Un
«parti propre», vraiment ?
Inculpation de deux têtes du FN
Deux dirigeants du Front national belge bientôt devant
le tribunal correctionnel ? Inculpés pour différents
motifs, leur dossier est lourd. Et démontre que ce parti politique
d'extrême droite n'est pas celui qu'il dit être. Comme
l'avait déjà signalé une enquête journalistique,
il y plus de treize ans.

Affiches frontistes anti-corruption pour les
élections régionales de juin dernier. Aujourd'hui, c'est
au tour du FN d'être au cœur d'un (nouveau) dossier judiciaire
© Doc. Archives RésistanceS.be
«Le Soir» de ce lundi du 2 novembre informe que les dirigeants
du Front national belge Patrick Sessler et Charles Petitjean devraient
être, après une enquête judiciaire, renvoyés
devant le tribunal correctionnel. Les motifs de leur inculpation,
liée à la législation sur le travail, sont graves
: non-respect de la loi relative au bien-être des travailleurs,
à la loi concernant la sécurité sociale des travailleurs
et mise à disposition illégale de personnes. Par ailleurs,
Charles Petitjean est également inculpé pour harcèlement
moral et sexuel. La victime ? Une ancienne assistante parlementaire
du FN, comme l'avait déjà révélé
en exclusivité RésistanceS.be en mai dernier (voir colonne
de droite de cette présente page). Le lourd dossier judiciaire
de Petitjean et de Sessler sera examiné par la Chambre du conseil
de Charleroi, le 18 novembre prochain.
Pour rappel, les deux inculpés sont des
membres importants de l'extrême droite belge francophone. Ancien
député régional bruxellois, Patrick Sessler est
le vice-président du Front national «rénové».
Charles Petitjean a été député régional
du Front national de 2003 à 2009. Aujourd'hui, il préside
la Fédération des nationalistes wallons (FNW, FN-Wallonie),
rattachée au FN du député fédéral
Patrick Cocriamont. Avec ces inculpations, ces deux principaux clans
du parti d'extrême droite – se livrant à une véritable
guerre de tranchée - sont touchés de plein fouet.
Le plus mauvais exemple : le
président FN
Les pratiques douteuses du Front national ne sont pas nouvelles.
Elles ne constituent pas une exclusivité. En 1996, dans le
livre consacré au Front national belge «Les rats noirs
– L'extrême droite en Belgique francophone» (écrit
par l'auteur de cet article et publié aux éditions Luc
Pire), une enquête sur les coulisses de ce parti politique -
qui se présentait comme un «parti propre» - avait
été réalisée. Le FN affirmait vouloir
donner un coup de balai dans le monde politique. Nettoyer la scène
politicienne de ses corrompus. L'actualité tournait à
ce moment autour des affaires Agusta et d'autres dossiers judiciaires
éclaboussant les partis traditionnels.
L'enquête de 1996 sur le FN démontrait
qu'il n'avait pas de leçon à donner à ce sujet.
A l'époque déjà, il y a plus de 13 ans, le Front
national et plusieurs de ses membres étaient connus pour des
méfaits et autres magouilles : réalisation organisée
de fausses signatures d'électeurs afin de pouvoir se présenter
aux élections, domiciliations fictives, factures impayées,
exercice illégal d'une profession, vol, délit de fuite,
possession d'armes et même hold-up ! Le président-fondateur
du Front national, Daniel Féret (aujourd'hui totalement marginalisé
auprès des frontistes), fut le premier et le plus mauvais exemple
en la matière. Il est encore l'objet de plusieurs dossiers
judiciaires. Patrick Sessler, alors assistant parlementaire de Féret
- lorsque celui-ci était député européen
- avait dû lui-même porter plainte contre son employeur
pour non-respect de la loi concernant la sécurité sociale
des travailleurs...

Le docteur Daniel Féret, président-fondateur du Front
national, en 1985, aujourd'hui marginalisé chez les frontistes,
à la Une de l'actualité pour des affaires non politiques
mais judiciaires © Doc. Archives RésistanceS.be
Grand coup de balai
Le FN est donc depuis toujours caractérisé
par des pratiques douteuses. Nous avons affaire à un «parti
sale», tout au contraire de l'image de «parti propre»
qu'il tente de véhiculer auprès d'un électorat
dit «protestataire». Pour les dernières élections
régionales, en juin dernier, le Front national «rénové»
avait mené une campagne autour des slogans : «Faisons-leur
payer l'addition !» et «Corruption, une seule solution
: un grand coup de balai».
La question est désormais la suivante :
pourquoi a-t-il fallu tant de temps à la justice pour enfin
sévir sérieusement contre l'extrême droite magouilleuse
?
Les poursuites actuelles contre les derniers véritables
dirigeants du frontisme pourraient signifier la fin (provisoire ou
définitive) d'un parti présent sur la scène politique
belge depuis plus de 20 ans, et par ailleurs aujourd'hui divisé
en trois clans antagonistes.
Manuel Abramowicz
© RésistanceS.be – web-journal de
l'Observatoire belge de l'extrême droite – www.resistances.be
– info@resistances.be – Article mis en ligne le 2 novembre
2009.
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Le Front national français,
le modèle des FN belges, s'est spécialisé dans
la dénonciation des affaires politico-judiciaires des autres
partis. Il est pourtant lui aussi constitué de corrompus et
autres magouilleurs - Doc. affiche électorale du FN français
(1993) – Archives RésistanceS.be
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