RésistanceS 04-05-2008

Refoulement & tabous


Homosexualité, nazisme et extrême droite...

L'auteur Jonathan Littell, Prix Goncourt 2007 pour Les Bienveillantes, propose depuis peu un nouveau livre, Le sec et l’humide (chez Gallimard). En 136 pages, il y décrit le « discours degrellien » (voir notre article «Degrelle sous la plume de Jonathan Littell» ). Consacré à la prose guerrière du général de la SS « Wallonie », ce livre du jeune écrivain franco-américain aborde aussi un aspect rarement évoqué du fascisme, l'«homo-érotisme». RésistanceS, le web-journal de l'Observatoire de l'extrême droite, s'est penché à son tour sur ce sujet relevant du tabou absolu chez les adeptes fanatiques de la famille traditionnelle. Et pourtant...

 


L'imagerie de la propagande nazie allemande des années 1930 : famille traditionnelle, enfants disciplinés et guerriers virils de type « homo-érotique » – Document-montage : RésistanceS.

La thèse de l'écrivain Jonathan Littell, dans Le sec et l’humide (éditions Gallimard, mars 2008), est que Léon Degrelle, dirigeant de l'extrême droite belge dans les années 1930 et dirigeant de la SS « Wallonie » sur le Front de l'Est, aurait pu être un homosexuel refoulé, voire même un pédéraste. Mais d'après l'auteur, « Homosexualité et fascisme ne vont pas de pair ». Vraie et fausse hypothèse.

En effet, dans son corpus idéologique, le fascisme (le nazisme et l'extrême droite en général) préconise une politique familiale de type conservateur : un homme comme chef absolu du ménage, une femme et des enfants dominés sous le joug d'une discipline de fer (voir sur ce thème notre article «Famille, avortement et homosexualité» )

Homos-nazis tolérés si confidentiels
Or, dans la réalité de la vie intime du fascisme, un courant «homo-nazi-nationaliste-identitaire» a toujours été présent. Il suffit de se rappeler des «orgies entre hommes» de la direction de la Sturmabteilung (SA), l'organisation paramilitaire du parti nazi d'Adolf Hitler, conduite par l'homosexuel Ernest Röhm, mais néanmoins prosélyte adepte du nazisme. Le IIIe Reich, tout comme ensuite la dictature française du Maréchal Philippe Pétain, fera de la famille traditionnelle le noyau de base de la Nation. Chaque famille représentant en quelque sorte une « mini-dictature », avec le père de famille comme despote suprême. Cependant, en coulisse, les « homos-nazis » maintiendront discrètement, leurs comportements « marginaux ». Il y eut, c'est vrai, une chasse aux homosexuels (des deux sexes) sous l'autoritarisme du nazisme ou du pétainisme. Ils et elles furent nombreux à être arrêtés, déportés et assassinés dans les camps de la mort sous le « label » du triangle rose.

Mais un «deux poids deux mesures» subsistait et une sélection idéologique des homosexuels s'opérait. Les non-nazis et ceux de «race non-aryenne» étaient vigoureusement pourchassés. Pour leur part, les «homos-nazis» restaient tolérés, si leur choix sexuel s'exprimait de manière confidentielle et camouflée par un semblant de «vie familiale normale». Hypocrisie des «bien-pensants»… Une attitude qui est d'ailleurs identique au traitement «traditionnel» de la hiérarchie de l'Eglise catholique à l'égard de ses (nombreux ?) curés, religieuses et croyants homosexuels, même si ces derniers sont de bons pères et mères de famille chrétienne...

Les défilés homo-érotiques des SA et des SS

«Dans les années trente, (...) le nazisme sut récupérer à son profit la charge érotique sous-jacente à l'exaltation de la jeunesse virile, alors que l'idéal du corps "parfait" servait à illustrer la valeur de la race aryenne, par exemple dans le documentaire de propagande de Leni Riefenstahl, Les Dieux du stade (1936). La charge homo-érotique des défilés de la SA ou de la SS, associée à la culture du Männerbund, explique en partie la fascination éprouvée par certains homosexuels à l'égard de l'esthétique nazie».

Florence Tamagne

[Extrait de Mauvais Genre ? Une histoire des représentations de l'homosexualité, de Florence Tamagne, Collection Les Reflets du Savoir, éditions EdLM, Paris, 2001. Cet extrait a été publié sur le site Triangles Roses. Pour le lire ].



Gays chez les fachos
Durant de très nombreuses années, les homosexuels de l'extrême droite durent donc vivre cachée leur profonde intimité. A partir des années 1980 (un contre-effet de Mai 68 ?), les «homos de l'Ordre nouveau» s'affirmèrent de plus en plus. Pour eux, il était possible d'être gays chez les fachos. La théorisation de leur orientation sexuelle allait même voir le jour. Celle-ci ne remet pas en cause le noyau familial traditionnel à la base de la Nation. Les homosexuels d'extrême droite préconisent donc l'accouplement avec une femme et avec elle la constitution d'une véritable famille. Quant à la vie sexuelle pour le plaisir, elle se fait entre «guerriers».

C'est un leader néonazi allemand, Michaël Kühnen (mort du sida en 1991) qui fut le théoricien du courant homo-nazi. Pour populariser sa vision national-sexuelle, il écrira même un manifeste de 32 pages au titre évocateur : «National-socialisme et homosexualité». Selon son éditeur français, Ars Magna, lui aussi lié au milieu occulte d'extrême droite, «Kühnen prit la défense de Röhm et renoua … avec les confréries. Selon lui, l’homosexualité n’était pas seulement naturelle : elle avait fondé la civilisation». On peut constater, que les gays de l'Ordre noir adhèrent à un concept théorique selon lequel les homosexuels seraient l'élite de la Nation, même s'ils participent ardemment à sa politique familiale. L'élitisme homosexuel développe, comme tout intégrisme, un rejet des «Autres», les considérant comme des faibles, des citoyens de seconde zone, des adversaires...

Ex-militaire de carrière, comme Ernest Röhm, Michaël Kühnen bénéficiait de beaucoup de compagnons fidèles, en Allemagne comme à l'étranger. Fréquentant un «monde d'hommes», il partageait alors avec eux ses opinions et ses pratiques idéologico-sexuelles. A l'armée, certains d'entre eux avaient aussi goûté aux jeux homo-érotiques, notamment lors de bizutages bien particuliers.


Ecrite par un dirigeant néonazi allemand, cette brochure « homo-nazie » est toujours diffusée de nos jours dans les rangs de l'extrême droite – Document RésistanceS.

Dans les années 1980, Michaël Kühnen dirigeait le Mouvement européen, une organisation regroupant plusieurs groupes néonazis allemands, français, hollandais et belges. Lors de rassemblements de ce mouvement, des remakes des «orgies des SA» auraient eu lieu. Pour sa part, le compagnon de route français de Kühnen était Michel Caignet. Ce responsable de la Fédération d'action nationale et européenne (Fane), un groupe néonazi français, allait par la suite, tout en restant fidèle à son engagement politique, mettre sur pied Gaie France, une publication homosexuelle nationaliste.

Cachés ou revendiqués, les homos-nazis-nationalistes-identitaires existent bel et bien. Leur orientation sexuelle – considérée comme «dégénérée» par le corpus officiel de l'extrême droite – pourrait expliquer les discours virils de certains d'entre eux. La défense de la famille traditionnelle ne serait donc qu'un leurre pour vivre des relations fraternelles et passionnées entre «guerriers».

Manuel Abramowicz

Les gays nationalistes, du VB au FN...

Il y a quelques années, après un nouveau discours homophobe tenu par Filip Dewinter, dirigeant anversois du Vlaams Blok/Belang (VB), Bart Vandermoere, un autre VBiste, contre-attaque vivement.

Selon cet ancien leader des Etudiants universitaire catholiques flamands, qui affirme, dans le quotidien De Morgen, avoir «toujours été un extrémiste de droite convaincu» et qui revendique sans honte son homosexualité, «il n’est pas possible d’être nationaliste et de se prononcer en même temps contre l’homosexualité». Révolté par les propos anti-homos de Dewinter, Vandermoere traitera le jeune chef blokker d’«hypocrite». Il portera même des accusations graves sur la vie privée de dirigeants du VB, en affirmant, notamment, que certains d'entre eux « ne vivent pas d’après (les) principes (du parti). (Des « hommes comme eux ») ne pourraient pas faire la morale aux autres. D’après moi le Vlaams Blok doit se distancer (des propos) de Dewinter ».

Il faut savoir que malgré un programme anti-homosexuel, les « hommes qui aiment les hommes » ont toujours été bien représentés dans les rangs de l’extrême droite, au Front national français de Jean-Marie Le Pen comme au FN de Daniel Féret. L'un des dirigeants du Front de la jeunesse, l'organisation nationaliste de référence, active entre 1974 et 1982 (qui se transformera ensuite en Parti des forces nouvelles), était connu pour son orientation sexuelle gay. Comme plus tard, deux députés régionaux (un bruxellois et un wallon) du FN féretiste. Dans les rangs de l'ultra droite pure et dure, les gays nationalistes agissent en homosexuels honteux et/ou refoulés…

[Extrait (revu et actualisé) de l'article «Qui est réellement Filip Dewinter»]

 

© RésistanceS – web-journal de l'Observatoire belge de l'extrême droite – www.resistances.be – info@resistances.be – Article mis en ligne le dimanche 4 mai 2008.



Couverture d'un journal belge d'extrême droite – portant le même titre que la revue de la SS française - publié en été 2000. Un style «homo-érotique»?

INFORMATION EXCLUSIVE Jean Vermeire, ex-officier SS belge et dernier chef du rexisme, est décédé (03/10/2009)


Sur le même sujet, lire sur RésistanceS.be:

Degrelle sous la plume de Jonathan Littell

Famille, avortement et homosexualité

Danger : homophobie ! Du mépris au fascisme…

Amnésie, bêtise et extrême droite

Sur RésistanceS.be, à lire à propos de Léon Degrelle :



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Avec en communication : « 4 mai 2008 »


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