RésistanceS.be 11-11-2009

Portrait de la Nieuw-solidaristisch alternatief (N-SA)

Autonome et national-solidariste


En Flandre, depuis 2007, des radicaux de l'extrême droite se rassemblent à la N-SA. Objectif : construire un mouvement d'action nationaliste, autonome et révolutionnaire. Opposée à l'«évolution capitaliste» du Vlaams Belang, la N-SA prône le retour au national-solidarisme. Mais, les lapsus sont réguliers. Le national-socialisme d'Adolf Hitler est ainsi cité...

Par Wim HAELSTERMAN
Responsable de la rédaction flamande de RésistanceS.be

 


Drapeau et militants de la Nieuw-solidaristisch alternatief (N-SA), lors d'une manifestation néonazie aux Pays-Bas qui se déroula, en été dernier, sur le modèle «black bloc» de l'extrême gauche autonome.


La Nieuw-solidaristisch alternatief (N-SA), qui signifie en français Nouvelle alternative solidariste, se profile comme une «fédération» de groupes et d'individus partageant le même projet politique.

La N-SA est apparue en octobre 2007, lors d'un congrès de fondation organisé dans la commune de Hamme. A son origine, se trouve la Vlaamse Jongeren Westland (VJW), une petite organisation d'extrême droite regroupant des jeunes nationalistes radicaux, encore plus extrémistes que ceux du Vlaams Belang (VB, anciennement : Vlaams Blok), le parti d'extrême droite flamand. Sous sa forme fédérative, la N-SA attirera d'autres groupuscules : la Vlaamse Jongeren Noordland (VJN, qui était déjà liée à la VJW), l'association Eurorus de Kris Roman (ex-Vlaams Blok qui passa ensuite au Front national, puis au Front nouveau de Belgique), les éco-fascistes de Groen rechts et les derniers adhérents des JongerenAktief (JA), issus du Vlaams Blok.


A gauche, Eddy Hermy, stratège de la N-SA, lors d'une récente manifestation de ce mouvement © TV VRT «Eén».


Son idéologue : un ex-mao !
Constituée de déçus, d'exclus ou d'opposants du VB, la N-SA s'est offert les services d'un pensionné qui lui sert d'idéologue, Edouard, dit «Eddy», Hermy. Dans sa jeunesse, celui-ci milita à Amada (Tout le pouvoir aux ouvriers), l'organisation maoïste à la base en 1979 du Parti du Travail de Belgique (marxiste-léniniste). Mais très vite, Eddy Hermy franchit le Rubicon pour rejoindre l'extrême droite radicale de l'époque, le VMO et le Vlaams Blok. Les actions musclées des néonazis contre les adversaires du «mouvement nationaliste» lui sont familières. Considéré comme trop bavard, il fut exclu du VB. Hermy y sera réintégré en 1998, avant d'être à nouveau mis hors du parti d'extrême droite flamand. En 2000, aux élections communales, il déposera, à Ostende, sa propre liste électorale «Burgerinitiatief» (Initiative Citoyenne). Elle récoltera un résultat ridicule.

C'est ce Eddy Hermy qui encadre désormais le développement idéologique et stratégique de la Nieuw-solidaristisch alternatief.


Nationalistes autonomes et «Black blocs»
La N-SA agit comme un groupe d'action nationaliste. Elle s'intègre dans la mouvance «nationaliste autonome», très active en Allemagne, en Hollande, en Italie et dans plusieurs pays de l'Europe de l'Est. Cette mouvance d'extrême droite s'inspire directement de la stratégie «Black Bloc» des groupes révolutionnaires d'ultragauche ou libertaires, agissant actuellement dans les manifestations altermondialiste. Certains slogans de la N-SA sont populistes et visent à la faire passer pour un mouvement rebelle : «Voor ons volk, tegen het kapitaal!» (Pour notre peuple, contre le capital), «Het identitair en revolutionair verzet!» (La résistance identitaire et révolutionnaire), «Weg van de Wetstraat, op naar de Volksstaat !» (Contre le rue de la loi [siège du gouvernement fédéral], en route pour l’Etat populaire)... Mais, fidèle à son héritage politique, elle reprend des slogans qui furent jadis également ceux du Vlaams Blok ou de l'extrême droite classique : «Eigen Volk Eerst!» (Notre peuple d'abord), «Europa aan de Europeanen!» (L'Europe aux Européens)...

Fort active sur le terrain militant, la Nieuw-solidaristisch alternatief ne regroupe cependant que quelques dizaines d'adhérents au maximum. Lors d'une manifestation qu'elle organisa à Gand, en décembre 2008, ils étaient moins de 70 manifestants à être présents. Malgré cet échec patent de mobilisation, la N-SA brandit officiellement le chiffre de 120 participants. Signalons tout de même qu'il se trouve souvent des «camarades» d'autres organisations dans les rangs de ses manifestations, les grossissant ainsi. Parmi ces «compagnons de route» de la N-SA : des activistes du NSV (association corporatiste d'étudiants, liée au Vlaams Belang), des naziskins «indépendants», les francophones belges du mouvement Nation et les Lillois des Jeunesses Identitaires.

Malgré une présence visible sur le terrain (en réalité surtout sur Internet), le recrutement de nouveaux militants est faible. Le turn-over est important entre les adhésions et les départs de membres. Bien qu'elle se présente comme une nouvelle organisation, avec des bases fondatrices décrites comme solides, la N-SA connaitra très vite des dissensions internes. Groupusculaire, l'organisation nationale-solidariste reste fort isolée dans le paysage politique flamand.

 


Quelques exemples de la propagande, de slogans et du logo de la Nieuw-solidaristisch alternatief.


Opposés aux «nationaux-capitalistes» du Belang
La N-SA défend officiellement l'idéologie national-solidariste, en référence à Joris van Severen, un des plus importants théoriciens et leaders de l'extrême droite flamande des années trente. Les orientations politique et idéologique de la Nouvelle alternative solidariste sont résumées dans son manifeste «Wat zijn en wat willen de Nieuw-Solidaristen» (Qui sont et que veulent les nouveaux-solidaristes).

Adoptant et utilisant encore des termes en vogue dans son milieu politique - «nationalisme-révolutionnaire» ou «Troisième voie» par exemple -, la N-SA a la prétention d'affirmer qu'elle représente une alternative aux mouvements et partis dits «nationaux-capitalistes» (sic). Pour elle, le Vlaams Belang fait entièrement partie de cette catégorie politique. Dès lors, la N-SA se profile comme étant de nature rebelle, affirme préférer le solidarisme au capitalisme, pour le bien du peuple contre celui du capital.

Lapsus : national-solidariste ou national-socialiste ?
Dans ce jeune mouvement, le naturel revient bien vite au galop. L’un des dirigeants la N-SA, un an avant la création de cette dernière, figurait sur la liste des candidats du Vlaams Belang aux élections communales de 2006. Jusqu’au jour où son nom fut cité comme étant l'organisateur d’un concert néonazi. La même année, sur le forum Politicsinfo.net, il avait posté le message suivant : «En 1940, les Allemands nous ont libérés». Au cours d’une manifestation, à Bruges le 21 octobre 2007, le même coordinateur de la N-SA, à trois reprises, dans son discours, au lieu de «national-solidariste», pour parler de la nature politique de son organisation, utilisera le terme de «national-socialiste»...

Une chose est sûre : la confusion politico-identitaire règne au sein de la N-SA. Chez ces disciples du national-solidarisme, s'empêcher d'exprimer au grand jour leur attachement pour le national-socialisme semble un exercice des plus difficiles.


Wim HAELSTERMAN
Responsable de la rédaction flamande de RésistanceS.be, membre également de la rédaction de «Verzet», le web-journal des antifascistes en Flandre.

 


La Nieuw-solidaristisch alternatief invite les anciens militants du Vlaamse militanten orde (VMO) à rejoindre ses rangs. Dans les années septante et quatre-vingt, le VMO a été un groupe paramilitaire néonazi flamand de référence. Il sera finalement dissout par la justice. La milice du Verdinaso de Joris van Severen s'appelait Dinaso militanten orde (DMO)...

© RésistanceS – web-journal de l'Observatoire belge de l'extrême droite – www.resistances.be – info@resistances.be – Article mis en ligne le 11 novembre 2009.


 



En 1931, en Flandre, le national-solidarisme voyait le jour autour de Joris van Severen. Cette idéologie d'Ordre nouveau reste de nos jours exploitée par une partie de l'extrême droite flamande et francophone.

Ce nouveau dossier de RésistanceS.be vous présente le corpus, l'histoire, le développement et les partisans du national-solidarisme, de 1931 à nos jours.


Un dossier réalisé par Alexandre VICK, Wim HAELSTERMAN (correspondant en Flandre de RésistanceS.be) et Manuel ABRAMOWICZ.


Sommaire de ce dossier :

Lourde condamnation pour l’extrême droite flamande : trois mois de prison pour le chef de la N-SA (NOUVEAU 12/12/2011)

Au cœur de l'idéologie national-solidariste de van Severen

Au source du vrai solidarisme : Léon Bourgeois

Les solidaristes flamands après 1945

Les disciples francophones de van Severen

Autonome et national-solidariste : portrait de la Nieuw-solidaristisch alternatief (N-SA)



Le symbole du Verdinaso



Pour poursuivre ce dossier
lire aussi sur RésistanceS.be :

Le national-socialisme contre le socialisme

Were Di, Vlaams Blok,même combat !

Le VMO, toujours un exemple pour le Vlaams Belang


Sources et références de notre dossier

Pour réaliser ce dossier sur l'histoire, le développement et la survivance du national-solidarisme de Joris van Severen, RésistanceS.be s'est référé aux sources suivantes :

• Divers documents internes ou publics de mouvements solidaristes ou influencés par les thèses politiques de van Severen.

• «Les mouvements solidaristes», in «L'Extrême droite en Belgique (III)» d'Etienne Verhoeyen, «Cahier Hebdomadaire» n°715-716, du 26 mars 1976, Centre de recherche et d'information socio-politiques (CRISP), Bruxelles, 36 pages.

• «L'Ordre nouveau en Flandre : le Verdinaso», texte extrait du livre «Le Vlaams Blok» (édition française) de Hugo Gijsels, éditions Luc Pire, Bruxelles, 1994.

• «Le solidarisme : Léon Bourgeois» (page 887 à 891), notice de l'ouvrage «Histoire des idées politiques» de Marcel Prélot et Georges Lescuyer, éditions Dalloz, Paris, 1990 (dixième édition), 954 pages.

• «Les rats noirs – L'extrême droite en Belgique francophone» de Manuel Abramowicz, éditions Luc Pire, 1996, Bruxelles, 239 pages.

«Dictionnaire de l'extrême droite néerlandophone», RésistanceS.be


L'extrême droite en Flandre ?

Vous souhaitez plus d'informations sur le Vlaams Belang et les organisations d'extrême droite flamandes, consultez alors nos articles en français sur notre site, mais également les sites et blog des antifascistes flamands :

Site avec des articles d'analyse et d'actualité sur l'extrême droite en général, sur celle active en Flandre en particulier: Verzet.org


Blog actualisé quasi quotidiennement de l'Antifascistische front (AFF), organisation militante active à Anvers et dans d'autres villes flamandes depuis la fin des années 1970, animé par le responsable de notre rédaction en Région flamande, Wim Haelsterman.

Blokwatch n'est plus actualisé depuis la fin de l'année 2007, mais il est toujours en ligne. Vous y retrouverez une excellente «banque d'informations détaillées» sur l'extrême droite du Nord du pays. Avec en plus de superbes visuels antifascistes. Pour tout comprendre sur l'histoire du mouvement nationaliste d'ultra droite en Flandre, consultez donc Blokwatch.


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Affiche de RésistanceS, le web-journal de l'Observatoire belge de l'extrême droite © asbl RésistanceS 2008