RésistanceS.be 24-09-2010

Solutions radicales


«Pendons les pédophiles», mais sauvons les «pervers» et «débauchés» en col romain...

Aujourd'hui, le silence, la discrétion ou la diversion (en évoquant une «offensive christianophobe ») sont de mise au sein de l'extrême droite catholique à propos de l' «affaire Dutroux de l'Église». Pourtant, il y a plus de dix ans, quand la Belgique fut secouée par les révélations sur l'«affaire Dutroux», les enlèvements et la mort de jeunes filles, symbolisés par Julie et Mélissa, la droite puritaine et radicale s'était lancée dans une croisade tous azimuts contre «les pédophiles présents au parlement et au gouvernement» (sic). Les violeurs d'enfants n'étaient alors ni curés ni évêques, et encore moins des hommes politiques. RésistanceS.be est retourné dans ses archives pour consulter des publications d'extrême droite de l'époque. Et les comparer avec l'«actualité pédophile» qui secoue aujourd'hui l'Église catholique belge. Édifiant. En voici quelques extraits et une conclusion à ce sujet.


A partir de 1996, dès le début de ladite «affaire Dutroux», la presse d'extrême droite belge va se déchainer contre «les pédophiles et pédérastes du gouvernement et du parlement» © Doc. Archives RésistanceS.be


Daniel Féret - Président-fondateur et alors député européen du Front national belge :
«La vie de Dutroux vaut-elle plus que celle de ses victimes ? (…) L'affaire Dutroux n'a pas seulement mis en lumière l'existence d'un réseau international de pédophilie et fait apparaître une complicité entre certains milieux politico-judiciaires belges et les truands. La mort de Julie, Melissa, An, Eefje révèle davantage le laxisme des autorités face à la criminalité. Il ne faut pas s'en étonner. Que peut-on attendre de mieux d'un pays qui sacrifie ses enfants à l'idéologie des pseudo-droits de l'homme, idéologie qui a conduit la Belgique à ne plus appliquer la peine de mort aux assassins d'enfants ? Si le multi-récidiviste Dutroux avait été justement châtié, Julie, Melissa, An et Eefje seraient encore vivantes. Elles ont payé de leur vie la folle irresponsabilité de ceux qui militent pour le droit des assassins à la vie» (extrait d'une intervention au Parlement européen de Strasbourg, le 18 septembre 1996).

Hugues Wailliez - Vice-président et député fédéral du FN belge :
«Dutroux n'est que l'exécutant d'un réseau pédophile installé en Belgique depuis de nombreuses années et qui bénéficie de protections de la part d'hommes politiques qui, soit touchent un pourcentage des bénéficies, soit sont l'objet d'un chantage quelconque» (lors d'une séance à la Chambre. Intervention reproduite dans «Le National», le journal frontiste, en octobre 1996).

Alain Escada- Directeur de «Polémique-Hebdo» et rédacteur en chef du journal «Le Bastion», l'organe de presse du Front nouveau de Belgique (FNB) :
«Nous voulons la vérité, toute la vérité. De toute évidence, parmi la clientèle pédophile à laquelle étaient destinées les petites victimes du diabolique Dutroux, figurent des gens du Pouvoir. Que ce soit au niveau politique, des affaires, ou encore de la magistrature. Ce qui implique que tout sera fait pour classer cette affaire (...). Si la rue de la Loi (NDLR : siège du Parlement) laisse ce dossier s'enliser, il faudra que la loi de la rue remettre les pendules à l'heure» (extrait de l'éditorial du numéro du 29 août 1996 de «Polémique-Hebdo».
Après un passage éclaire au FNB, l'équipe de «Polémique-Hebdo» deviendra un des «partenaires politiques» du Front national de Daniel Féret. Aujourd'hui, Alain Escada dirige l'association intégriste Belgique & Chrétienté et minimise le scandale suscité par les révélations sur les abus sexuels commis par des prêtres catholiques, préférant dénoncer, par diversion et camouflage, la «littérature pédophile» issue de Mai 68 et les méfaits de Vatican II, en évoquant notamment une «offensive christianophobe» (sic).

«Ce que nous souhaitons, ce n'est pas réprimer toute relation extra-conjugale ou non-hétérosexuelle, au nom d'une dictature du comportement. Ce que nous souhaitons, c'est que l'on fasse la distinction entre ce qui est normal et ce qui ne l'est pas. Ce que nous voulons, c'est que l'on ne normalise pas l'anormal. Ce que nous voulons, c'est que le mariage reste un acte sacré réservé aux couples hétérosexuels. Ce que nous voulons, c'est que l'on ne confie pas des enfants à des ''couples homosexuels''. Ce que nous voulons, c'est que l'on ne ridiculise pas la Famille. Ce que nous voulons, c'est que ceux qui sont censés nous représenter aux plus hautes fonctions de l'État n'aient pas un comportement de débauchés (...). Ce que nous voulons, c'est que les pervers de tous poils quittent la scène politique. Parce que la débauche est contraire à la raison d'État» (éditorial d'Alain Escada dans «Polémique-Hebdo» du 5 décembre 1996).

Front nouveau de Belgique (FNB) :
«En Belgique, il n'est pas exclu d'être ministre et pédophile tout à la fois» (couverture du journal «Le Bastion», organe de presse du FNB, de septembre 1996).

«Mafieux & pédophiles au panier ! Grâce au Front nouveau de Belgique. Belges, réveillez-vous» (affiche du FNB, novembre 1996).

Marguerite Bastien - Président-fondatrice et députée fédérale du FNB :
«Le lobby pédé-pédophile (est) présent sur nos ondes, présent dans nos parlements et gouvernement. Car, en Belgique, une chose frappe : l'étonnante concentration au mètre carré, dans tous les organes de pouvoir, de pédés et de pédophiles» (dans un article du mensuel «Le Bastion», de février 1997).

«En Belgique, la concentration au mètre carré de pédéraste ou de pédophiles, parmi les ministres, les députés, les agents de la Sûreté de l'État, est sans doute unique au monde» (éditorial du numéro de mars 1998 du «Bastion»).

 


Manifestation contre la pédophilie, en 1999, du Front nouveau de Belgique, une dissidence du Front national – Archives RésistanceS.be


Sauver les (prêtres) «pervers» et «débauchés»
La radicalité et la revendication de mesures sévères contre les pédophiles, à l'époque de l'«affaire Dutroux» (1996-1999) dénotent manifestement par rapport aux timides et rares prises de positions publiques de l'extrême droite, suite aux actuelles révélations sur la pédophilie généralisée au cœur, notamment, du système éducatif catholique. Opérant un repli communautariste, la droite nationaliste catholique se compromet complètement en tentant de faire diversion avec l'évocation d'une «offensive christianophobe» (sic), comme unique réponse au tsunami qui ravage le monde catholique. Ainsi, cette droite puritaine et conservatrice se fait la complice directe de la tentative de camouflage d'une réalité qui, durant trop longtemps, fut refoulée, niée et tabouisée. Dans l'unique but que l'image de l'institution religieuse catholique, dont les liens avec le pouvoir étatique (politique, judiciaire, économique...) sont solides, reste intacte. Depuis quelques semaines, l'extrême droite catholique s'est donc lancée dans une croisade sans bornes pour sauver les prêtres «pervers» et «débauchés», pour reprendre les termes exploités par le dirigeant de la droite national-chrétienne belge Alain Escada pour cibler les «politiciens pédophiles» à l'époque de l'«affaire Dutroux».

Pour les partisans d'un Ordre nouveau religieux, les «pédophiles du monde politique» (mais combien sont-ils au juste ?) représentaient des coupables idéaux. Par contre, pour cette même droite radicale catholique, les très nombreux curés ayant abusés de dizaines d'enfants sont aujourd'hui présentés comme des victimes de la «christianophobie». Qu'en pensent les 488 victimes, recensées par la Commission pour le traitement des plaintes pour abus sexuels dans une relation pastorale ? Les ténors de la droite extrême en croisade jadis contre la pédophile ne semblent pas s'en soucier une seconde. Seul semble compter pour eux le sauvetage des «pervers» et «débauchés» en col romain...

M.AZ


Note de la rédaction
Nous acceptons volontiers que nos informations soient reproduites. Nous souhaitons cependant que vous en citiez la source, en indiquant clairement qu'elles proviennent de ResistanceS.be, l'Observatoire belge de l'extrême droite.

© RésistanceS.be – web-journal de l'Observatoire belge de l'extrême droite – www.resistances.be – info@resistances.be – Article mis en ligne le 24 septembre 2010.

 


Un nouveau dossier inédit de RésistanceS.be,
réalisé par Manuel Abramowicz


Au sommaire de ce dossier

• Pédophilie : les silences de l'extrême droite

• Le rapport sur «affaire Dutroux de l'Église» : l'extrême droite relativise

• «Pendons les pédophiles», mais sauvons les «pervers» et «débauchés» en col romain...

 




A lire également :

• Réseau pédophile: Implication d’un intégriste chrétien d’extrême droite

• L'extrême droite catholique pro-Léonard

• Homosexualité, nazisme et extrême droite...

• Famille, avortement et homosexualité, un vieux combat de l'extrême droite

• Intégrisme catholique : Danger homophobie ! Du mépris au fascisme…


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