Itinéraire
d’un chef nazi wallon
Léon Degrelle à la Une
Feu le nazi wallon Léon Degrelle (1906-1994) revient
au devant de l'actualité belge à l'occasion de la diffusion,
ce jeudi 5 mars à la télévision publique belge
RTBF, d'un film documentaire exceptionnel sur sa personne. L'occasion
pour RésistanceS.be de réintervenir sur le parcours
de Degrelle et sur son héritage politique. Un héritage
aujourd'hui encore cultivé par ses disciples, en Belgique et
à l'étranger. Voici le «dossier Degrelle»
de RésistanceS.be... avant la sortir prochaine d'un livre de
Manuel Abramowicz, son coordinateur, consacré dans le détail
à ce sujet.

Orateur exceptionnel, Léon Degrelle,
chef de l'extrême droite belge des années 1930, lors
d'un de ses nombreux meetings.
Influencé notamment par Charles Maurras, le théoricien
français du «nationalisme intégral»
et de l'«antisémitisme d'Etat», il fut
journaliste et éditeur pour le compte de la droite catholique
belge dans les années 1920-1930. En rupture avec le parti catholique
de l'époque, le jeune Léon Degrelle fonde ensuite le
parti Rex en 1935. Qui va incarner, avec les nationalistes flamands
du VNV (l'ancêtre du Vlaams Belang), l’extrême droite
des années 1930, sous l'influence à la fois de l'Italie
de Benito Mussolini et de l'Allemagne d'Adolf Hitler.
Lors des élections législatives
de 1936, le succès est au rendez-vous pour Rex. Le parti de
Degrelle rassemble 271.491 électeurs, soit près de 12
% des votes sur l'ensemble du pays. Le succès s’enregistre
surtout à Bruxelles, avec plus de 18 %, puis en Wallonie avec
plus de 15 %. En Flandre, concurrencé par le VNV et où
les discours nationalistes belges sont moins populaires, Rex obtient
tout de même 7 % des voix. Le parlement accueillera désormais
vingt-et-un députés et huit sénateurs rexistes.
Mais le succès est de très courte durée. Une
élection anticipée (provoquée par Rex lui-même)
à Bruxelles en 1937 et les élections législatives
de 1939 vont en effet sonner la fin politique du rexisme.

Caricature de Léon Degrelle parue en
1936 dans «Judex», un journal anti-rexiste.
Son but : devenir le chef de
la Belgique
A genoux et humilié avant le début de la Deuxième
Guerre mondiale, Léon Degrelle va tenter de profiter de l'occupation
de la Belgique par les Allemands pour se construire l'image d'un homme
politique incontournable. Son but : devenir le chef du pays avec l'aval
des hitlériens ! Il ne sera pour finir que le chef d'un des
nombreux courants de la collaboration. Rêvant toujours d'une
grande destiné, le «beau Léon», l'un de
ses nombreux surnoms, engage alors le «Mouvement rexiste»
sur le front de l’Est pour participer activement à la
«croisade antibolchévique» (sic) conduite
par le IIIe Reich. Devenu Waffen SS (l'armée des SS, les plus
fanatiques du régime nazi), Degrelle y est un soldat, puis
un commandant, exemplaire.
En 1945, jusqu'au dernier jour de la guerre, les
«Bourguignons» (les SS wallons) vont se battre comme des
acharnés. Ensuite, c'est la débacle généralisée.
Degrelle prend la fuite vers l'Espagne franquiste. Où il sera
protégé jusqu'à son décès, le 31
mars 1994, par ses «camarades» de la Phalange, le parti
unique fasciste espagnol. «Ses soldats» restés
au pays connaittrons eux, pour beaucoup, la répression et de
longs séjours en prison. Plusieurs rexistes, dont le numéro
deux du mouvement, Victor Matthijs, seront passés par les armes.
La disparition en 1994 de l'ex-chef du fascisme
à la belge n'a pas empêché qu'il reste, toujours
de nos jours, un modèle pour les néonazis du monde entier
et pour des organisations de l'extrême droite droite national-catholique.
Son héritage politique a été entretenu en Belgique
au sein de l’extrême droite, groupusculaire, subversive
comme parlementaire, par des partisans inconditionnels : du Parti
des forces nouvelles (néonazi) au Vlaams Blok (l'ex-nom du
Vlaams Belang, ultra droite populiste nationaliste flamande), en passant
par le groupe l’Assaut, le front wallon AGIR, le mouvement REF,
le Front national et bien d’autres adeptes de la croix celtique
et de la flamme tricolore.

Après la guerre, l'ex-SS wallon a reçu
le soutien, pour être réhabilité, d'une partie
de la droite conservatrice dans le cadre de la nouvelle lutte anticommuniste.
Comme le montre ci-dessus les couvertures d'«Europe Amérique»
de 1949, d'«Europe magazine» (successeur du précédent)
de 1959, de 1967 et de 1969, et le mensuel «Le Dossier du Mois»
de 1963 © Illu. RésistanceS.be
Réhabilité par la droite conservatrice
Auparavant, Degrelle avait bénéficié,
dès la fin des années 1940, de tentatives de réhabilitation
orchestrées par des courants de la droite conservatrice belge.
Ainsi, dans l'«Europe magazine», un journal proche de
l'aile d'ultradroite des partis social-chrétien et libéral
de l'époque, il n'était pas rare de lire des articles
«blanchissants» l'ex-collaborateur belge ou les Waffen
SS dans lesquels il combattit sur le front de l'Est. Les nazis d'hier
– qui avaient commencé le combat contre l'URSS - devaient
alors être réincorporés dans les armées
alliés pour combattre à nouveau les communistes... La
droite qui avait divorcé en 1940 devait dans ce cadre se remettre
ensemble.
Les disciples de Léon Degrelle
sont également présents à l'étranger :
en Espagne, en France, en Hollande, en Allemagne, aux Etats-Unis,
en Argentine, en Pologne, en Russie... En Italie en 2009, Léon
Degrelle est même toujours un héros de la jeunesse nationaliste.
En novembre 2007, Forza Nuova, ouvrait dans une grande ville italien
une «Maison Léon Degrelle»... Une section de ce
parti néofasciste, le plus actif en Italie, s'appelle par ailleurs
«section Léon Degrelle». En France, un groupe d'étudiants
national-catholique (nationaliste intégriste) a lancé
il y a quelques mois une campagne de propagande intitulée «I'm
Catholic - Don't panik». Les deux visuels choisis à
cette occasion : le portrait du Maréchal Philippe Pétain
et celui de Léon Degrelle !

Portrait du SS wallon Degrelle, à côté
du drapeau à croix celtique des néonazis, à l'intérieur
du local «Léon Degrelle» du parti italien Forza
Nuova, ouvert le 11 novembre 2007. Forza Nuova est lié en Belgique
au mouvement Nation, cofondé par un (ancien ?) disciple de
Léon Degrelle. Comme par hasard ? © Doc. RésistanceS.be
Modèle à l'étranger, tabou en Belgique
Des naziskins de Blood and Honour en Russie aux nationaux-catholiques
ultra en Italie, en France et en Espagne, en passant par le Front
national de Jean-Marie Le Pen et le parti «national-socialiste»
nord-américain, l'ex-chef nazi wallon reste donc encore aujourd'hui
très actuel à l'étranger. Paradoxalement, en
Belgique, il est toujours tabou de revenir sur la personnalité
de Degrelle.
En vous proposant ce «dossier spécial
Léon Degrelle», RésistanceS.be, avec comme à
chaque fois des informations inédites et exclusives, vous permettra
de mieux comprendre le «degrellisme» et ses actuels pseudopodes.
Alexandre Vick

Léon Degrelle, à la fin de sa
vie, avec un certain Koen Dillen, un étudiant flamand. Par
ailleurs fils du président-fondateur du Vlaams Blok, Koen Dillen
est l'un des deux députés européens du Vlaams
Belang, le nouveau nom depuis 2004 du Vlaams Blok- Photo RTBF.
© RésistanceS –
web-journal de l'Observatoire belge de l'extrême droite –
www.resistances.be – info@resistances.be – Article mis
en ligne le 4 mars 2009.
|

INFORMATION EXCLUSIVE
Jean
Vermeire, ex-officier SS belge et dernier chef du rexisme, est décédé
(03/10/2009)
• Enquête
inédite de Paris-Match et de RésistanceS.be chez les
derniers partisans de Degrelle
Au sommaire de ce dossier
:
• Léon
Degrelle à la Une (introduction au dossier)
• Les
fidèles adeptes du «degrellisme» de 1945 à
nos jours
• Léon
Degrelle, le Che Guevara de l'extrême droite
• L'idéologue
de Degrelle : Charles Maurras
• Degrelle
sous la plume de Jonathan Littell
• L’ex-bras
droite de Degrelle est mort
• Un
héritier de Degrelle au Vlaams Blok
• L’Extrême
droite est-elle nazie ?
Prochaine en librairie
:
le livre de Manuel Abramowicz (coordinateur
de RésistanceS.be) consacré aux disciples et aux héritiers
du «degrellisme»

Ce livre sera publié aux éditions Aden,
dans sa nouvelle collection «RésistanceS.be»

Léon Degrelle à
la RTBF avec RésistanceS.be
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