RésistanceS.be 08-05-2012

Le parti populaire libéral de Bart De Wever refuge de l'extrême droite pragmatique ?


La «Vlaams belanguisation» de la N-VA...


Des années 1980 à tout récemment, le Vlaams Belang détenait le leadership du nationalisme flamand, tendance pure et dure. Depuis les succès électoraux extraordinaires de la N-VA, le parti d'extrême droite est en total déclin. Des dizaines de mandataires le quittent et rejoignent les troupes de Bart De Wever. La N-VA va-t-elle remplacer le VB ?



Par
Johan GULBENKIAN

 



Affiches électoralles du Vlaams Belang et de la N-VA (alors toujours en cartel avec les démocrates-chrétiens du CD&V) pour les élections communales et provinciales de 2006 ©  Photo Tractothèque


Il y a quelques semaines, plus d’une quarantaine de mandataires du Vlaams Belang (VB, Intérêt flamand) ont quitté le parti d'extrême droite pour la Nieuwe-vlaamse alliantie (N-VA, Alliance néoflamande), le parti nationaliste ultra libéral du charismatique Bart De Wever. C'est ce qui ressort d'une enquête de nos collègues de Verzet, le webjournal de l'Antifascistisch front (Front antifasciste flamand) (1).

Formée en 2001 sur les ruines de la Volksunie (VU, le parti nationaliste flamand historique), la N-VA est depuis les élections législatives anticipées de 2010 la formation la plus forte du pays. Elle y a obtenu plus de 31 % des voix flamandes (liste pour le Sénat), contre 12 % pour le VB. Selon un sondage réalisé par le quotidien Le Soir et RTL-TVI, la N-VA se situerait aujourd’hui en Flandre à 38 % laissant le Vlaams Belang très loin derrière lui, sous la barre des 10 %. Le succès de la N-VA est l'une des causes du déclin électoral de l'extrême droite néerlandophone. Une donnée inédite en Europe où les partis issus du fascisme européen et ceux de la «nouvelle droite» national-populiste ont le vent en poupe. Jusqu'en 2006, le VB était l'une des plus importantes formations de droite radicale nationaliste. La courbe électorale du Vlaams Belang est désormais inverse à celle de l'extrême droite hollandaise, française, grecqueou hongroise...


La N-VA venge la Volksunie !
Dans ce contexte bien particulier, les prochaines élections communales d’octobre s'annoncent encore plus difficile pour le Vlaams Belang. Filip Dewinter, son numéro deux (dans les faits, son véritable patron) a reconnu, voici déjà plusieurs semaines, que la lutte pour gagner la place de bourgmestre à Anvers, la seconde ville de Belgique, se fera désormais entre Patrick Janssens (l'actuel bourgmestre, SP.A, social-démocrate) et Bart De Wever, qui veut implanter durablement sa N-VA dans le paysage politique nordiste.

Un sondage publié ce week-end par le quotidien flamand Het Laatste Nieuws, prédit un raz-de-marée en faveur de la Nieuwe-vlaamse alliantie. Le parti de De Wever y est en effet crédité de 42,9 % des voix, contre 25,4 % pour la coalition conduite par Janssens (SP.A et  CD&V, le parti démocrate chrétien flamand) et 13,1 % pour le VB. Aux dernières élections communales, en 2006, ce dernier avait pourtant obtenu 33,5 %. La déconfiture est saignante. Dès lors, Dewinter est obligé de constater que le Vlaams Belang ne jouera qu'un rôle de troisième plan (voir notre encadré ci-dessous).

Anvers était jusqu’alors le bastion historique de l'extrême droite flamande, le fief du VB, qui l'a vu naitre en 1978 sous la houlette de Karel Dillen. Depuis la métropole portuaire, le parti de Dewinter (qui visait depuis les années 1980 le poste de bourgmestre) avait pour objectif de conquérir la Flandre entière, la gouverner pour enfin saborder l'État belge. Aujourd'hui, c'est la N-VA qui se présente comme l'opposant principal au pouvoir communal en place et une alternative possible tant à Janssens qu’au gouvernement fédéral conduit par le socialiste francophone Elio Di Rupo. Entre les élections communales de 2006 et celles à venir, le leadership du mouvement nationaliste flamand est repassé dans les mains des héritiers de la Volksunie (VU).

Un retournement de situation extraordinaire. La disparition de la VU avait entre autre été causée par l'émergence et les progressions constantes du Vlaams Blok (le nom du Vlaams Belang jusqu'en 2004) aux diverses élections (communales, régionales, législatives...). Les disciples actuels de la Volksunie vengent leurs pères politiques.


Clans et zizanies
Le déclin électoral du VB depuis 2006 et sa mauvaise posture a provoqué l'aggravation des tensions internes, qu'avait déjà révelé en exclusivité RésistanceS.be en 1998 (2). C'est notamment la stratégie politique (visant sa survie) du parti qui est à l'origine des zizanies entre les leaders de ses différents «clans». Depuis plusieurs années, des «pragmatiques» de l'appareil dirigeant du VB le quittent, soit pour le petit parti Libertair, direct, democratisch (LDD, du populaire Jean-Marie De Decker, issu d'une dissidence du parti libéral flamand), soit pour le CD&V (démocrate-chrétien) et, maintenant surtout, pour la N-VA.

Les pragmatiques du Vlaams Belang préconisent des alliances avec les autres formations de la droite flamande, sans placer nécessairement le VB en position dominante, contrairement à Dewinter qui se voyait jusqu'il y a peu encore comme le meneur du mouvement national-flamand.

Frank Vanhecke, l'ancien président du Vlaams Belang (qui démissionna de celui-ci avec fracas l'année dernière), a publiquement appelé à voter aux prochains scrutins pour les listes communales de la N-VA. Entre-temps le Vlaams Belang ne cesse de perdre des mandataires au profit du parti de De Wever.

 


Affiche du Vlaams Belang en 2006, alors toujours le premier parti nationaliste flamand. Depuis, tout à changé © Photo Tractothèque


Nomadisme politique
Depuis quelques temps, Verzet fait un monitoring permanent des défections VBistes. Le webjournal antifasciste flamand a compté le mois dernier, plus de quarante transfuges, principalement des conseillers communaux, vers la N-VA. Ils proviennent de quasi toutes les provinces flamandes. Chaque semaine, Verzet détecte de nouveaux cas. Les passages de mandataires du VB vers la N-VA sont néanmoins peu médiatisés.

A Bruxelles, en 2010, le Vlaams Belang avait déjà perdu deux élus, Greet Van Linter et Johan Demol. Ce dernier, ancien chef de la police de Schaerbeek,  était passé dans les rangs de la formation d'extrême droite à la fin des années 1990. Ses dirigeants investiront énormément de moyens (humains et financiers) pour tenter de populariser Johan Demol auprès de l'électorat bruxellois (flamands comme francophones). Leur objectif était de devenir le premier parti néerlandophone dans la capitale ( et ). Mais, par incompétences multiples, le plan échoua rapidement. Johan Demol est maintenant définitivement « brûlé » sur le plan politique. Pour sa part, sa colistière Greet Van Linter a marqué son intérêt pour une «immigration» à la N-VA, sans succès pour l'instant.

A la quarantaine d'exilés actuels du VB accueillis dans les rangs de la Nieuwe-vlaams alliantie, il faut encore additionner des transfuges antérieurs. Comme Geert Van Cleemput, ancien directeur du service d'étude du Vlaams Belang, ou Jaak Peeters, un de ses ex-secrétaire national.

Outre le phénomène de nomadisme politique, c'est surtout la quantité des transfuges qui surprend, sur un laps de temps aussi court .


«Période d'épouillage»
La N-VA ne cesse de déclarer qu'elle n'est pour rien dans ce mouvement de migration. Elle précise également, pour éviter de recevoir un label radicalisant son profil (de peur du cordon sanitaire), que la sélection des membres du VB venant vers elle se fait de manière très méticuleuse. Les candidats doivent subir «une période d'épouillage» (sic) de six mois. Une règle qui n'est cependant, selon Verzet, que très peu respectée.

La perte des mandataires VB peut être considérée comme une bonne nouvelle pour ceux qui combattent l'extrême droite depuis les années 1980. Le Vlaams Belang au bord de l'implosion, doit constamment colmater les brèches. Pour survivre, il se lance dans des campagnes médiatiques provocatrices, comme le confirme l'ouverture, voici quelques semaines, d'un site Internet pour dénoncer les étrangers clandestins. L'avenir électoral du VB est endommagé. Sa marginalisation en marche.


La N-VA, «vlaams belanguisée» ?
Cette situation est-elle pour autant un signe véritablement encourageant pour une «dé-extremisation de droite» de la Flandre ? La bonne question est d'abord de savoir si les transferts massifs de VBistes à la N-VA n'auront pas pour finir un impact direct sur l'orientation idéologique de cette dernière. L'un de ces «réfugiés politiques» est Karim Van Overmeire.

Ex-député du VB, il fut le coauteur du «Zeventigpuntenplan», un plan anti-immigration, qui causa en 2004 la condamnation historique  pour racisme de ce parti d'extrême droite. La «vlaams belanguisation» de la N-VA de Bart De Wever est-elle en route ? A suivre...

Johan GULBENKIAN
(avec M.AZ et Verzet)

Johan Gulbenkian est le responsable de la rédaction néerlandophone de RésistanceS.be.

 

Pour la N-VA,
un accord électoral avec le VB : Neen !

 



Façade de la Maison communale de la ville d'Anvers, le fief du Vlaams Belang © Photo Manuel Abramowicz

 

Pour survivre au rouleau compresseur électoral de la N-VA, le Vlaams Belang doit revoir ses rêves de grandeur fortement à la baisse. La formation d'extrême droite se met désormais en position de «mendiant» vis-à-vis du parti nationaliste de Bart De Wever. Après la confirmation, ce 23 avril, que ce dernier conduira la liste N-VA pour les communales d'octobre dans la ville d'Anvers, Filip Dewinter lui a proposé un deal , celui de ne pas conduire la liste VBiste à la condition que son parti puisse entrer dans l'exécutif anversois avec la N-VA après les élections d'octobre. La réponse ne s’est pas faite attendre : «neen».

Ce refus confirme l'attitude du grand parti nationaliste vis-à-vis du plus en plus petit VB. Quelques jours auparavant, la N-VA avait annoncé qu'elle refusait la présentation de listes électorales communes avec le Vlaams Belang. L'Alliance néoflamande n'a en effet pas besoin du parti d'extrême droite pour poursuivre son ascension fulgurante.

De plus, Bart De Wever a toujours signifié la différence entre sa formation et celle de Filip Dewinter. «Le Vlaams Belang est un parti révolutionnaire, d'extrême droite et anti-européen. (...). Avec le Belang, on ne coopérera jamais», avait déjà annoncé le leader de la N-VA dans les colonnes du quotidien francophone La Libre Belgique, en septembre 2008. Dont acte.

Manuel ABRAMOWICZ

 

 



Notes :
(1) «Minstens 41 VB'ers naar de N-VA», enquête et monitoring  de Verzet, le webjournal de l'Antifascistisch front (Front antifasciste flamand) )

(2) «Bruxelles divise le Blok...», article de Johan Gulbenkian et Simon Haris, in RésistanceS (édition papier), n°4, automne 1998, p. 9. Sur les conflits et les dissidences au sein du VB, lire notre article «Inventaire des conflits internes au sein du VB» 

 

 



Note de la rédaction

Nous acceptons volontiers que nos informations soient reproduites. Nous souhaitons cependant que vous en citiez la source, en indiquant clairement qu'elles proviennent de ResistanceS.be, l'Observatoire belge de l'extrême droite.

 

© RésistanceS.be – web-journal de l'Observatoire belge de l'extrême droite – www.resistances.be – info@resistances.be – Article mis en ligne le mardi 8 mai 2012.

 

 

 

 

Une enquête de Johan Gulbenkian


QUI EST SON AUTEUR ?
Johan Gulbenkian est le responsable de la rédaction néerlandophone de RésistanceS.be. Il travaille en Flandre pour un grand journal d'information généraliste. Passionné de littérature française, il est l'auteur de travaux universitaires sur la sociologie contemporaine. Johan Gulbenkian s'est également spécialisé sur l'émergence des courants nationaux-identitaires en Europe centrale. Pouvant les comparer avec ceux existants en Belgique, en France et aux Pays-Bas.



Les articles de Johan Gulbenkian sur RésistanceS.be (liste non-exhaustive) :


 



Sur le VLAAMS BELANG, lire notamment sur RésistanceS.be

 


Sur la NIEUWE-VLAAMSE ALLIANTIE (N-VA), lire notamment sur RésistanceS.be





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