RésistanceS.be 6-6-2012

L'avis de RésistanceS.be

«L’Europe libérale renforce les extrêmes»


Le parti néonazi L’Aube dorée a remporté 21 sièges (6,9 %) aux élections législatives du 6 mai. Un choc. En cause, selon Manuel Abramowicz, la crise et la politique ultralibérale de l’Europe. Interview publiée le 10 mai dernier dans le journal quotidien belge L'Avenir



RésistanceS.be, une référence médiatique pour comprendre la situation politique grecque © Quotidien L'Avenir

 


Manuel Abramowicz, vous êtes le coordinateur du journal en ligne RésistanceS.be, le parti néonazi L’Aube dorée a décroché 21 sièges lors des élections, est-ce un vote sanction ou y a-t-il un terreau propice à ce genre de mouvement en Grèce ?
Ce n’est pas l’usure du pouvoir qui est sanctionnée. C’est un vote sanction contre ceux qui étaient au pouvoir en alternance depuis des décennies, socialistes et conservateurs, «qualifiés de valets» de la Commission européenne. C’est aussi un vote sanction contre les directives européennes et d’une façon générale contre l’orientation actuelle de l’Europe qui prône une économie libérale à tous crins.

La crise et l’austérité profitent aux extrêmes ?
Le vote grec ne sanctionne pas la crise en tant que telle, mais les gestionnaires de la crise. Les gagnants sont les partis qu’on peut ranger dans la catégorie «extrémiste» et «radicale», ceux qui se sont opposés aux «diktats de Bruxelles», comme ils disent.

L’extrême gauche a gagné, mais aussi les néonazis...
Vue de Belgique, la Grèce est un endroit paradisiaque, une carte postale. Mais il y a toujours eu un terrain favorable aux néonazis. Le pays fut de 1967 à 1974, avec l’Espagne et le Portugal, une des trois grandes dictatures d’Europe occidentale. La Grèce a connu la dictature militaire avec le régime des colonels, dont la nature idéologique était fasciste et d’extrême droite. L’extrême droite y est donc forte. Mais, la Grèce est aussi un pays connu pour une résistance antifasciste extrêmement héroïque.

Qui sont les membres de L’Aube dorée ?
L’Aube dorée est une organisation néonazie qui a été créée en 1981. Le mouvement recrute essentiellement dans la jeunesse «rebelle», radicale, raciste, xénophobe. En 1998, cette organisation comptait 800 membres et 2 000 sympathisants. Ses militants sont très actifs. L’Aube dorée est à la fois une structure politique appartenant au «folklore nazi» et reste dangereuse. Jamais, elle n’aurait dû avoir d’élus. Son succès s'est fait grâce à la crise économique et la déroute de l'extrême droite «traditionnelle».

Lors de nouvelles élections en juin, peuvent-ils gagner encore plus de sièges ?
Dans l’électorat moyen, les électeurs ne connaissent pas la véritable nature politique du parti pour lequel ils votent. Je pense que des Grecs ont voté pour l'Aube dorée - qui disait stop à l’austérité et aux «diktats de Bruxelles» - uniquement pour protester. Sans vraiment connaître son programme. La visibilité que le résultat lui a donnée a provoqué un trouble, notamment lors de leur conférence de presse, par le choc des mots utilisés et le choc des images retransmises. Il se pourrait que certains hésitent à encore voter pour eux.

Redoutez-vous une banalisation des néonazis en Europe ?
En Europe, le phénomène reste marginal. Il existe cependant des équivalents de l’Aube dorée, mais ce sont des groupuscules qui agissent seuls. En Belgique, ils sont de plus en plus rares. En Allemagne, le NPD (Parti national démocratique allemand !), clairement néonazi, a quelques représentants dans les Länder. En Europe, à l’exception maintenant de la Grèce et de l'Allemagne, les néonazis agissent dans des organisations extraparlementaires. Ils ne se présentent généralement pas aux élections ou s’ils se présentent, les résultats obtenus sont insignifiants. C’est plus «folklorique» en général, mais dangereux car ils restent intrinsèquement opposés au système parlementaire et sont clairement favorables à l’instauration de régimes dictatoriaux. Le vote grec est un signal d’alarme pour le reste du continent.

L’Europe et sa politique ultralibérale ont une sérieuse responsabilité dans la montée des extrêmes droites.

Propos recueillis par Catherine Dehay

Interview publiée dans le journal quotidien belge L'Avenir, le jeudi 10 mai 2012, et sur son site Internet.



Sur le même sujet, le coordinateur de RésistanceS.be, Manuel Abramowicz, a également été interviewé par le quotidien La Libre Belgique © Quotidien LLB.


© RésistanceS.be – web-journal de l'Observatoire belge de l'extrême droite – www.resistances.be – info@resistances.be – Article mis en ligne le 6 juin 2012.

 


Sommaire de ce dossier de RésistanceS.be

 

Sources :

  • Notre partenaire grec, la revue culturelle Eneke
  • Grèce : l'extrême droite participe à l'union nationale, article du quotidien Le Figaro du 11 novembre 2011
  • Dossier néonazisme, livre de Patrice Chairoff, éditions Ramsay, Paris, 1977.
  • L'Europe de l'extrême droite de 1945 à nos jours, Anne-Marie Duranton-Crabol, éditions Complexe, Bruxelles, 1991.
  • Les extrémismes de l'Atlantique à l'Oural, rapport 1996 du Centre européen de recherche et d'action sur le racisme et l'antisémitisme (CERA), coordonné par Jean-Yves Camus, éditions de l'Aube, Paris, 1996.
  • Les extrémismes en Europe, rapport 1997 du CERA, coordonné par Jean-Yves Camus, éditions de l'Aube (édition française) et Luc Pire (pour l'édition belge), Paris, Bruxelles, 1997.
  • Les extrémismes en Europe – Etat des lieux 1998, rapport 1998 du CERA, coordonné par Jean-Yves Camus, éditions de l'Aube (édition française) et Luc Pire (pour l'édition belge),  Paris, Bruxelles, 1998.
  • Europe politique.eu, site d'informations sur la situation politique en Europe réalisé par Laurent de Boissieu, journaliste politique. Consulté en mai 2012




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