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RésistanceS 17-02-2009 |
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Dans l'histoire de l'«Orchestre noir»
«Le Cri du Citoyen» est apparu sous le nom de «L'Echo de Colfontaine», au milieu des années 1980. Il était alors édité dans cette commune voisine de la ville de Mons. Par la suite, sa rédaction s'installa à Bruxelles. «Le Cri du Citoyen» est alors proche du Parti pour la liberté du Citoyen (PLC) de Luc Eyckerman. C'est sous le nom de Parti libéral chrétien que ce PLC avait vu le jour en 1982 sous les auspices d'anciens responsables du Cepic, l'aile d'ultradroite de feu le Parti social-chrétien (PSC). Le PLC et «Le Cri du Citoyen» représentent alors le courant «national-catholique» de ladite «droite nationale», le vocable utilisé de façon «politiquement correcte» à l'époque par l'extrême droite. Le directeur du «Cri du Citoyen» est un dénommé Francesco Catania. Immigré de Sicile en terres belges, il travaille pour l'entreprise pharmaceutique bruxelloise de Luc Eykerman et multiplie les contacts au sein de la mouvance extrémiste de droite, que ce soit parmi la population belge ou chez les immigrés italiens. Francesco Catania est un nostalgique de l'Italie fasciste.
«Le Cri du Citoyen» est aussi adepte des «thèses complotistes» qui sont très populaires dans ce milieu politique. En couverture de son n°31 de janvier 1989, on peut lire : «Avec l'avortement, la drogue est l'un des moyens qu'emploient les ennemis de notre civilisation pour nous faire périr». Un des maîtres en matière de dénonciation des «complots contre l'Europe chrétienne» s'appelle Henry Coston. Ce théoricien français spécialiste de l'antisémitisme détourné deviendra tout naturellement une des références idéologiques du «Cri du Citoyen». Le journal mettra aussi en exergue des phrases de Gaston-Armand Amaudruz, le vieux leader des néonazis et négationnistes suisses, ex-chef du Nouvel Ordre Européen, un réseau mis en place avec le soutien d'anciens militaires allemands nazis et de Léon Degrelle en personne.
Pour remplir ses pages, des articles publiés dans d'autres journaux d'ultradroite, voire néonazis, sont republiés dans «Le Cri du Citoyen». Ils proviennent de «Lectures françaises» (journal fondé par l'antisémite Henry Coston, déjà cité plus haut), de «Lecture et Tradition» (une revue proposée, comme le précédent titre, par la Diffusion de la pensée française, d'obédience national-catholique intégriste et fasciste), de «Jeune Nation» (du mouvement antisémite l'Oeuvre française), du «Choc du Mois», de «Minute», de «National Hebdo» (proche du Front national français), de «Réfléchir & Agir» (un périodique racialiste)... Les dessins et caricatures qui sont publiés dans «Le Cri du Citoyen» proviennent d'auteurs d'extrême droite bien connus : Chard, Konk, Korbo...Des encarts promotionnels inviteront les lecteurs du «Cri du Citoyen» à lire aussi «Lectures françaises», «Présent» et «Rivarol», des périodiques français de la droite nationaliste catholique, ainsi qu'«Altaïr», un opuscule édité en Belgique proposant notamment des poèmes à la gloire du nazisme et de ses collaborateurs français et belges. En 1997, le journal belge dirigé par l'immigré italien Catania fera la promotion de la librairie Polémique. Cette «librairie nationaliste» (sic), selon la promotion parue dans «Le Cri du Citoyen» venait alors d'être fondée par Alain Escada, un ami de combat de Christophe Buffin. De nos jours, ils collaborent toujours ensemble dans le cadre des activités de Belgique & Chrétienté, l'association présidée par Escada.
Se revendiquant comme un organe de nature politique, «Le Cri du Citoyen» a ouvert ses colonnes et apportera son soutien à plusieurs initiatives politiques, toujours marquées à la droite de la droite. En avril 1989, Christophe Buffin prend la défense de Belgique-Europe-België (BEB), un cartel électoral qui regroupe plusieurs mouvements et cercles patriotiques, nationalistes, monarchistes... Mais à la même époque, l'équipe du «Cri du Citoyen» fréquente également d'autres groupements. En avril 1989, Buffin et Catania sont présents au meeting commun du Bloc Belge (BB) et du Nationaal front Vlaanderen (NF), qui a lieu près de la gare du Nord de Bruxelles. Le BB est une dissidence néonazie du Front national de Daniel Féret, le NF est animé par les radicaux de l'ex-Vlaamse militanten orde (VMO), l'organisation néonazie historique du mouvement nationaliste flamand. Finalement, après les élections régionales de la même année, l'équipe du journal rejoindra le FN belge. Suite à cela, Christophe Buffin devient le responsable de deux commissions internes - «Réforme de l'Etat» et «Enseignement, culture et sports» - du parti d'extrême droite. Il est également membre de la «rédaction générale» du mensuel «Le National», l'organe de presse frontiste. Au FN se retrouve aussi Luc Eyckerman, qui y adhère avec le reste des maigres troupes de son PLC. «Le Cri du Citoyen» se met à ce moment précis au service de l'entreprise politique dirigée par Daniel Féret. En juin 1994, Francesco Catania sera l'un des candidats du FN aux élections européennes. Son périodique annonce encore les «Grands Diners-Débats» du CNF, le Cercle national des Français-Résidents à l'étranger, une structure internationale du FN français de Jean-Marie Le Pen. Ce dernier reste le modèle politique du «Cri du Citoyen».
En 1996, le mensuel de Catania, qui se décrivait alors comme «la revue d'opposition nationale» scelle une alliance avec «Dossier», la «revue d'information et de formation identitaire», que vient de créer son ami Patrick Sessler, un ancien du Parti des forces nouvelles (groupuscule néonazi actif de 1983 à 1991) et ex-secrétaire général du Front national de Féret. Avec «Dossier», «Le Cri du Citoyen» initie une campagne «Nos pauvres d'abord ! Pas un franc pour 11.11.11». En conflit avec le FN, surtout avec son président, Francesco Catania lance à ce moment-là l'Alliance Nationale (AN), un embryon de parti politique qui ne verra finalement jamais le jour. En juin 1999, à l'occasion des élections régionales et européennes, «Le Cri du Citoyen» retournera soutenir le Front national de Daniel Féret, malgré les querelles du passé. Le journal de Catania deviendra même l'un des trois partenaires officiels du FN, avec la revue «Altaïr» et «Polémique-Info» d'Alain Escada. L'édition du «Cri du Citoyen» cessera peu de temps après, lorsque Francesca Catania sera engagé au Parlement européen par l'Alliance nationale, le parti d'ultradroite italien. «Le Cri du Citoyen» aura été durant près de 15 ans un maillon important de l'extrême droite belge francophone, dans l'ombre de la grande presse. Un lieu de rencontre et de formation idéologique de et pour l'ensemble de cette frange de la droite qui rêve toujours à l'Ordre nouveau. Manuel Abramowicz (1) Joris Van Severen : député frontiste de 1921 à 1929, il fut séduit par la pensée de Charles Maurras et de Benito Mussolini. Face au VNV de Staf De Clercq, Van Severen fut «Leider» de l’autre organisation fasciste flamande des années 1930, le Verbond der dietsche nationaal-solidaristen (Verdinaso). Le projet solidariste du Verdinaso était la constitution d’un Etat thiois, c’est-à-dire regroupant tous les néerlandophones de Lille à Groningue. Il rassemblait 15.000 participants à ses festivités et pouvait aligner 5000 «Chemises vertes» au sein du Dinaso militanten orde (DMO), son service d'ordre paramilitaire. Vers 1939, Van Severen se rallia à l’État belge, pour lequel il préconisait une monarchie renforcée au-dessus des partis, une organisation corporative et la neutralité. Arrêté le 10 mai 1940 par les autorités belges, il fut tué à Abbeville par des militaires français. Sous l’occupation, une grande partie du Verdinaso se rallia au parti unique de Staf De Clerq (extrait de l'article de Michel Majoros «Rues sans complexe», in «RésistanceS» - version magazine papier – n°6, printemps 1999, pp. 7-8).
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