Sexe, politique et tabous
Pédophilie : les silences de l'extrême
droite
Face aux scandales qui frappent actuellement l'Église
catholique belge, les habituels partisans de solutions radicales contre
les pédophiles font cette fois-ci preuve de beaucoup de discrétion.
L'ultra droite puritaine et conservatrice est prise d'un étrange
malaise en cette période. Des tabous auront-ils été
brisés. RésistanceS.be fait le point sur des sujets
interdits pour l'extrême droite. Qui protège manifestement
une certaine «catégorie» de pédophiles :
les délinquants sexuels en col romain...

Depuis plusieurs mois, l'Église catholique
belge fait la Une des médias pour les scandales de pédophilie
qui la secouent - Doc. RésistanceS.be
«Peine de mort pour ceux qui touchent à nos enfants»,
«Pendons les pédophiles»... avec ce type
de slogan, provenant des rangs de l'extrême droite, les curés
et autres évêques actuellement impliqués dans
des faits de pédophilie seraient nombreux à se retrouver
sous la corde de la potence ! Avec la droite ultra, moraliste, puritaine
et conservatrice, la solution est toujours radicale pour mettre fin
aux déviations «psycho-sexuelles». Déviations
qui pour l’instant frappent, de plein fouet, l'Église
catholique belge, après les églises irlandaises, nord-américaines...
Le 10 septembre dernier, la «Commission pour le traitement des
plaintes pour abus sexuels dans une relation pastorale» remettait
son rapport (voir notre article dans ce même dossier consacré
à ce rapport). Son contenu mentionne une église belge
gangrénée, depuis bien longtemps, par des centaines
de prêtres auteurs d'abus sexuels sur des enfants.
Que les délinquants sexuels en
col romain se rassurent : les slogans meurtriers de cette extrême
droite sont de nos jours périmés. En effet, ils datent
des années nonante, à l'époque de ladite «affaire
Dutroux», le sujet numéro un de l'actualité des
faits divers belges et étrangers de 1996 à 1999. A cette
occasion, la droite nationaliste, populiste et extrémiste s'était
alors lancée dans une croisade de moralisation réclamant
des remèdes exemplaires, comme la peine de mort, par exemple.
«Offensive christianophobe»
(sic)
Le Front nouveau de Belgique (FNB), une dissidence du Front national
regroupant plusieurs transfuges des directions des ailes droites de
l'ancien Parti social chrétien et du Parti réformateur
libéral, en coalition avec des groupes catholiques intégristes
et des groupuscules néofacistes, gonflera diverses rumeurs
évoquant des liaisons secrètes entre «le Pouvoir»
et la pédophilie organisée (commercialisée).
La présidente du FNB, notamment, alors députée
fédérale, propagea il y a plus de dix ans, à
partir des bancs du parlement, des campagnes de manipulation de l'opinion
à propos d'hommes politiques qui auraient été,
selon «ses informations», impliqués dans des réseaux
pédophiles. Spécialiste de la dénonciation des
«pédophiles et pédérastes présents
au cœur du gouvernement et du parlement» et d'écrivains
progressistes soixante-huitards accusés d'avoir fait la promotion
de la pédophilie dans des livres (… édités
il y a plusieurs années et même plusieurs décennies
!), aujourd'hui, cette même droite reste totalement silencieuse
(ou très discrète) à propos du tsunami médiatique
qui ravage l'ensemble des autorités du catholicisme belge.
Pas un mot, pas une ligne et pas un seul
slogan dans les journaux et sur les sites Internet de l'extrême
droite pour dénoncer, en bloc et de front, cette fois-ci ce
fléau de société. Et mettre au pilori de la vindicte
populaire les sinistres coupables. Néanmoins, lorsqu’une
référence est faite à l’«affaire
Dutroux de l'Église» (dixit le pédopsychiatre
Peter Adriaenssens, responsable du rapport de la Commission pour le
traitement des plaintes pour abus sexuels dans une relation pastorale),
il y est évoqué, dans un réflexe pavlovien, une
sorte de… terrible complot fomentant une «offensive christianophobe».
Pour la droite radicale et fondamentaliste
catholique y aura-t-il dès lors deux catégories distinctes
de pédophiles ? D'un côté d'horribles pervers
sexuels à pendre sur le champ au bout d'une corde, de l'autre
des pédophiles qu'il serait bon de protéger et de sauver
? A la lecture comparative des campagnes politiques contre les pédophiles
orchestrées par l'extrême droite à l'époque
de l'«affaire Dutroux» et l'actualité du moment
éclaboussant l'institution catholique, il est permis de le
penser. Le silence manifeste - ou les diversions diffusées
pour noyer le poisson - que l'on observe de la part des divers «fronts
de la haine» et autres «blocs de la discrimination»
sur les révélations fracassantes à propos de
la généralisation de la pédophilie dans l'Église
catholique ne peut que poser des questions sur le rapport que la droite
extrême entretient avec ces délits.

Graffitis du groupe néonazi l'Assaut,
en 1996 à Bruxelles, pour le compte du Front nouveau de Belgique
– Doc. Archives RésistanceS.be
Le bon ménage : croix chrétienne et croix celtique
Il faut savoir que l'extrême droite de tout temps a été
proche - et est même directement liée - aux courants
catholiques les plus traditionalistes et intégristes. La croix
chrétienne a toujours fait bon ménage avec la croix
celtique de la droite radicale et nationaliste. Leurs adeptes défendent
ensemble une conception rétrograde, hiérarchisée
et autoritaire pour l'organisation, en société et en
famille, des rapports humains. Dans cet univers impitoyable, le linge
sale se lave en famille. En vase clos. Entre les murs. En silence.
Sous le règne de l'hypocrisie, de la honte, de la culpabilité
et si nécessaire de la terreur. Rien d'étonnant dès
lors à ce que nombreux soient les militants néofascistes
qui proviennent de divers mouvements religieux rigoristes.
L'un des piliers fondateurs du Front
national français de Jean-Marie Le Pen - et du FN belge - est
justement celui dirigé par les «nationaux-catholiques»,
connus pour fédérer les disciples des dictateurs catholiques
Salazar, Franco et Pétain. Au Vlaams Belang, ce courant «nat-catho»
est lui aussi une des bases fondatrices de ce parti nationaliste flamand
(relire notre article «L'extrême droite catholique pro-Léonard»
).
Lors de congrès et manifestations de formations et d'organisations
d'extrême droite, des messes traditionalistes sont célébrées
par des ecclésiastiques acquis aux idéaux de l'Ordre
nouveau. Héritiers politico-religieux de ceux qui sur le front
de l'Est, de 1941 à 1945, fanatisaient avec des sermons religieux
les très jeunes combattants des divisions SS wallonne et flamande.
Une «belle époque» d’expression guerrière
et virile pour des mâles dominants chargés de l’encadrement
d’adolescents, pas encore vraiment adultes pour faire la guerre.
Un tabou absolu
Les connexions entre l'extrémisme politique de droite et l'extrémisme
religieux catholiques sont légions et forment ainsi un circuit
fermé. Il est donc logique que les illustres représentants
de la droite orthodoxe se taisent, baisent la tête et marchent
à l'ombre pendant que des clercs et des prêtres pédophiles
font la Une de l'actualité. D'autant plus que la pédophilie,
la sexualité, les pratiques sexuelles «non conformistes»,
l’adultère, l'homosexualité... sont des sujets
d'un tabou absolu dans ce milieu politique sectaire, refermé
sur lui-même.
Officiellement défenseur des valeurs
morales de l'Occident chrétien, il n'est pourtant pas rare
de retrouver parmi les militants d'ultra droite catholique des trompés
et des «trompeurs», des homosexuels «refoulés»
ou «honteux», des violeurs et des violés, des victimes
et des témoins d'actes de pédophilie, des pédérastes
et pédophiles. C'est alors dans les jeunes troupes formant
la base militante de la droite extrême que ces derniers recrutent
leurs juvéniles proies. En France, plusieurs cas de ce genre
ont déjà défrayé la chronique. En Belgique,
des militants et des responsables d'ultra droite ont aussi fait l'objet
de poursuites judiciaires et de condamnations dans le cadre de dossiers
pour des attentats à la pudeur et des viols sur mineurs d'âge
( ).
«Peine de mort pour ceux qui
touchent à nos enfants», «Pendons les
pédophiles»... scandait il n’y a pas si longtemps
que cela l’extrême droite. Dans son chef, nous l’avons
compris, il s’agissait bien entendu d’une solution finale
à géométrie variable...
Manuel ABRAMOWICZ
Manifestation, en octobre 2009 en France, de
l'extrême droite française contre le ministre sarkozyste
Frédéric Mitterrand, accusé par Marine Le Pen
d'être un pédophile.
© RésistanceS.be – web-journal
de l'Observatoire belge de l'extrême droite – www.resistances.be
– info@resistances.be – Article mis en ligne le 24 septembre
2010.
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Un nouveau dossier inédit de RésistanceS.be,
réalisé par Manuel Abramowicz
Au sommaire de ce dossier
• Pédophilie
: les silences de l'extrême droite
• Le
rapport sur «affaire Dutroux de l'Église» : l'extrême
droite relativise
• «Pendons
les pédophiles», mais sauvons les «pervers»
et «débauchés» en col romain...
A
lire également :
•
Réseau pédophile: Implication d’un
intégriste chrétien d’extrême droite
•
L'extrême droite catholique pro-Léonard
• Homosexualité,
nazisme et extrême droite...
• Famille,
avortement et homosexualité, un vieux combat de l'extrême
droite
• Intégrisme
catholique : Danger homophobie ! Du mépris au fascisme…
Note de la rédaction
Nous acceptons volontiers que nos informations soient reproduites.
Nous souhaitons cependant que vous en citiez la source, en indiquant
clairement qu'elles proviennent de ResistanceS.be, l'Observatoire belge
de l'extrême droite. Pour la reprise de nos informations sur des
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