RésistanceS.be 6-6-2012

Novembre 2011 :
Le retour de l'extrême droite au pouvoir


Cauchemars grecques

Un cri de colère de l'écrivain Giorgos Giannopoulos


En novembre 2011, près de trente sept ans après la fin de la dictature militaire, l’extrême droite est revenue au pouvoir en Grèce. Des membres du parti Laos ont fait leur entrée dans le gouvernement d’union nationale chargé, par les autorités européennes, de remettre de l’ordre dans le pays, selon des critères libéraux. Voici la réaction et le cri de colère de Giorgos Giannopoulos, écrivain hellénique, directeur de la revue culturelle Eneken et correspondant en Grèce de RésistanceS.be (M.AZ).



Couverture de l'hebdomadaire Le Monde magazine du 16 juillet 2011... Quatre mois plus tard, l'extrême droite grecque rejoignait le pouvoir © Le Monde


Quelques jours seulement avant le «17 Novembre», jour de commémoration de la révolte étudiante et populaire qui, en 1973, a sonné le glas de la dictature d'extrême droite des colonels grecs (ayant sévi de 1967 à 1974), mon pays s’est réveillé après une nuit de très mauvais cauchemar.

Trente sept ans après la restauration d’un régime démocratique, une formation politique d’extrême droite, la Laïkós Orthódoxos Synagermós (Laos), qui signifie «Alarme populaire orthodoxe», se retrouve avec quatre représentants au sein du nouveau gouvernement de coalition nationale. Sous la conduite des «socialistes» du Panellínio Sosialistikó Kínima (Pasok, Mouvement socialiste panhellénique) et des «conservateurs» de la Néa Dimokratía (ND, Nouvelle démocratie).


Mesures antisociales
Signe des temps. Depuis des mois mon pays vit au rythme de mobilisations sociales gigantesques, des grève générales successives, de descente dans les rues de millions de personnes (étudiants, travailleurs, sans emplois, pensionnés...), d’occupations de ministères et de bâtiments publics, de conflits réguliers avec les forces de l’ordre (qui prennent souvent des allures de guerres médiévales)… pour protester contrer les mesures antisociales qui s’abattent sur la Grèce.

Et au bout du compte, en novembre 2011, il nous a été imposé un gouvernement qui a les caractéristiques d’un véritable «Frankenstein politique». C’est la réponse des «classes dominantes» à la révolte populaire. Une révolte inquiétante pour les «hommes du (au) pouvoir».


Opportunisme politique
Le 28 octobre 2011, jour de fête nationale, dans tous le pays, des protestataires danstous les paays ont fait spontanément irruption dans les centres villes pour dire non aux mesures d’austérité. Les parades militaires ont dû être annulées. Du jamais vu en Grèce !

Face aux indignés, le président de la République - visiblement choqué par son impopularité - a déclaré que lui aussi dans sa jeunesse, durant la Deuxième Guerre mondiale, avait participé à la résistance contre les envahisseurs fascistes venus d'Italie. C’est pourtant ce même président qui a signé la nomination de membres de l’extrême droite orthodoxe au gouvernement.

Mais qu'est réellement ce parti de la Laïkós Orthódoxos Synagermós ? C'est par son «personnel politique» que nous pouvons mieux en comprendre la véritable nature idéologique et le rôle qu'il joue dorénavant concrètement dans la société grecque.

Parmi les membres «distingués» du Laos, on trouve le nouveau ministre Makis Voridis, un activiste néofasciste dont une «vieille photo» de l'histoire politique grecque,  le montre en pleine action commando contre des étudiants marxistes. Nous trouvons ensuite Adonis Georgiadis, un individu connu pour son état d’hystérie permanente et la promotion de livres pseudo-scientifiques dédiés à la «glorieuse civilisation antique grecque». L’opportunisme politique est l'un des sports où excelle l’extrême droit nationale. L'un des derniers exemples en date est le cas de Rondulis. Cet autre ministre de la droite radicale du nouveau gouvernement est un ex-candidat du parti conservateur de la Νouvelle Démocratie passé – par pure stratégie politicienne - dans les rangs de la formation d'ultra droite nationaliste Laos. Le quatrième membre du gouvernement issu de l'extrême droite est un ex-ambassadeur incarnant une noblesse déclassée. Il se retrouve au poste clé du ministère de la Défense.


Au service des puissants
Un autre «Laosien», député européen de son état, fut l'un des anciens directeurs des services de renseignements grecs. Il s'est fait récemment remarqué, lors de la révolution en Égypte. Cet ex-patron de l'espionnage hellénique s'engagea alors dans la défense des armateurs utilisant, à bas prix, le canal du Suez pour le passage de leurs bateaux.

La présence de ces responsables du Laos désormais au cœur du pouvoir grec confirme que les relations des extrémistes de droite avec les mécanismes d'État existent plus que jamais. L'extrême droite a souvent (toujours ?) servi d'auxiliaires aux puissants. 

 



En Grèce, les démons du passé sont associés à l'actuelle chancelière allemande. Photo publiée dans l'hebdomadaire M,  le magazine du Monde (anciennement :  Le Monde magazine du 3 mars 2012 © Le Monde

 
L’Europe brutale
«En tordant le bras de Georges Papandréou (NDLR : l'ex-premier ministre grec) pour le faire renoncer à son idée de référendum (NDLR : pour consulter le peuple grec sur l'avenir du pays au sein de l'UE), Angela Merkel et Nicolas Sarkozy ont montré le vrai visage de la nouvelle Europe», précisait The Daily Telegraph, dans un article intitule «L’Europe forcement brutale». Pourtant clairement conservateur, ce journal britannique décrivait ainsi - et à sa manière - la réponse des États européens dominants au soulèvement des peuples d’Europe.

Malgré la vigilance (de façade) de la chancelière allemande, Angela Merkel, pour lutter contre l'extrême droite dans son pays, l’entrée de la droite radicale grecque dans le nouveau gouvernement de coalition, mis sur pied sous la pression des autorités européennes, n'a posé aucun problème aux démocrates européens. Parce qu'il estt impératif de défendre coûte que coûte l’unité nationale, seule garantie pour sauvegarder les intérêts des banques et des créanciers (allemands, français...) de la Grèce. La chute de Georges Papandréou, ex-premier ministre du Pasok et présidant de l’International socialiste, a donné lieu à l'arrivée d'antisémites et de racistes dans le nouveau gouvernement. Sans la moindre hésitation un quelconque signe d'inquiétude. Dans mon pays, l'extrême droite est devenue un partenaire comme un autre pour répondre au chaos et aux insurrections populaires possibles. Par la Grèce, dans le reste du continent, cette droite musclée sera demain également banalisée.

Dans ces temps difficiles que vit actuellement la société grecque, les choix politiques et les initiatives de partis de gouvernement donnent des frissons à chaque citoyen pour qui la démocratie reste à défendre. La formation de ce gouvernement conservateur, socialiste et d'extrême droite est une démonstration de force du pouvoir pour préserver ses «intérêts de classe», aujourd'hui réellement en danger. Seule la voie de la mobilisation, de la solidarité des peuples et de la sensibilisation au danger que représente - pour l’ensemble de la société - le fascisme pourront nous sauver de la catastrophe engendrée par le système politico-économique .

Giorgos GIANNOPOULOS

Ecrivain grec, Giorgos Giannopoulos a vécu quelques temps en Belgique. Installé à Salonique (grande ville du nord du pays), il y dirige la revue culturelle Eneken. Il est aussi le correspondant en Grèce de RésistanceS.be. Plusieurs de nos articles ont été traduits en grec par Giorgos Giannopoulos et publiés dans sa revue (M.AZ / RésistanceS.be).

Adaptation française du texte d'origine : Manuel Abramowicz.
Pour consulter la revue Eneken

 



Épilogue
L'article de Giorgos Giannopoulos a été écrit en novembre 2011 pour RésistanceS.be. Depuis le gouvernement grec d'union nationale a chuté. Le 6 mai 2012, de nouvelles élections législatives ont sévèrement sanctionné les partis qui le constituaient : le Pasok (social-démocrate), la Néa Dimokratía  (conservateur) et le Laos (extrême droite traditionnelle orthodoxe). Les vainqueurs de ces élections : la gauche radicale (la coalition Syriza avec près de 17 %) et l'extrême droite néonazie (l'Aube dorée avec 6,9 %). Dans l'impossibilité de voir se former un nouveau gouvernement, de nouvelles élections législatives se tiendront le 17 juin prochain. Les deux anciens ministres du Laos, Makis Voridis et Adonis Georgiadis, ont entre-temps rallié les rangs conservateurs. Par opportunisme et «entrisme» ? (M.AZ).





Article de Manuel Abramowicz de RésistanceS.be traduit en grec et publié dans la revue cultuelle Eneken de Giorgos Giannopoulos © RésistanceS.be / Eneken

 

 


Note de la rédaction
Nous acceptons volontiers que nos informations soient reproduites. Nous souhaitons cependant que vous en citiez la source, en indiquant clairement qu'elles proviennent de ResistanceS.be, l'Observatoire belge de l'extrême droite.




© RésistanceS.be – web-journal de l'Observatoire belge de l'extrême droite – www.resistances.be – info@resistances.be – Article mis en ligne le 6 juin 2012.

 


Sommaire de ce dossier de RésistanceS.be

 

Sources :

  • Notre partenaire grec, la revue culturelle Eneke
  • Grèce : l'extrême droite participe à l'union nationale, article du quotidien Le Figaro du 11 novembre 2011
  • Dossier néonazisme, livre de Patrice Chairoff, éditions Ramsay, Paris, 1977.
  • L'Europe de l'extrême droite de 1945 à nos jours, Anne-Marie Duranton-Crabol, éditions Complexe, Bruxelles, 1991.
  • Les extrémismes de l'Atlantique à l'Oural, rapport 1996 du Centre européen de recherche et d'action sur le racisme et l'antisémitisme (CERA), coordonné par Jean-Yves Camus, éditions de l'Aube, Paris, 1996.
  • Les extrémismes en Europe, rapport 1997 du CERA, coordonné par Jean-Yves Camus, éditions de l'Aube (édition française) et Luc Pire (pour l'édition belge), Paris, Bruxelles, 1997.
  • Les extrémismes en Europe – Etat des lieux 1998, rapport 1998 du CERA, coordonné par Jean-Yves Camus, éditions de l'Aube (édition française) et Luc Pire (pour l'édition belge),  Paris, Bruxelles, 1998.
  • Europe politique.eu, site d'informations sur la situation politique en Europe réalisé par Laurent de Boissieu, journaliste politique. Consulté en mai 2012




Lire aussi les articles de RésistanceS.be sur l'extrême droite turque



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