Solutions
radicales
«Pendons les pédophiles»,
mais sauvons les «pervers» et «débauchés»
en col romain...
Aujourd'hui, le silence, la discrétion
ou la diversion (en évoquant une «offensive christianophobe
») sont de mise au sein de l'extrême droite catholique
à propos de l' «affaire Dutroux de l'Église».
Pourtant, il y a plus de dix ans, quand la Belgique fut secouée
par les révélations sur l'«affaire Dutroux»,
les enlèvements et la mort de jeunes filles, symbolisés
par Julie et Mélissa, la droite puritaine et radicale s'était
lancée dans une croisade tous azimuts contre «les
pédophiles présents au parlement et au gouvernement»
(sic). Les violeurs d'enfants n'étaient alors ni curés
ni évêques, et encore moins des hommes politiques. RésistanceS.be
est retourné dans ses archives pour consulter des publications
d'extrême droite de l'époque. Et les comparer avec l'«actualité
pédophile» qui secoue aujourd'hui l'Église catholique
belge. Édifiant. En voici quelques extraits et une conclusion
à ce sujet.

A partir de 1996, dès le début
de ladite «affaire Dutroux», la presse d'extrême
droite belge va se déchainer contre «les pédophiles
et pédérastes du gouvernement et du parlement»
© Doc. Archives RésistanceS.be
Daniel Féret - Président-fondateur
et alors député européen du Front national belge
:
«La vie de Dutroux vaut-elle plus que celle de ses victimes
? (…) L'affaire Dutroux n'a pas seulement mis en lumière
l'existence d'un réseau international de pédophilie
et fait apparaître une complicité entre certains milieux
politico-judiciaires belges et les truands. La mort de Julie, Melissa,
An, Eefje révèle davantage le laxisme des autorités
face à la criminalité. Il ne faut pas s'en étonner.
Que peut-on attendre de mieux d'un pays qui sacrifie ses enfants à
l'idéologie des pseudo-droits de l'homme, idéologie
qui a conduit la Belgique à ne plus appliquer la peine de mort
aux assassins d'enfants ? Si le multi-récidiviste Dutroux avait
été justement châtié, Julie, Melissa, An
et Eefje seraient encore vivantes. Elles ont payé de leur vie
la folle irresponsabilité de ceux qui militent pour le droit
des assassins à la vie» (extrait d'une intervention
au Parlement européen de Strasbourg, le 18 septembre 1996).
Hugues Wailliez - Vice-président
et député fédéral du FN belge :
«Dutroux n'est que l'exécutant d'un réseau
pédophile installé en Belgique depuis de nombreuses
années et qui bénéficie de protections de la
part d'hommes politiques qui, soit touchent un pourcentage des bénéficies,
soit sont l'objet d'un chantage quelconque» (lors d'une
séance à la Chambre. Intervention reproduite dans «Le
National», le journal frontiste, en octobre 1996).
Alain Escada- Directeur
de «Polémique-Hebdo» et rédacteur en chef
du journal «Le Bastion», l'organe de presse du Front nouveau
de Belgique (FNB) :
«Nous voulons la vérité, toute la vérité.
De toute évidence, parmi la clientèle pédophile
à laquelle étaient destinées les petites victimes
du diabolique Dutroux, figurent des gens du Pouvoir. Que ce soit au
niveau politique, des affaires, ou encore de la magistrature. Ce qui
implique que tout sera fait pour classer cette affaire (...). Si la
rue de la Loi (NDLR : siège du Parlement) laisse ce dossier
s'enliser, il faudra que la loi de la rue remettre les pendules à
l'heure» (extrait de l'éditorial du numéro
du 29 août 1996 de «Polémique-Hebdo».
Après un passage éclaire
au FNB, l'équipe de «Polémique-Hebdo» deviendra
un des «partenaires politiques» du Front national de Daniel
Féret. Aujourd'hui, Alain Escada dirige l'association intégriste
Belgique & Chrétienté et minimise le scandale suscité
par les révélations sur les abus sexuels commis par
des prêtres catholiques, préférant dénoncer,
par diversion et camouflage, la «littérature pédophile»
issue de Mai 68 et les méfaits de Vatican II, en évoquant
notamment une «offensive christianophobe» (sic).
«Ce que nous souhaitons, ce
n'est pas réprimer toute relation extra-conjugale ou non-hétérosexuelle,
au nom d'une dictature du comportement. Ce que nous souhaitons, c'est
que l'on fasse la distinction entre ce qui est normal et ce qui ne
l'est pas. Ce que nous voulons, c'est que l'on ne normalise pas l'anormal.
Ce que nous voulons, c'est que le mariage reste un acte sacré
réservé aux couples hétérosexuels. Ce
que nous voulons, c'est que l'on ne confie pas des enfants à
des ''couples homosexuels''. Ce que nous voulons, c'est que l'on ne
ridiculise pas la Famille. Ce que nous voulons, c'est que ceux qui
sont censés nous représenter aux plus hautes fonctions
de l'État n'aient pas un comportement de débauchés
(...). Ce que nous voulons, c'est que les pervers de tous poils quittent
la scène politique. Parce que la débauche est contraire
à la raison d'État» (éditorial d'Alain
Escada dans «Polémique-Hebdo» du 5 décembre
1996).
Front nouveau de Belgique (FNB)
:
«En Belgique, il n'est pas exclu d'être ministre et
pédophile tout à la fois» (couverture du
journal «Le Bastion», organe de presse du FNB, de septembre
1996).
«Mafieux & pédophiles
au panier ! Grâce au Front nouveau de Belgique. Belges, réveillez-vous»
(affiche du FNB, novembre 1996).
Marguerite Bastien -
Président-fondatrice et députée fédérale
du FNB :
«Le lobby pédé-pédophile (est) présent
sur nos ondes, présent dans nos parlements et gouvernement.
Car, en Belgique, une chose frappe : l'étonnante concentration
au mètre carré, dans tous les organes de pouvoir, de
pédés et de pédophiles» (dans un article
du mensuel «Le Bastion», de février 1997).
«En Belgique, la concentration
au mètre carré de pédéraste ou de pédophiles,
parmi les ministres, les députés, les agents de la Sûreté
de l'État, est sans doute unique au monde» (éditorial
du numéro de mars 1998 du «Bastion»).

Manifestation contre la pédophilie,
en 1999, du Front nouveau de Belgique, une dissidence du Front national
– Archives RésistanceS.be
Sauver les (prêtres) «pervers» et «débauchés»
La radicalité et la revendication de mesures sévères
contre les pédophiles, à l'époque de l'«affaire
Dutroux» (1996-1999) dénotent manifestement par rapport
aux timides et rares prises de positions publiques de l'extrême
droite, suite aux actuelles révélations sur la pédophilie
généralisée au cœur, notamment, du système
éducatif catholique. Opérant un repli communautariste,
la droite nationaliste catholique se compromet complètement
en tentant de faire diversion avec l'évocation d'une «offensive
christianophobe» (sic), comme unique réponse au
tsunami qui ravage le monde catholique. Ainsi, cette droite puritaine
et conservatrice se fait la complice directe de la tentative de camouflage
d'une réalité qui, durant trop longtemps, fut refoulée,
niée et tabouisée. Dans l'unique but que l'image de
l'institution religieuse catholique, dont les liens avec le pouvoir
étatique (politique, judiciaire, économique...) sont
solides, reste intacte. Depuis quelques semaines, l'extrême
droite catholique s'est donc lancée dans une croisade sans
bornes pour sauver les prêtres «pervers»
et «débauchés», pour reprendre
les termes exploités par le dirigeant de la droite national-chrétienne
belge Alain Escada pour cibler les «politiciens pédophiles»
à l'époque de l'«affaire Dutroux».
Pour les partisans d'un Ordre nouveau
religieux, les «pédophiles du monde politique»
(mais combien sont-ils au juste ?) représentaient des coupables
idéaux. Par contre, pour cette même droite radicale catholique,
les très nombreux curés ayant abusés de dizaines
d'enfants sont aujourd'hui présentés comme des victimes
de la «christianophobie». Qu'en pensent les 488 victimes,
recensées par la Commission pour le traitement des plaintes
pour abus sexuels dans une relation pastorale ? Les ténors
de la droite extrême en croisade jadis contre la pédophile
ne semblent pas s'en soucier une seconde. Seul semble compter pour
eux le sauvetage des «pervers» et «débauchés»
en col romain...
M.AZ
Note de la rédaction
Nous acceptons volontiers que nos informations soient reproduites. Nous
souhaitons cependant que vous en citiez la source, en indiquant clairement
qu'elles proviennent de ResistanceS.be, l'Observatoire belge de l'extrême
droite.
© RésistanceS.be
– web-journal de l'Observatoire belge de l'extrême droite
– www.resistances.be – info@resistances.be – Article
mis en ligne le 24 septembre 2010.
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Un nouveau dossier inédit de RésistanceS.be,
réalisé par Manuel Abramowicz
Au sommaire de ce dossier
• Pédophilie
: les silences de l'extrême droite
• Le
rapport sur «affaire Dutroux de l'Église» : l'extrême
droite relativise
• «Pendons
les pédophiles», mais sauvons les «pervers»
et «débauchés» en col romain...
A
lire également :
•
Réseau pédophile: Implication d’un
intégriste chrétien d’extrême droite
•
L'extrême droite catholique pro-Léonard
• Homosexualité,
nazisme et extrême droite...
• Famille,
avortement et homosexualité, un vieux combat de l'extrême
droite
• Intégrisme
catholique : Danger homophobie ! Du mépris au fascisme…
Note de la rédaction
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Nous souhaitons cependant que vous en citiez la source, en indiquant
clairement qu'elles proviennent de ResistanceS.be, l'Observatoire belge
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