RésistanceS 25-01-2009

De 1969 à nos jours

Chronologie d’une histoire intégriste en Belgique

Un retour dans l’histoire de la Fraternité Saint-Pie X nous permet de prouver, une fois de plus, ses connexions intimes avec l’extrême droite belge et française.

 


Marcel Lefebvre en pleine action.



29 novembre 1905
Naissance de Marcel Lefebvre.

1969
Après avoir milité dans les rangs de la Cité catholique, Marcel Lefebvre ouvre une «maison spirituelle» à Fribourg, en Suisse. La Cité catholique était une organisation traditionaliste visant au noyautage des élites. En Belgique, elle était soutenue par «Le Nouvel Europe magazine», le principal journal d’ultradroite de l'époque.

1970 (1er novembre)
Le prêtre intégriste, avec l’autorisation de sa hiérarchie, met sur pied la Fraternité sacerdotale Saint-Pie X (FSSPX), dans le diocèse de Fribourg. Le groupe politico-religieux s’installe à Ecône, dans le Valais suisse.

1971
Le mouvement lefebvriste s’installe en Belgique sous la forme d’une ASBL, les «Amis belges de la Fraternité sacerdotale Saint Pie X». Ses premiers partisans proviennent du CEPIC, l’aile d’ultra droite du Parti social-chrétien (PSC) proche de l’extrême droite. «Le Nouvel Europe magazine», journal de cette mouvance, va servir de tribune médiatique aux lefebvristes belges.

1972
Ouverture de la première chapelle belge. Marcel Lefebvre rencontre Bernard Antony (alias Romain Marie), le futur leader des intégristes catholiques du Front national français.

1973
Des fidèles de la FSSPX participent en Belgique à la création de Pro Vita. A la base de ce lobby anti-avortement, on retrouve une belle brochette d’extrémistes de droite, dont un ancien responsable de la propagande du parti fasciste d’avant-guerre Rex de Léon Degrelle. Pro Vita s’illustrera par la diffusion de pamphlets où l'antisémitisme sera au rendez-vous. Ghislain Van Houtte, ancien collaborateur pronazi et responsable inoxydable de Pro Vita, restera un pilier assidu de la Fraternité.

1974
Premières frictions avec le Vatican. Monseigneur Marcel Lefebvre affirme vouloir «refuser de suivre Rome dans la tendance néo-moderniste et néo-protestante clairement manifestée au cours de Vatican II». Sa Fraternité publie ses positions religieuses dans une «Déclaration du 21 novembre 1974». A l’heure actuelle, cette dernière reste son manifeste de base.

1975
L’agrément canonique est retiré à la Fraternité sacerdotale Saint-Pie X.

1976
Marcel Lefebvre est suspendu «a divinis». Cette année-là, au cours d’une homélie à Lille devant 6.000 fidèles, il va prendre publiquement la défense de la sanglante dictature militaire alors en place en Argentine.

1977
Les lefebvristes occupent illégalement l’église parisienne Saint-Nicolas-du-Chardonnet. C'est toujours le cas en 2009.

 


«Le Nouvel Europe magazine», journal d'extrême droite, va servir de tribune médiatique aux lefebvristes en Belgique – Doc. : RésistanceS.be

1978
François Duprat est assassiné lors d’un mystérieux attentat (les auteurs de celui-ci n’ont toujours pas été identifiés à l’heure actuelle). Ce leader néonazi du FN français est enterré selon le rite traditionaliste des lefebvristes. L’office religieux se déroule dans leur fief parisien, à l’église Saint-Nicolas-du-Chardonnet.

1979
La Fraternité ouvre à Ixelles, une commune bruxelloise, sa première «maison», qui prend le nom de Prieuré du Christ-Roi. Par la suite, des succursales lefebvristes seront installées à Anvers, Gand, Liège et Namur.

1982
Marcel Lefebvre passe la conduite de son mouvement à l’abbé allemand Schmidberger. Il est nommé pour une période de 12 ans et est secondé par l’abbé Paul Aulagnier. En 2001, ce dernier sera envoyé en Belgique pour y diriger le district local de la FSSPX.

1985
Dans l’édition du 3 avril de « Présent », quotidien des intégristes du Front national français menés par Bernard Antony (revoir 1972), Marcel Lefebvre apporte son soutien à Jean-Marie Le Pen.

1987
Gérald Wailliez, l’un des fondateurs du mouvement lefebvriste en Belgique, s’adresse à Daniel Féret, le président-fondateur du Front national belge, pour lui exprimer son soutien.

1988
En juillet, la FSSPX de Marcel Lefebvre est excommuniée par le Vatican pour avoir ordonné, le 30 juin de la même année, quatre évêques selon son rite.

En octobre, le district belge du mouvement lefebvriste organise une manifestation à Bruxelles contre la sortie de «La Dernière tentation du Christ», un film de Martin Scorsese jugé comme blasphématoire aux yeux des traditionalistes. Francesco Catania, du Parti libéral chrétien (fondé par des ex-CEPIC) et directeur-fondateur du mensuel «Le Cri du Citoyen» (où l'antisémitisme et le racisme anti-Arabes n'étaient jamais très loin), ainsi que des activistes néonazis du Parti des forces nouvelles (PFN) forment également le cortège intégriste. En France, des cinémas ayant programmé le dernier Scorsese seront victimes d’attentats commis par des commandos catholiques.

La même année, création à Liège de l'ASBL Belgique & Chrétienté. Tombée ensuite sous le contrôle d'Alain Escada, cette association traditionaliste se lancera dans une croisade exclusivement contre le «racisme anti-blanc» et le «racime anti-catholique». Alain Escada est alors déjà un assidu des messes lefebvristes.

 


Lors d'un meeting frontiste en 1999 à Charleroi, le député fédéral Hugues Wailliez et Daniel Féret, respectivement vice-président et président-fondateur du Front national. Le n°2 du FN est issu des rangs intégristes de la FSSPX-Belgique, comme d'autres membres du parti néofasciste. Image : TéléSambre.

1989
L’ancien chef collaborationniste nazi français Paul Touvier, recherché depuis la fin de la Guerre 40-45, est retrouvé et arrêté par la police dans un couvent lié au mouvement lefebvriste. En 1994, il sera condamné par la justice française pour crimes contre l'humanité. Décédé le 17 juillet 1996, une messe d'hommage sera ensuite organisée pour Paul Touvier dans l'église lefebvriste parisienne Saint-Nicolas-du-Chardonnet. Rien d’étonnant à cela : la Fraternité sacerdotale Saint-Pie X considère les anciens collaborateurs des nazis comme ayant été des «croisés» de l’Occident chrétien contre le «bolchévisme athée».

Contre-révolutionnaires

A la veille de la célébration du bicentenaire de la Révolution française en 1989, les milieux conservateurs et intégristes se mobilisent pour s’y opposer. Dans ce but, en Belgique, les éditions wallonnes Dismas, fondées par deux anciens éditeurs responsables de la diffusion, dans les années 1970, de thèses de négation du génocide des Juifs, vont mettre sur pied le «Comité Belge 15 août 1989».

On retrouve dans cette structure contre-révolutionnaire pas mal – si pas une majorité - de disciples de Monseigneur Lefebvre. Parmi les membres de son comité d’honneur, citons : Arkady d’Arian (fondateur du «Bulletin indépendant d’Information Catholique», un journal à la base de la FSSPX en Belgique, et dirigeant des Chevaliers de Saint-Michel et de Saint-Georges, dans lequel on retrouve un ex-responsable des «Cahiers Européens-Belgique», une publication néonazie fondée par François Duprat), André Jones (membre de Pro Vita et fondateur de l’Institut Saints Pierre et Paul, un établissement traditionaliste), la princesse Rosalie de Mérode (dirigeante de Pro Vita, présidente du Rassemblement des patriotes et proche de la FSSPX), l’abbé Philippe François (supérieur de la fraternité lefebvriste pour la Belgique), le marquis René de Radigues Saint Guedal de Chennevière (administrateur de la FSSPX)…

 


1990
Marcel Lefebvre est condamné en appel, le 21 mars, pour des propos anti-musulmans tenus en novembre 1989.

1991
Le 25 mars, le fondateur de la Fraternité sacerdotale Saint-Pie X meurt en Suisse.

1994
En avril, dans une chapelle qui fut proche des lefebvristes (1), située à Drogenbos (près de Bruxelles), un service religieux est célébré à la mémoire de l’ex-SS belge Léon Degrelle, décédé quelques jours auparavant en Espagne. Des anciens de la «Division SS Wallonie», des ex-collaborateurs, des jeunes nationalistes flamands et des membres du groupe néonazi l’Assaut y participent.

Aux élections communales du mois d’octobre, plusieurs fidèles de la Fraternité sacerdotale Saint-Pie X sont élus sur des listes du Front national de Daniel Féret.

1995
Hugues Wailliez, fils de Gérald Wailliez (revoir 1987), est nommé vice-président du Front national belge. La même année, il devient également député fédéral pour ce parti d’extrême droite, dont le programme sera jugé plus tard raciste par la justice.

1996
Des dissidents du FN fondent un nouveau parti d’extrême droite : le Front nouveau de Belgique (FNB). Alain Escada devient son porte-parole. Président de Belgique & Chrétienté, ce dernier est un adepte inconditionnel de la FSSPX.

1997
Les vingt ans de l’installation des lefebvristes à Paris dans l’église de Saint-Nicolas-du-Chardonnet sont fêtés en grand pompe. L’extrême droite est présente à cet anniversaire. Bruno Gollnisch, le numéro deux du Front national français, figure en bonne place au sein des invités.

2001
Via la Fondation Japhet Sion, une association sans but lucratif, fondée en janvier pour servir de paravent, la Fraternité sacerdotale Saint-Pie X acquiert, pour plus d'un million d'euros, l’église Saint-Joseph. Situé au cœur du quartier européen de Bruxelles, ce lieu de culte était fréquenté jusqu’alors par la communauté immigrée syriaque-orthodoxe. Des recours judiciaires seront déposés par cette dernière pour tenter de récupérer son église. Sans succès.

2005
Le président du FN belge, Daniel Féret, dans un article consacré au décès de Jean-Paul II et à la désignation du nouveau pape, publié dans «Le National», l’organe mensuel de son parti, écrit : «Fallait-il (…) excommunier Monseigneur Lefèvre, les prêtres et les fidèles de sa Fraternité ? J'ai eu le privilège de déjeuner à deux reprises avec son successeur, Monseigneur Tissier de Malleret, et j'ai, à chaque fois, éprouvé le sentiment que j'avais, en face de moi, un saint homme.»

2008
Le 29 novembre, une nouvelle messe est dite, en l’église Saint-Nicolas-du-Chardonnet, en l'honneur d'anciens leaders du fascisme européen : le chef des Phalangistes José Antonio Primo de Rivera et le général Franco. La célébration religieuse est proposée par le Cercle franco-hispanique (dirigé par un ancien militant du parti Ordre nouveau) et promotionné notamment par «Synthèse Nationale», revue visant à la formation d'un «parti nationaliste et identitaire» pour remplacer le Front national, désormais considéré comme trop modéré...

Manuel Abramowicz

Note :
(1) Il s’agit de la Chapelle Notre-Dame du Rosaire, située à Drogenbos, dans la périphérie de Bruxelles. Connue pour son culte traditionaliste de type «mariste» et des conceptions liturgiques identiques à celles des lefebvristes, elle ne fait toutefois pas partie de la Fraternité sacerdotale Saint-Pie X. Agissant sous le statut d'une ASBL, la Chapelle Notre-Dame du Rosaire reconnaît l’autorité du pape. Elle rassemble des anciens de la branche belge de la Fraternité de Monseigneur Lefebvre. Son site Internet est repris par ailleurs dans la page «liens» du site «Saint Pie X», lié aux traditionalistes d’Ecône.

 

© RésistanceS – web-journal de l'Observatoire belge de l'extrême droite – www.resistances.be – info@resistances.be – Article mis en ligne le 25 janvier 2009.

 

 

Un dossier réalisé par Manuel ABRAMOWICZ


Sommaire

A l'extrême droite de Dieu : introduction au dossier

Carte d’identité de la Fraternité sacerdotale Saint-Pie X

Les principes de base du lefebvrisme

Jean Ousset, le «penseur» du mouvement lefebvriste

Chronologie d’une histoire intégriste en Belgique (de 1969 à nos jours)

Les croisés de l’Occident chrétien en connexion avec l’extrême droite

La messe lefebvriste est dite pour les morts fascistes

Les lefebvristes dans le texte


Lire également sur RésistanceS.be :

Le retour des fous de Dieu…

Charles Maurras, père du «nationalisme intégral» et modèle de Marcel Lefebvre

Belgique & Chrétienté, dans le giron de la FSSPX

Messe lefebvriste pour le néonazi François Duprat


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Avec en communication : «25-01-2009»

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Affiche de RésistanceS, le web-journal de l'Observatoire belge de l'extrême droite © asbl RésistanceS 2008