RésistanceS.be 23-05-2013

Bilan de sa campagne de recrutement


Le mouvement Nation n'arrive pas à l'unité



Il se présente comme étant la plus forte et la plus crédible des structures de l'extrême droite en Belgique francophone. Il multiplie les opérations de séduction en direction des « orphelins » du Front national à la belge. Objectif : les rallier à « la seule alternative, (à) l’unique opposition ! ». L'adhésion au mouvement Nation reste cependant marginale. Etat des lieux.

 



L'extrême droite belge francophone reste lézardée par des « guerres de clans » © Dessin : Hajimé / RésistanceS.be


A l'heure actuelle, Nation est le mouvement le plus actif de ceux qui composent encore ladite extrême droite francophone dans notre pays. Apparu en 1999, il a été fondé par des dissidents du Front nouveau de Belgique (FNB) et du Front national (FN). Ex-responsable des jeunesses du FNB, son dirigeant-fondateur, Hervé Van Laethem, était aussi connu pour avoir mené auparavant l'Assaut, un groupe néonazi devenu une des références dans la « galaxie nationaliste » . Dès son apparition, Nation s'est présenté comme « la seule alternative, l’unique opposition ! » au système. Rien de moins.

Cependant, en 2006, mesurant son incapacité d'affronter seul les élections communales, il participe à la constitution d'une « mouvance identitaire » regroupant l'association national-catholique Belgique & Chrétienté d'Alain Escada, la bannière wallonne de Terre et Peuple (un « mouvement de résistance identitaire européen » dont le fief se trouve en France) et le FNB, vidé des personnalités à l'origine de la dissidence, sept ans plus tôt, à la base de la création de Nation. Plusieurs de ses activistes figureront sur des listes électorales du Front nouveau de Belgique. Sans aucun succès .

Jusqu'en mars 2012, le mouvement Nation collabore politiquement avec le Front national « réunifié », issu du FN « canal historique » et ayant intégré par fusion les restes du FNB Depuis l'interdiction de l'utilisation du nom « Front national » en Belgique, ordonnée par Marine Le Pen , Nation a décidé d'agir seul, notamment en tentant de regrouper les orphelins du frontisme.

Après l'implosion de ce dernier, la pêche sera néanmoins mauvaise : seul le président de la section bruxelloise de ce FN le rejoindra. La majorité des autres cadres participeront à la création d'un nouveau parti : la Nouvelle Wallonie alternative (NWA). D'autres orphelins resteront ou rejoindront le Front national « canal historique » (poursuivant son activisme sous son nom d'origine, malgré l'offensive judiciaire de Marine Le Pen ), la Droite nationale (DN, se présentant - avec l'accord du FN français, selon elle - comme le nouveau nom du Front national belge), la Fédération des nationalistes wallons (FNW), l'association Solidarité unitaire (SU), le Nouvel élan wallon (NEW)... Certains tentèrent même une adhésion au Parti populaire de Mischaël Modrikamen, qui refusera pour finir leur demande  .l


Nation recrute
Constatant l'échec de sa première tentative d'accueil des ex-FN et de l'attrait maintenu des autres groupuscules nationaliste s'exerçant sur eux, le lendemain des élections communales du 14 octobre dernier, le mouvement Nation va lancer un « Appel aux braves et sincères militants des groupes de droite nationale » pour qu'ils le rallient. En précisant :

« Pourquoi ne pas nous rejoindre ? Aujourd’hui, vous êtes orphelins d’un vrai mouvement politique, alors que NATION est justement et même, avant  tout, une famille militante ! Alors, pourquoi mais pourquoi donc ne pas nous rejoindre ? A nos côtés, une place est libre. La vôtre et dans le respect de votre sensibilité politique… ».

Trois mois après, le 7 janvier de cette année, le mouvement Nation lancera une énième « campagne » de recrutement, cette fois-ci de plus grande ampleur, pour débaucher de nouveaux transfuges. Toujours en cour, cette campagne porte le nom de « L'unité ? Mais, elle se fait ! ». Pour justifier son action, le mouvement Nation mentionne alors :

« Des cadres et membres de groupes de ''droite nationale'' sont en train de rejoindre NATION car elle est la seule organisation VRAIMENT active, VRAIMENT structurée, ayant eu des résultats tout à fait intéressants aux dernières communales (1500 voix sur le district de Charleroi, 4,5% à Evere…). Face à l’inactivité complète de leurs anciens groupes, sinon sur les réseaux sociaux et pour autant que le copier-coller d’articles soit une activité, ces membres et cadres commencent à nous rejoindre. Mieux encore, certains dirigeants lucides et courageux ont décidé soit de dissoudre leur association et de rejoindre NATION, soit de l’intégrer dans un cadre commun ».

Afin de prouver le succès dont il dit bénéficier, ce mouvement d'extrême droite allait promettre que « chaque semaine, (il publiera) l’interview d’une de ces personnes qui se présentera et expliquera pourquoi elle a rejoint NATION ! ».


Promesses non tenues
Près de six mois après le lancement de cette campagne de recrutement, quel est le bilan que peut en tirer le mouvement Nation. Puisqu'il ne l'a pas encore fait (vous comprendrez pourquoi rapidement), RésistanceS.be l'a fait à sa place.

Autant dire directement que ce bilan est des plus négatifs. Tout d'abord, sur vingt semaines, le site Nation n'aura publié, à la date d'aujourd'hui, que cinq interviews de transfuges. Il en avait pourtant promis une toutes les semaines.

Ce n'est donc officiellement que cinq personnes qui ont quitté leur « clan » pour rejoindre celui de Nation. Il s'agit (les noms ont été diffusés sur le site de Nation, avec un mini CV politique) de :

  • Sandra Latinis : ancienne responsable à Liège du FN « réunifié », elle fait ensuite dissidence et cofonde avec d'autres frontistes l’association Solidarité unitaire . Son interview d'adhésion est publiée sur le site de Nation le 8 janvier.
  • Marc Wolfs : militant d'abord au FN « réunifié », après sa dissolution, il prend sa carte à la NWA. Ralliement à Nation annoncé le 14 janvier.
  • Georges Mairlot : ancien délégué de la NWA pour Dinant/Philippeville. Auparavant, il était déjà passé par le FNB et fut candidat aux régionales de 2009 sur une liste du « FN Plus », alors présentée par la Fédération des nationalistes wallons. L'annonce de son adhésion est faite le 22 janvier.
  • Laurent Renard : présenté comme un « ancien cadre » de la Droite nationale pour le Brabant Wallon, son transfuge est officialisé le 13 février.
  • Kris Roman : président du cercle de réflexion géopolitique Euro-Rus , il collabore également à Rechts Actueel, un site « nationaliste-flamand ». Il s'agit d'un activiste flamand d'extrême droite de longue date qui fut, tour à tour, membre du Vlaams Blok (il en fut exclu), du Front national belge, du Front nouveau de Belgique, de la Ligue nationale (un groupuscule qu'il cofonda), de la Nieuw-solidaristisch alternatief (N-SA) Ralliement annoncé le 8 avril.

 

Des cinq nouveaux venus, seuls deux peuvent être qualifiés de cadres. Les cinq proviennent d'organisations et partis différents. Aucun de ceux-ci s’est dissous dans Nation, à l'exception de SU.

Malgré les promesses d'engagement de ces cinq transfuges, il n'y en a que un qui est réellement devenu actif pour le compte de Nation. Il s'agit de Kris Roman. Trois y sont toujours mais ne semblent pas participer aux activités militantes du mouvement.

 



En octobre 2012, le mouvement Nation s'est présenté aux élections communales. Seuls ses concurrents du FN « canal historique » et du FNW ont fait élire des conseillers communaux © Photo : RésistanceS.be


Nation perd sa section liégeoise
Quant à Sandra Latinis, après une coexistence difficile avec des responsables et des activistes de Nation, celle-ci a très vite compris que la véritable idéologie de ce mouvement n'était pas celle qu'il lui avait vendue. Elle a donc claqué la porte de Nation. Ses différends étaient trop nombreux pour pouvoir continuer à collaborer politiquement avec Nation. Un mouvement pour finir beaucoup trop radical à son goût. Et dont la sincérité du combat contre le sionisme lui paraissait suspecte.

Son départ est une très mauvaise nouvelle pour Nation. C'est pour cette raison sans doute que l'interview de Latinis est toujours en ligne sur son site et que la direction du mouvement n'a pas officiellement informé ses adhérents de sa démission. Avec elle, Nation perd une personnalité locale qui aurait pu l'aider à se dédiaboliser. De plus, le local qu'elle avait ouvert dans la région liégeoise, le 30 mars dernier, au nom de Nation a fermé ses portes et l'ensemble de la section locale l'a suivi... Aujourd'hui, après avoir fait le tour de l'extrême droite, Sandra Latinis compte cesser toutes activités politiques électorales.


Hypothèses et rumeurs
Conclusion : l'unité à Nation, elle s'est un peu faite, mais est vite devenue une opération ratée. Le turn-over y est toujours une habitude. Comme à l'époque du groupe l'Assaut. La base militante de Nation ressemble d'ailleurs, de plus en plus, à celle de ce groupuscule d'antan. Face à sa tentative d'hégémonie sur la droite radicale, ce mouvement a également réussi à s'aliéner les autres formations d'extrême droite francophone (voir ci-dessous l'encadré).

La question est de connaitre désormais les raisons exactes de cette situation singulière. Pourquoi, la plupart des ralliés à Nation n'y restent que quelques temps ? A ce sujet, diverses hypothèses peuvent être évoquées. Entre-temps, différentes rumeurs circulent. Les mêmes que celles qui ravagent, depuis vingt-cinq ans, les clans ennemis formant l'extrême droite francophone.

Alexandre VICK

 

Nation, la cible des autres extrêmes droites !

Après avoir échoué dans son opération de recrutement des cadres du FN « réunifié », le mouvement Nation, via un site de délation ouvert par son dirigeant-historique, s'est attaqué aux « antifa de droite » (sic). Ces « antifascistes de droite » sont ceux à l'extrême droite qui osent le critiquer et qui refusent ses vues hégémoniques sur la mouvance nationaliste. Parmi les principaux nouveaux ennemis de Nation, il y a les responsables de la Nouvelle Wallonie alternative (NWA).

Le président de ce parti, issu du clan frontiste « réunifié », ne restera pas les bras croisés face aux attaques répétées de Nation. Pour lui, ce « groupuscule » est constitué de « quelques frustrés », dont « les gesticulations politiques » ne servent en rien pour lutter efficacement, notamment contre « la pauvreté qui s'installe en Belgique, l'immigration anarchique, l’islam intégriste et contre toutes autres injustices... » (1).

Pour la Nouvelle vague nationale (NVN), un autre pseudopode frontiste, le même mouvement Nation et les autres actuelles formations nationalistes ne rassemblent que « des petits clowns extrémistes et néonazis » (2).
Ambiance !

A.V

Notes :
(1) « Un triangle vert. Ha ha ha », article de Philippe Duquenne, président de la NWA, publié sur le site de son parti, le 16 février 2013.
(2) Edito du site de la Nouvelle vague Nationale du 17 décembre 2012.





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© RésistanceS.be – web-journal de l'Observatoire belge de l'extrême droite – www.resistances.be – info@resistances.be – Article mis en ligne le 23 mai 2013.

 




Affiches électorales pour les communales de 2012 du mouvement Nation © Photo : RésistanceS.be


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