RésistanceS 04-03-2009

Sur les traces de Léon Degrelle


Les fidèles adeptes du «degrellisme» de 1945 à nos jours


Après la chute de la dictature hitlérienne, en mai 1945, le SS wallon Léon Degrelle s'exila en Espagne, chez le dictateur national-catholique Franco. L'ex-chef du fascisme à la belge y continuera le combat pour l'«Europe nouvelle» voulue par les nazis. Parrain politique de nombreuses organisations néonazies, antisémites et négationnistes, belges et étrangères, Degrelle est devenu une icône également de tous les autres adeptes de l'Ordre nouveau, de Jean-Marie Le Pen à des dirigeants du Vlaams Blok/Belang. Pour leur part, toutes les tentatives néorexistes ont été vouées à l'échec. Eclairage sur les adeptes du «degrellisme», dont le style pourrait revenir à la mode en pleine crise économique et bancaire.

 


Léon Degrelle (sur cette photo, assis au premier rang), le 18 novembre 1991 avec plusieurs de ces derniers «camarades» européens, dont Pedro Varela (le dirigeant du Cedade, une organisation néonazie espagnole aujourd'hui disparue), Daniel Gilson (ex-dirigeant du PFN belge et, au moment de la prise de cette photo, membre de la direction du Front national de Daniel Féret), Olivier Grimaldi (le responsable du Cercle franco-hispanique, de tendance néofasciste) et Alberto Torresano. Assis au premier rang : un curé traditionaliste français disciple du Maréchal Pétain - Doc. RésistanceS.be


Malgré sa fuite en Espagne, après le déclin de l’«empire nazi», Léon Degrelle gardera le contact avec les plus fanatiques de «ses soldats», les anciens combattants de la «Légion belge Wallonie» et de la «Division SS Wallonie», officiellement regroupés à partir de 1978 dans l'association « les Bourguignons ». Ensemble, avec des associations d'anciens SS flamands, ceux-ci étaient restés en relation permanente avec leur chef, jusqu'à son décès en mars 1994. Lors de rassemblements commémorant les batailles des Waffen SS, organisés en Belgique ou en Allemagne, un message de Léon Degrelle – spécialement écrit pour l’occasion – était souvent lu ou un enregistrement audio de celui-ci diffusé. Le tout, couronné par des tonnerres d'applaudissements.

Ces rendez-vous de nostalgiques du front de l’Est et de sa «croisade antibolchévique» (sic) permettaient aussi d’entretenir la flamme du nazisme. Donc de faire perdurer son idéologie auprès des nouvelles générations militantes apparues après la guerre 40-45, dont certains membres militent activement dans les partis de la droite nationaliste contemporaine : au Front national français et au FN belge, au Vlaams Blok/Belang, au parti national libéral autrichien....

Mais au-delà de cette extrême droite revancharde, Degrelle allait aussi recevoir le soutien d'une partie de la droite conservatrice. Ainsi, à plusieurs reprises, dès 1949, cet ancien collaborateur des nazis, l'un des plus importants, bénéficiera d'une réhabilitation politico-médiatique dans «Europe magazine». Cet hebdomadaire anticommuniste préconisait la réintégration de la droite collaborationniste dans le cadre de la poursuite du combat contre l'URSS. Nous étions alors en pleine «guerre froide». «Europe magazine» était également favorable à un gouvernement autoritaire pour faire face aux défis qui allaient secouer l'après-guerre : la «question royale», les conflits sociaux, la montée des régionalismes, la décolonisation... Degrelle gardera donc en Belgique plusieurs amis fidèles, non étiquettés «fascistes». Amis désormais actifs au sein des arcanes du pouvoir.

«Degrelle n'a plus d'importance»


Couverture du bimensuel de l'organisation Jeune Europe du 27 novembre 1964 © Doc. RésistanceS.be

Malgré un attrait politique réel à son égard, l’extrême droite ne comptait pas, après-guerre, que d'inconditionnels partisans de «Fourex», un des surnoms de Léon Degrelle. Certains pensaient même qu'il représentait alors un poids empêchant tout renouveau du nationalisme de droite en Belgique ou en Europe.

«Degrelle n'a plus d'importance. Politiquement, il est mort depuis longtemps», mentionnait le 27 novembre 1964 le bimensuel de «Jeune Europe», une organisation dirigée par Jean Thiriart. Ce dernier fut membre des Amis du grand Reich allemand (Agra). Actif durant l'occupation nazie, l'Agra avait été fondé par des opposants et des concurrents du parti Rex. L'opinion de Jeune Europe à l'égard de Degrelle, n'empêchera cependant pas Jean Thiriart d'entretenir avec lui des relations amicales, tout en méprisant les néorexistes. «Je suis un ami personnel de Degrelle que j’estime comme homme. Nos racines sont (cependant) tellement différentes : religion/athéisme. Degrelle est un orateur brillant, moi médiocre. Je suis un théoricien politique avec un immense bagage historique. Degrelle est brillant, superficiel, sans densité et sans profondeur», écrira bien plus tard Jean Thiriart (1). Concernant les disciples les plus acharnés de Degrelle, comme Jean-Robert Debbaudt, Jean Thiriart n’exprimera qu’un mépris sec à leur égard : «J’ai le plus grand mépris ironique pour Debbaudt… personnage en carton, pseudo-SS en plastique (il n’a jamais été dans la SS). Jeune Europe ignorait totalement cet individu. Les néo-rexistes sont des cornichons sans importance» (2).

C'est en 1954 que le dirigeant-fondateur de Jeune Europe avait rencontré, pour la première fois, l'ex-SS wallon. Cette rencontre eut lieu à l’occasion de l’inauguration de la villa «La Carlina» de Degrelle, à Constantina, en Andalousie. Parmi les autres convives de cette petite fête privée, on trouvait Maurice Bardèche, l'un des idéologues du néofascisme français et premier auteur négationniste.

Si Jeune Europe ne reprit jamais Degrelle comme modèle politique, pour leur part, des exclus de cette organisation nationale-européenne restèrent eux en contact politique avec Degrelle. Ils fondèrent en 1964 les groupes «Révolution européenne». Dont le nom fait écho à un vieux thème degrelliste.

M.AZ

(1) Extrait d'une lettre personnelle, daté du 6 novembre 1992, de Jean Thiriart à Manuel Abramowicz.
(2) Idem.

 


Quelques matériaux de propagande de groupuscules néorexistes datant des années 1970 et 1980 © Image documentaire RésistanceS.be


Guerre des clans chez les néorexistes
Chez les adeptes idéologiques de Degrelle restés au pays, l'ambition de remettre sur pied son parti, Rex, restera au programme. A partir des années 1950, plusieurs tentatives eurent donc lieu pour fonder en Belgique un nouveau parti rexiste. Les expériences en la matière furent toujours folkloriques, groupusculaires et éphémères, notamment à cause d’innombrables conflits internes. Résultat : plusieurs groupuscules néorexistes – adoptant ouvertement l’héritage idéologique de Rex – se succédèrent tour à tour, des années 1950 aux années 1990. Ils furent souvent initiés par Jean-Robert Debbaudt. Citons pêle-mêle : le Mouvement social belge (MSB, dans les années 1950), le Front fédéral fasciste (FFF) en 1965, le Front rexiste au début des années 1970, sa dissidence Rex National, le Front nationaliste populaire (FNP, pseudopode du Front rexiste) en 1977, le Mouvement social nationaliste (MSN, dirigé par un ancien du FNP) en 1982, le Parti des forces nouvelles (PFN) entre 1987 et 1991, le groupe l’Assaut de 1988 à 1993... Un des piliers de ce dernier fut Emile Robe, le dirigeant-fondateur de Rex National et responsable de sa publication, «Bec et Ongles», vouée à l'admiration de Degrelle.

A la fin des années 1980, pour gagner le leadership de la mouvance néorexiste, le PFN avait même mis en place une structure spéciale dont le principal objectif était de réhabiliter Léon Degrelle auprès de l'opinion publique : l'Association pour l'indivisible liberté d'expression (Aile). Second objectif de l'Aile : diffuser les thèses négationnistes (niant le génocide des Juifs commis par les nazis) que Degrelle avait déjà épousé, depuis bien longtemps. Ce sont les responsables de l'Aile et du PFN qui continueront ensuite à réaliser de nombreuses interviews et images vidéos du vieux chef nazi. Documents désormais très recherchés par les disciples du rexisme. Et vendus très chers sur le marché du «marketing degrelliste». Certaines de leurs images seront diffusées ce 5 mars dans le film documentaire de la RTBF «Léon Degrelle ou la Führer de vivre».


Affiches du Front rexiste, du Front nationaliste populaire (qui lui succéda en 1977) de Jean-Robert Debbaudt et de l'Association pour l'indivisible liberté d'expression, fondée par des dirigeants du Parti des forces nouvelles pour «repopulariser» Léon Degrelle © Image documentaire RésistanceS.be


Rex vaincra... Ref vaincra
La dernière tentative politique néorexiste connue eut lieu en 1995, avec la création dans la région liégeoise du mouvement Référendum, qui se présentait aussi sous le nom de «Mouvement REF». Cette dissidence radicale du «front wallon» d'extrême droite AGIR tentera en effet de se développer en reprenant comme modèle Rex. Son slogan principal étant «Ref vaincra», référence directe au «Rex vaincra» de Degrelle. Le ballet rexiste – pour balayer les «pourris» du monde politique – deviendra encore l'un des symboles de la propagande de REF. Slogan et symbole du parti de jadis de Léon Degrelle… comme par hasard, bien entendu ! Mais REF, comme jadis le Front rexiste, Rex National, le FNP, le MSN, le PFN... présent aux élections, ne rencontrera qu'un succès d'ordre groupusculaire.

Malgré les cuisants échecs électoraux néorexistes, on a vu se multiplier les contacts avec celui qui fut surnommé erronément «le général» (Degrelle ne l'a jamais été). Les adeptes fidèles du «degrellisme» iront ainsi, sans discontinuité, rendre visite au chef dans son exil espagnol. De véritables «voyages organisés» seront, à partir de la fin des années 1980, régulièrement planifiés. Parmi les «pèlerins du degrellisme», il y eut ses anciens soldats, sous-officiers et officiers, ainsi que de nouveaux adeptes issus de la jeune génération militante néofasciste et néonazie...

En 1989, lors d'une rencontre exceptionnelle, organisée par l'ex-capitaine SS wallon Jean Vermeire, entre Degrelle et plus de deux cents anciens de ses ex-soldats et admirateurs, se trouvait un certain Michel Delacroix. Avocat de militants d'extrême droite et d'anciens Bourguignons (dans des dossiers sociaux), il rejoindra ensuite le Front national de Daniel Féret, où se rassemblaient déjà des partisans de Degrelle. Michel Delacroix a été le premier président du Front national récemment «rénové», mais a dû démissionner de ce poste, en novembre dernier, suite à la révélation d’une vidéo où on le voit entonner une chanson antisémite .

En Flandre, malgré ses anciennes relations compliquées avec le VNV, le parti nationaliste flamand des années 1930-1940, le chef de la Division SS «Wallonie» sera vite mis à l'honneur par la droite nationaliste favorable au fascisme et au nazisme. Des ex-SS flamands, des dirigeants du Vlaamse militanten orde (VMO, le principal groupe d'action néonazi flamand dans les années 1970 et 1980), du Vlaams Blok/Belang (VB) et d'autres organisations nationalistes se rendront en Espagne auprès de Degrelle. Dans les années 1990, les éditions anversoises Tyr se chargeront quant à elles de la version néerlandophone d'un des livres de Léon Degrelle. Cette maison d'édition publiait alors les ouvrages de dirigeants du Vlaams Blok, comme Filip Dewinter ou Wim Verreycken.

 


Sur cette photo inédite avec Léon Degrelle, prise en Espagne en février 1985, de gauche à droite : les membres de la délégation du Vlaamse militanten orde (VMO, l'organisation néonazie de référence du mouvement national-flamand), Bert Eriksson (alors son chef), Geert Moors, Roger Spinnewijn et le Bruxellois francophone Emile Robe. Adhérent du VMO-Bruxelles, ce dernier était également le dirigeant du groupuscule Rex National et milita ensuite au groupe néonazi l'Assaut - Photo extraite du livre «Les Barbaras», réalisé par les revues antifascistes flamande «Halt» et belgo-française «CelsiuS» (éditions Epo, 1988).

La «galaxie degrelliste» se lézarde
Il faut savoir que depuis sa fuite en Espagne, l'ex-SS belge participera, bien que timidement, aux diverses tentatives de restructuration d'un réseau européen néonazi. Léon Degrelle était lié au Nouvel ordre européen (Noe), via sa section espagnole (le Cedade). En Belgique, l'un des responsables du Noe était l'incontournable Jean-Robert Debbaudt. Qui éditait pour le compte du Noe, le périodique «L'Europe réelle», référence directe au «Pays réel», l'ancien journal de Rex. Malgré ses contacts internationaux et de nombreuses rumeurs, Degrelle ne fut jamais le chef d'orchestre d'aucune «internationale néonazie».

Lors de l'annonce de son décès, survenu le 31 mars 1994 à Malaga, sur le sol espagnol, les néonazis du monde entier lui rendront un vibrant hommage. Mais les cérémonies à son honneur se feront en ordre dispersé. En effet, au fil des années, la «galaxie degrelliste» avait lentement implosé. Les conflits et concurrences seront légions entre les adeptes de Degrelle. Parfois en raison de différents politiques, souvent à cause de litiges financiers à propos du véritable business organisé autour du «culte de la personnalité» voué au père du rexisme.



Léon Degrelle (au centre), avec ses derniers fidèles adeptes néonazis, en 1992 en Espagne. Bras tendu comme à l’époque du Reich hitlérien, on reconnaît sur cette photographie (premier en partant de gauche), Hervé Van Laethem, responsable du VMO-Bruxelles, puis dirigeant-fondateur du groupe néonazi l'Assaut (actif de 1988 à 1993) et cofondateur, en 1999, du mouvement Nation. Ce dernier compte se présenter aux prochaines élections du mois de juin prochain.

Ainsi c’est l'ex-SS-Hauptsurmführer Jean Vermeire qui dispersera les cendres de Degrelle (incinéré en Espagne) au «nid d'Aigle», la résidence d'Adolf Hitler à Berchtesgaden, en Bavière, à la frontière avec l'Autriche. De plus, avec l'amicale des Bourguignons, Vermeire organisera aussi une messe pour leur commandant en chef. Tandis qu’Hervé Van Laethem, le dirigeant-fondateur du groupe l'Assaut disciple de Degrelle, proposera, lui, le 19 avril 1994, une autre messe catholique en l'honneur de Degrelle, et ce avec le soutien des anciens SS flamands du Hertog Jan van Brabant.

L'organisation simultannée de ces deux cérémonies différentes caractérisait les tensions vivaces chez ces derniers degrellistes. Confident personnel de Degrelle, Jean Vermeire n'avait jamais accepté la récupération que le groupe néonazi l'Assaut avait fait de l'ex-SS wallon. Et notamment, la réutilisation du nom et du logo du journal «L'Assaut», un «hebdomadaire de combat de la jeunesse», qu'il avait fondé à la fin de la Deuxième Guerre mondiale.

Les semaines qui suivront la mort de Degrelle verront apparaître par ailleurs la Fondation/Fonds européenne Léon Degrelle (FELD), animée par le toujours actif néorexiste Jean-Robert Debbaudt et le vidéaste de l'Aile et du PFN. Soutenue par la librairie parisienne néonazie L'AEncre, la FELD voulut faire perdurer l'héritage idéologique de Léon Degrelle, entre autre à travers une revue confidentielle. Son existence sera néanmois éphémère. Au même moment, l'amicale les Bourguignons – reprise en main par Jean Vermeire – fut traversée par une «guerre des clans» interne. Vermeire poursuivra seul son combat avec cette amicale ne regroupant plus qu'une poignée d'«anciens». Refusant l'autoritarisme affiché de Jean Vermeire, plusieurs autres légionnaires wallons du front de l'Est et certains de leurs enfants se regrouperont, dès 1994, dans une nouvelle association, dénommé le «Dernier carré».

De nos jours, ce «Dernier carré» et l'amicale les Bourguignons poursuivent, avec les derniers survivants de la SS Wallonie et leurs quelques jeunes admirateurs inconditionnels, l'entretien des souvenirs de la «croisade antibolchévique» de 1941 à 1945.


Contre les «banksters», Degrelle de retour ?
En ce qui concerne son «passé degrelliste», Patrick Sessler, le secrétaire général et député régional bruxellois du Front national belge, affirme toujours actuellement qu'il ne regrette rien. Et continue, avec Michel Delacroix, l'ex-président frontiste, de fréquenter le commandant Jean Vermeire, de la «Grand Armée» (nom donné ici à la Waffen SS), ainsi que l’appelle ce responsable frontiste !

Fondé en 1999 par des dissidents du Front national et du Front nouveau de Belgique, le mouvement Nation a regroupé lui aussi dès ses débuts des anciens néorexistes. Son dirigeant-fondateur est Hervé Van Laethem, déjà cité dans cet article comme un disciple belge de Degrelle. Le premier chef de la section Bruxelles-Brabant Wallon de Nation était quant à lui un certain... Jean-Robert Debbaudt, le dirigeant-fondateur des diverses initiatives néorexistes depuis les années 1950, comme nous l'avons vu. Lorsque Debbaudt meurt le 28 juin 2003, le mouvement Nation lui rend un hommage digne de ce nom en affirmant : «Jean-Robert Debbaudt restera pour ses anciens et plus récents camarades l'exemple de la fidélité à un idéal. Toujours disposé à donner des conseils, à raconter ses expériences, il était et reste un exemple».

Lors du décès en 2006 d'un autre activiste néorexiste, Emile Robe, ex-responsable de Rex National et du groupe l'Assaut, Hervé Van Laethem lui rendra un hommage personnel sur le site néonazi Novopress. Extraits de cet hommage : «Pendant un demi-siècle, Emile fit partie de ses obscurs qui ont maintenu la flamme et l'ont transmise à de nouvelles générations», «"Passant" du nationalisme, n'oublie jamais tous ces gens, qui comme Emile Robe, ont fait ce qu'il fallait pour que nos idées survivent ! Ne les oublie jamais et incline-toi...!». De toute évidence, ces héritiers de Léon Degrelle restent donc des exemples pour le mouvement Nation.

Un nouveau Léon Degrelle et son «style politique» pourront-ils cependant refaire surface en 2009 ? Notamment en pleine crise économique provoquée par le crash bancaire ? La réponse est oui. En tous les cas pour le style. Récemment, le mouvement Nation a repris, dans un de ses communiqués, le terme «degrelliste» de «Banksters», fusion à dessein des mots «banquiers» et «gangsters». Pour leur part, les responsables de l'actuelle campagne électorale du Front national de Jean-Marie et Marine Le Pen pour les élections européennes, du mois de juin prochain, ont choisi le slogan suivant : «Contre l'Europe des banksters»... Le style degrelliste – simpliste, populiste et anti-politique – est donc bel et bien de retour.

Manuel ABRAMOWICZ



Affiche du Front national français pour les prochaines élections européennes. Le terme «banksters» a été inventé au milieu des années 1930 par... Léon Degrelle – Doc. RésistanceS.be

Degrelle, héros wallon pour l'extrême droite européenne


Promotion sur Internet du local régional «Léon Degrelle» du parti néofasciste italien Forza nuova, lié en Belgique au mouvement Nation – Doc. RésistanceS.be

Pour l'extrême droite étrangère, Léon Degrelle est devenu bien vite un modèle. Auteur prolixe, ses livres seront traduits dans plusieurs langues : anglais, espagnol, italien, portugais, néerlandais, croate, polonais...

En Espagne, où il trouva refuge en 1945 et vécu tout le restant de sa vie, l'ex-SS wallon avait de nombreux amis et admirateurs au sein la Phalange espagnole, le parti unique du régime dictatorial franquiste. Il faut dire que Degrelle apporta, dès sa fondation en 1965, son soutien au Circulo Espanol de Amigos de Europa (Cedade, Cercle espagnol des amis de l'Europe), la section hispanique du Nouvel ordre européen (Noe). La direction de ce réseau néonazi, dont le siège se trouvait en Suisse, comportait d’ailleurs le néorexiste belge Jean-Robert Debbaudt. Léon Degrelle pouvait aussi compter en Espagne sur Fuerza nueva (Force nouvelle), un parti néofranquiste fondé, en 1977, par un proche : son ami de toujours Blas Pinar. En 1987, Fuerza nueva pris le nom de Frente nacional, sur le modèle du Front national français. Depuis la disparition en 1994 de Léon Degrelle, une «association culturelle des amis de Léon Degrelle» existe dans son pays d'adoption. Cependant, elle semble être désormais en sommeil.

En France, dans les années 1980, dans l'organigramme du Parti nationaliste français et européen (PNFE, ouvertement hitlérien), il y avait une «section Léon Degrelle». Une librairie à Paris, la librairie Ogmios, diffusait alors ses écrits. En 1992, la librairie L'AEncre (qui reprit le flambeau d'Ogmios), se chargera de diffuser l'«Appel aux Jeunes européens», un des derniers textes écrit par Degrelle. Ce texte visait à mobiliser la nouvelle génération militante, des néonazis à ceux de la droite nationaliste. C'est alors le Groupe Union Défense (Gud) qui fut l'une des autres organisations les plus admiratrices du dirigeant nazi wallon. Jean-Marie Le Pen himself et plusieurs sections locales de son Front national considèrent encore Léon Degrelle comme un modèle politique. En 2000, une librairie parisienne fréquentée par des militants du Front national, diffusait «Tintin mon copain», le dernier livre de Degrelle, édité plusieurs années après son décès par certains de ses disciples.

En Pologne et en Russie, celui qui – de 1941 à 1945 – a combattu les armes à la main les Soviétiques reste une référence pour les naziskins de Blood & Honour. Comme aux Etats-Unis, pour le NSDAP-AO, le parti hitlérien reconstitué outre-Atlantique. Cependant, c'est en Italie que Degrelle semble avoir le plus d'admirateurs de nos jours. En particulier chez les dirigeants de Forza nuova (FN), la formation d'extrême droite la plus active dans ce pays. Un local (depuis novembre 2007) et une «section jeune» de ce FN italien portent le nom de Léon Degrelle !

M.AZ

 

© RésistanceS – web-journal de l'Observatoire belge de l'extrême droite – www.resistances.be – info@resistances.be – Article mis en ligne le 4 mars 2009.



INFORMATION EXCLUSIVE Jean Vermeire, ex-officier SS belge et dernier chef du rexisme, est décédé (03/10/2009)

Au sommaire de ce dossier :

Léon Degrelle à la Une (introduction au dossier)

Les fidèles adeptes du «degrellisme» de 1945 à nos jours

Léon Degrelle, le Che Guevara de l'extrême droite

L'idéologue de Degrelle : Charles Maurras

Degrelle sous la plume de Jonathan Littell

L’ex-bras droite de Degrelle est mort

Un héritier de Degrelle au Vlaams Blok

L’Extrême droite est-elle nazie ?


Prochaine en librairie :
le livre de Manuel Abramowicz (coordinateur de RésistanceS.be) consacré aux disciples et aux héritiers du «degrellisme»



Ce livre sera publié aux éditions Aden, dans sa nouvelle collection «RésistanceS.be»



Léon Degrelle à la RTBF avec RésistanceS.be


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Affiche de RésistanceS, le web-journal de l'Observatoire belge de l'extrême droite © asbl RésistanceS 2008


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