4 juillet de l'année dernière, il fut retrouvé
et arrêté en Serbie. C'est de ce pays qu'il a été
extradé vers la Belgique, le 29 mai dernier. Depuis, il est
incarcéré à la prison de Saint-Gilles. Cette
extradition a été demandée par la justice belge
dans le cadré du viol de la fille (âgée de 8 ans)
de l'une de ses ex-compagnes.
Eric Lammers est issu d'un milieu politico-criminel,
où se croisent jeunes militants néonazis manipulés,
mouvements d'extrême droite ayant pignon sur rue, services secrets
et grand banditisme. Il apparait donc évident que cet individu
doit encore aujourd'hui détenir des secrets sur ces «années
de plomb», et en particulier sur l'implication de l'extrême
droite dans les tueries du Brabant wallon.
Simon HARYS
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