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De 1969 à nos jours
Chronologie d’une histoire
intégriste en Belgique
Un retour dans l’histoire
de la Fraternité Saint-Pie X nous permet de prouver, une fois
de plus, ses connexions intimes avec l’extrême droite
belge et française.

Marcel Lefebvre en pleine action.
29 novembre 1905
Naissance de Marcel Lefebvre.
1969
Après avoir milité dans les rangs de la Cité
catholique, Marcel Lefebvre ouvre une «maison spirituelle»
à Fribourg, en Suisse. La Cité catholique était
une organisation traditionaliste visant au noyautage des élites.
En Belgique, elle était soutenue par «Le Nouvel Europe
magazine», le principal journal d’ultradroite de l'époque.
1970 (1er novembre)
Le prêtre intégriste, avec l’autorisation
de sa hiérarchie, met sur pied la Fraternité sacerdotale
Saint-Pie X (FSSPX), dans le diocèse de Fribourg. Le groupe
politico-religieux s’installe à Ecône, dans le
Valais suisse.
1971
Le mouvement lefebvriste s’installe en Belgique sous
la forme d’une ASBL, les «Amis belges de la Fraternité
sacerdotale Saint Pie X». Ses premiers partisans proviennent
du CEPIC, l’aile d’ultra droite du Parti social-chrétien
(PSC) proche de l’extrême droite. «Le Nouvel Europe
magazine», journal de cette mouvance, va servir de tribune médiatique
aux lefebvristes belges.
1972
Ouverture de la première chapelle belge. Marcel Lefebvre
rencontre Bernard Antony (alias Romain Marie), le futur leader des
intégristes catholiques du Front national français.
1973
Des fidèles de la FSSPX participent en Belgique à
la création de Pro Vita. A la base de ce lobby anti-avortement,
on retrouve une belle brochette d’extrémistes de droite,
dont un ancien responsable de la propagande du parti fasciste d’avant-guerre
Rex de Léon Degrelle. Pro Vita s’illustrera par la diffusion
de pamphlets où l'antisémitisme sera au rendez-vous.
Ghislain Van Houtte, ancien collaborateur pronazi et responsable inoxydable
de Pro Vita, restera un pilier assidu de la Fraternité.
1974
Premières frictions avec le Vatican. Monseigneur Marcel
Lefebvre affirme vouloir «refuser de suivre Rome dans la tendance
néo-moderniste et néo-protestante clairement manifestée
au cours de Vatican II». Sa Fraternité publie ses positions
religieuses dans une «Déclaration du 21 novembre 1974».
A l’heure actuelle, cette dernière reste son manifeste
de base.
1975
L’agrément canonique est retiré à
la Fraternité sacerdotale Saint-Pie X.
1976
Marcel Lefebvre est suspendu «a divinis». Cette
année-là, au cours d’une homélie à
Lille devant 6.000 fidèles, il va prendre publiquement la défense
de la sanglante dictature militaire alors en place en Argentine.
1977
Les lefebvristes occupent illégalement l’église
parisienne Saint-Nicolas-du-Chardonnet. C'est toujours le cas en 2009.

«Le Nouvel Europe magazine», journal
d'extrême droite, va servir de tribune médiatique aux
lefebvristes en Belgique – Doc. : RésistanceS.be
1978
François Duprat est assassiné lors d’un mystérieux
attentat (les auteurs de celui-ci n’ont toujours pas été
identifiés à l’heure actuelle). Ce leader néonazi
du FN français est enterré selon le rite traditionaliste
des lefebvristes. L’office religieux se déroule dans
leur fief parisien, à l’église Saint-Nicolas-du-Chardonnet.
1979
La Fraternité ouvre à Ixelles, une commune bruxelloise,
sa première «maison», qui prend le nom de Prieuré
du Christ-Roi. Par la suite, des succursales lefebvristes seront installées
à Anvers, Gand, Liège et Namur.
1982
Marcel Lefebvre passe la conduite de son mouvement à l’abbé
allemand Schmidberger. Il est nommé pour une période
de 12 ans et est secondé par l’abbé Paul Aulagnier.
En 2001, ce dernier sera envoyé en Belgique pour y diriger
le district local de la FSSPX.
1985
Dans l’édition du 3 avril de « Présent »,
quotidien des intégristes du Front national français
menés par Bernard Antony (revoir 1972), Marcel Lefebvre apporte
son soutien à Jean-Marie Le Pen.
1987
Gérald Wailliez, l’un des fondateurs du mouvement lefebvriste
en Belgique, s’adresse à Daniel Féret, le président-fondateur
du Front national belge, pour lui exprimer son soutien.
1988
En juillet, la FSSPX de Marcel Lefebvre est excommuniée par
le Vatican pour avoir ordonné, le 30 juin de la même
année, quatre évêques selon son rite.
En octobre, le district belge du mouvement
lefebvriste organise une manifestation à Bruxelles contre la
sortie de «La Dernière tentation du Christ», un
film de Martin Scorsese jugé comme blasphématoire aux
yeux des traditionalistes. Francesco Catania, du Parti libéral
chrétien (fondé par des ex-CEPIC) et directeur-fondateur
du mensuel «Le Cri du Citoyen» (où l'antisémitisme
et le racisme anti-Arabes n'étaient jamais très loin),
ainsi que des activistes néonazis du Parti des forces nouvelles
(PFN) forment également le cortège intégriste.
En France, des cinémas ayant programmé le dernier Scorsese
seront victimes d’attentats commis par des commandos catholiques.
La même année, création
à Liège de l'ASBL Belgique & Chrétienté.
Tombée ensuite sous le contrôle d'Alain Escada, cette
association traditionaliste se lancera dans une croisade exclusivement
contre le «racisme anti-blanc» et le «racime anti-catholique».
Alain Escada est alors déjà un assidu des messes lefebvristes.

Lors d'un meeting frontiste en 1999 à
Charleroi, le député fédéral Hugues Wailliez
et Daniel Féret, respectivement vice-président et président-fondateur
du Front national. Le n°2 du FN est issu des rangs intégristes
de la FSSPX-Belgique, comme d'autres membres du parti néofasciste.
Image : TéléSambre.
1989
L’ancien chef collaborationniste nazi français Paul Touvier,
recherché depuis la fin de la Guerre 40-45, est retrouvé
et arrêté par la police dans un couvent lié au
mouvement lefebvriste. En 1994, il sera condamné par la justice
française pour crimes contre l'humanité. Décédé
le 17 juillet 1996, une messe d'hommage sera ensuite organisée
pour Paul Touvier dans l'église lefebvriste parisienne Saint-Nicolas-du-Chardonnet.
Rien d’étonnant à cela : la Fraternité
sacerdotale Saint-Pie X considère les anciens collaborateurs
des nazis comme ayant été des «croisés»
de l’Occident chrétien contre le «bolchévisme
athée».
Contre-révolutionnaires
A la veille de
la célébration du bicentenaire de la Révolution
française en 1989, les milieux conservateurs et intégristes
se mobilisent pour s’y opposer. Dans ce but, en Belgique,
les éditions wallonnes Dismas, fondées par deux
anciens éditeurs responsables de la diffusion, dans les
années 1970, de thèses de négation du génocide
des Juifs, vont mettre sur pied le «Comité Belge
15 août 1989».
On retrouve dans
cette structure contre-révolutionnaire pas mal –
si pas une majorité - de disciples de Monseigneur Lefebvre.
Parmi les membres de son comité d’honneur, citons
: Arkady d’Arian (fondateur du «Bulletin indépendant
d’Information Catholique», un journal à la
base de la FSSPX en Belgique, et dirigeant des Chevaliers de
Saint-Michel et de Saint-Georges, dans lequel on retrouve un
ex-responsable des «Cahiers Européens-Belgique»,
une publication néonazie fondée par François
Duprat), André Jones (membre de Pro Vita et fondateur
de l’Institut Saints Pierre et Paul, un établissement
traditionaliste), la princesse Rosalie de Mérode (dirigeante
de Pro Vita, présidente du Rassemblement des patriotes
et proche de la FSSPX), l’abbé Philippe François
(supérieur de la fraternité lefebvriste pour la
Belgique), le marquis René de Radigues Saint Guedal de
Chennevière (administrateur de la FSSPX)…
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1990
Marcel Lefebvre est condamné en appel, le 21 mars, pour des
propos anti-musulmans tenus en novembre 1989.
1991
Le 25 mars, le fondateur de la Fraternité sacerdotale Saint-Pie
X meurt en Suisse.
1994
En avril, dans une chapelle qui fut proche des lefebvristes (1), située
à Drogenbos (près de Bruxelles), un service religieux
est célébré à la mémoire de l’ex-SS
belge Léon Degrelle, décédé quelques jours
auparavant en Espagne. Des anciens de la «Division SS Wallonie»,
des ex-collaborateurs, des jeunes nationalistes flamands et des membres
du groupe néonazi l’Assaut y participent.
Aux élections communales du mois
d’octobre, plusieurs fidèles de la Fraternité
sacerdotale Saint-Pie X sont élus sur des listes du Front national
de Daniel Féret.
1995
Hugues Wailliez, fils de Gérald Wailliez (revoir 1987), est
nommé vice-président du Front national belge. La même
année, il devient également député fédéral
pour ce parti d’extrême droite, dont le programme sera
jugé plus tard raciste par la justice.
1996
Des dissidents du FN fondent un nouveau parti d’extrême
droite : le Front nouveau de Belgique (FNB). Alain Escada devient
son porte-parole. Président de Belgique & Chrétienté,
ce dernier est un adepte inconditionnel de la FSSPX.
1997
Les vingt ans de l’installation des lefebvristes à Paris
dans l’église de Saint-Nicolas-du-Chardonnet sont fêtés
en grand pompe. L’extrême droite est présente à
cet anniversaire. Bruno Gollnisch, le numéro deux du Front
national français, figure en bonne place au sein des invités.
2001
Via la Fondation Japhet Sion, une association sans but lucratif, fondée
en janvier pour servir de paravent, la Fraternité sacerdotale
Saint-Pie X acquiert, pour plus d'un million d'euros, l’église
Saint-Joseph. Situé au cœur du quartier européen
de Bruxelles, ce lieu de culte était fréquenté
jusqu’alors par la communauté immigrée syriaque-orthodoxe.
Des recours judiciaires seront déposés par cette dernière
pour tenter de récupérer son église. Sans succès.
2005
Le président du FN belge, Daniel Féret, dans un article
consacré au décès de Jean-Paul II et à
la désignation du nouveau pape, publié dans «Le
National», l’organe mensuel de son parti, écrit
: «Fallait-il (…) excommunier Monseigneur Lefèvre,
les prêtres et les fidèles de sa Fraternité ?
J'ai eu le privilège de déjeuner à deux reprises
avec son successeur, Monseigneur Tissier de Malleret, et j'ai, à
chaque fois, éprouvé le sentiment que j'avais, en face
de moi, un saint homme.»
2008
Le 29 novembre, une nouvelle messe est dite, en l’église
Saint-Nicolas-du-Chardonnet, en l'honneur d'anciens leaders du fascisme
européen : le chef des Phalangistes José Antonio Primo
de Rivera et le général Franco. La célébration
religieuse est proposée par le Cercle franco-hispanique (dirigé
par un ancien militant du parti Ordre nouveau) et promotionné
notamment par «Synthèse Nationale», revue visant
à la formation d'un «parti nationaliste et identitaire»
pour remplacer le Front national, désormais considéré
comme trop modéré...
Manuel Abramowicz
Note :
(1) Il s’agit de la Chapelle Notre-Dame du Rosaire,
située à Drogenbos, dans la périphérie
de Bruxelles. Connue pour son culte traditionaliste de type «mariste»
et des conceptions liturgiques identiques à celles des lefebvristes,
elle ne fait toutefois pas partie de la Fraternité sacerdotale
Saint-Pie X. Agissant sous le statut d'une ASBL, la Chapelle Notre-Dame
du Rosaire reconnaît l’autorité du pape. Elle rassemble
des anciens de la branche belge de la Fraternité de Monseigneur
Lefebvre. Son site Internet est repris par ailleurs dans la page «liens»
du site «Saint Pie X», lié aux traditionalistes
d’Ecône.
© RésistanceS –
web-journal de l'Observatoire belge de l'extrême droite –
www.resistances.be – info@resistances.be – Article mis
en ligne le 25 janvier 2009.
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Un dossier réalisé
par Manuel ABRAMOWICZ
Sommaire
• A
l'extrême droite de Dieu : introduction au dossier
• Carte
d’identité de la Fraternité sacerdotale Saint-Pie
X
• Les
principes de base du lefebvrisme
• Jean
Ousset, le «penseur» du mouvement lefebvriste
• Chronologie
d’une histoire intégriste en Belgique (de 1969 à
nos jours)
• Les
croisés de l’Occident chrétien en connexion avec
l’extrême droite
• La
messe lefebvriste est dite pour les morts fascistes
• Les
lefebvristes dans le texte
Lire
également sur RésistanceS.be :
• Le
retour des fous de Dieu…
• Charles
Maurras, père du «nationalisme intégral»
et modèle de Marcel Lefebvre
•
Belgique & Chrétienté, dans le giron de la FSSPX
• Messe
lefebvriste pour le néonazi François Duprat
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Affiche de RésistanceS,
le web-journal de l'Observatoire belge de l'extrême droite
© asbl RésistanceS 2008
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