RésistanceS.be 11-11-2009

Dans la galaxie post-van Severen


Les disciples francophones du national-solidarisme


L'idéologue flamand du national-solidarisme Joris van Severen a aussi eu, en Belgique, des partisans francophones. Ils ont également réorganisé divers mouvements, après la Deuxième Guerre mondiale, pour faire perdurer son idéologie. Au Front national belge, un courant «utilisera» le national-solidarisme comme référence.


Journée d'hommage à Joris van Severen, le 15 mai 2004. L'orateur est Roeland Raes, idéologue et ancien vice-président du Vlaams Belang. Cette cérémonie est organisée par le Voorpost, dont Raes est aussi le dirigeant-fondateur, avec la participation de la «bannière wallonne» de Terre & Peuple. Parmi les membres et responsables wallons et bruxellois de ce mouvement identitaire européen, se trouvent Willy Fréson, l'ancien dirigeant d'Agir, un parti d'extrême droite régionaliste wallon (actif de 1989 à 1996), Georges Hupin, ex-responsable de la formation des jeunes du Front national de Daniel Féret, et Patrick Cocriamont, l'actuel député fédéral du FN.


Dès la fin de la Guerre 40-45, membres de l'aile antinazie de l'ex-Verdinaso, les militants francophones nationaux-solidaristes se sont réorganisés en mouvement politique, entre autres en collaboration avec d'anciens résistants antinazis issus de l'extrême droite national-monarchiste. Le dirigeant francophone des partisans des thèses thioises de Joris van Severen fut Louis Gueuning. Celui-ci éditera à partir de 1945 et jusqu’en 1949 le périodique «L'Actualité Politique» et se rangera du côté des partisans du roi Léopold III durant la «Question royale».

Le «groupe Gueuning» est hyperactif : il édite un journal pour ses militants, «Les Cahiers de l'Ordre», et leur propose de suivre les cours de l'«Ecole de formation Charlemagne». Louis Gueuning met sur pied en 1951 le Mouvement pour l'ordre et la liberté, puis lance le journal «Le Cri du Peuple» qui sortira de presse jusqu'à son décès en 1971. A partir de 1973, à Charleroi, pour reprendre le combat du «groupe Gueuning», un nouveau journal thiois voit le jour sous le titre de «L'Accent». Ce journal se rapprochera des milieux belgicains.

Chez les néorexistes, le national-solidarisme restera aussi une référence, dès les années cinquante. Leur chef de file, Jean-Robert Debbaudt, écrira en juin 1959, dans un document inédit en possession de la rédaction de RésistanceS.be :

«Le fédéralisme ne m'emballe pas, je suis plutôt du genre impérialiste et partisan des théories de Van Severen tendant à réaliser l'unité des Pays-Bas jusqu'à la Somme».

Jeune militant rexiste et volontaire sur le front de l'Est, Jean-Robert Debbaudt restera fidèle à l'enseignement politique reçu avant guerre de John Hagemans. Chef charismatique des jeunesses rexistes, ce dernier était directement issu du courant national-solidariste. De 1952 à 1978, Debbaudt – en contact régulier avec Léon Degrelle - fut le principal artisan des tentatives de création d'un nouveau mouvement rexiste en Belgique, sous de multiples appellations : Mouvement social belge, Mouvement rexiste, Action rexiste, Front rexiste et Front nationaliste populaire.



John Hagemans, chef des Jeunesses rexistes et partisan des orientations solidaristes de Joris van Severen, est resté bien après sa mort sur le front de l'Est, le 26 août 1942, un modèle pour de nouvelles générations d'extrême droite. Comme le montre cette couverture de «L'Europe Réelle», de juillet 1972, une publication alors éditée sous l'égide du Nouvel Ordre Européen (NOE). Le directeur politique et fondateur de «L'Europe Réelle», Jean-Robert Debbaudt, avait été un de ces jeunes rexistes séduits par John Hagemans et le national-solidarisme. Il lui restera fidèle jusqu'à son propre décès en 2003. Juste avant, Debbaudt avait milité, tour à tour, au Front national français (lors d'un exil à Lille), au Vlaams Blok, au Fonds européen Léon Degrelle, à la «bannière wallonne» de l'association national-identitaire européenne Terre & Peuple et au mouvement Nation © Photo et document d'archives RésistanceS.be.


Joris Van Severen est actuel !
Dans les années septante, des dirigeants dissidents des NEM-Clubs, structure militante mise en place par le journal «Nouvel Europe magazine» (NEM), fondent une Union solidariste belge (USB). Se revendiquant du solidarisme de façon globale, cette USB n'adhérait pas pour autant directement aux thèses de van Severen, même si un de ses dirigeants – alors membre de la rédaction de «Révolution Européenne» - avait été en contact dans les années soixante avec le «groupe Gueuning».

En recherche d'identité politique, le Front de la jeunesse, l'organisation de référence de l'histoire néofasciste francophone qui fut parrainée par le NEM, reprendra également à son compte le label «solidariste». Sans nécessairement faire mention de son idéologue flamand. Ce fut également le cas du «courant solidariste» de l'extrême droite française. Dans les années nonante, réapparaîtront des partisans francophones du national-solidarisme de Joris van Severen.

«A l’heure de l’effondrement de l’idéologie marxiste (les anciens marxistes se sont reconvertis dans l’apologie de la société multiraciale) et de l’insuffisance manifeste de l’idéologie libérale et sociale-démocrate, les conceptions politiques de Joris Van Severen méritent d’être réexaminées en les situant cependant dans un cadre européen», conclut l’article «Joris Van Severen est-il actuel ?», publié en 1993 dans «Civis», un bimestriel confidentiel de l'extrême droite francophone.

L'auteur de cet article, Roland Pirard, est alors le directeur-fondateur de «Civis». Provenant de la Nouvelle Droite de Belgique, il est aussi à ce moment-là le secrétaire-général du Front national (FN) belge de Daniel Féret. Après des conflits internes entre l'aile «NR» (nationaliste-révolutionnaire) du FN et le «clan Féret», Roland Pirard claquera la porte du FN pour rejoindre le Vlaams Blok (l'ex-dénomination du Vlaams Belang). En 2006, le transfuge frontiste est élu au Conseil de l'aide sociale d'une commune bruxelloise pour le compte du parti d'extrême droite flamand. L'année suivante, ce partisan francophone du nationalisme flamand et de Joris van Severen écrira une biographie partisane d’Adolf Hitler (à son sujet, ). Du côté francophone, Pirard n'a pas été le seul à avoir réactualisé la pensée politique du fondateur du Verdinaso.

La «bannière wallonne» du mouvement racialiste Terre & Peuple (T&P) a en effet elle aussi repris les théories national-solidaristes de van Severen. Les Wallons de T&P participent par exemple à des événements nostalgiques en faveur de la mémoire du leader solidariste flamand. Le 20 mai 2000, avec leurs «camarades flamands» du Voorpost, un groupe d'action nationaliste mené par des dirigeants du Vlaams Belang, les francophones pro-van Severen s'étaient réunis pour la commémoration du soixantième anniversaire de sa mort.

 


Van Severen en 1993 à la Une de «Civis», un bimestriel confidentiel édité par le secrétaire général du Front national de l'époque © Photo et documents RésistanceS.be.


Néorexiste et néonationaux-solidaristes
Plus de «cent vingt Flamands, Wallons, Hollandais et Français» participèrent à ce rassemblement de nostalgiques du national-solidarisme, selon «Renaissance européenne», le trimestriel de Terre & Peuple-Wallonie. Un article sur le parcours politique de Joris Van Severen complétait le compte rendu de cette commémoration publié dans «Renaissance européenne». Titré «Un chef, un homme», ses auteurs étaient Jean-Robert Debbaudt (déjà évoqué dans cet article) et Georges Hupin. Dans les années septante, ce dernier dirigeait le cercle belge du Groupement de recherche et d'études pour la civilisation européenne (GRECE, à la base de la Nouvelle Droite), devint dans les années nonante le responsable de la formation des jeunes du Front national belge, cofonda Terre & Peuple-Wallonie et en 2000 le Bloc Wallon, une des nombreuses dissidences éphémères du FN.

Les cérémonies d'hommage à van Severen continuent de nos jours. Toujours avec la participation de ses disciples francophones de Terre & Peuple. Certes de façon plus confidentielle et moins radicale qu'en Flandre, les néo-nationaux-solidaristes francophones ont néanmoins permis de cultiver au sud du pays cette idéologie d'Ordre nouveau prônée avant guerre par Joris van Severen.

Alexandre Vick

© RésistanceS – web-journal de l'Observatoire belge de l'extrême droite – www.resistances.be – info@resistances.be – Article mis en ligne le 11 novembre 2009.


 



En 1931, en Flandre, le national-solidarisme voyait le jour autour de Joris van Severen. Cette idéologie d'Ordre nouveau reste de nos jours exploitée par une partie de l'extrême droite flamande et francophone.

Ce nouveau dossier de RésistanceS.be vous présente le corpus, l'histoire, le développement et les partisans du national-solidarisme, de 1931 à nos jours.


Un dossier réalisé par Alexandre VICK, Wim HAELSTERMAN (correspondant en Flandre de RésistanceS.be) et Manuel ABRAMOWICZ.


Sommaire de ce dossier :

Au cœur de l'idéologie national-solidariste de van Severen

Au source du vrai solidarisme : Léon Bourgeois

Les solidaristes flamands après 1945

Les disciples francophones de van Severen

Autonome et national-solidariste : portrait de la Nieuw-solidaristisch alternatief (N-SA)



Le symbole du Verdinaso



Pour poursuivre ce dossier
lire aussi sur RésistanceS.be :

Le national-socialisme contre le socialisme

Were Di, Vlaams Blok,même combat !

Le VMO, toujours un exemple pour le Vlaams Belang


Sources et références de notre dossier

Pour réaliser ce dossier sur l'histoire, le développement et la survivance du national-solidarisme de Joris van Severen, RésistanceS.be s'est référé aux sources suivantes :

• Divers documents internes ou publics de mouvements solidaristes ou influencés par les thèses politiques de van Severen.

• «Les mouvements solidaristes», in «L'Extrême droite en Belgique (III)» d'Etienne Verhoeyen, «Cahier Hebdomadaire» n°715-716, du 26 mars 1976, Centre de recherche et d'information socio-politiques (CRISP), Bruxelles, 36 pages.

• «L'Ordre nouveau en Flandre : le Verdinaso», texte extrait du livre «Le Vlaams Blok» (édition française) de Hugo Gijsels, éditions Luc Pire, Bruxelles, 1994.

• «Le solidarisme : Léon Bourgeois» (page 887 à 891), notice de l'ouvrage «Histoire des idées politiques» de Marcel Prélot et Georges Lescuyer, éditions Dalloz, Paris, 1990 (dixième édition), 954 pages.

• «Les rats noirs – L'extrême droite en Belgique francophone» de Manuel Abramowicz, éditions Luc Pire, 1996, Bruxelles, 239 pages.

«Dictionnaire de l'extrême droite néerlandophone», RésistanceS.be


L'extrême droite en Flandre ?

Vous souhaitez plus d'informations sur le Vlaams Belang et les organisations d'extrême droite flamandes, consultez alors nos articles en français sur notre site, mais également les sites et blog des antifascistes flamands :

Site avec des articles d'analyse et d'actualité sur l'extrême droite en général, sur celle active en Flandre en particulier: Verzet.org


Blog actualisé quasi quotidiennement de l'Antifascistische front (AFF), organisation militante active à Anvers et dans d'autres villes flamandes depuis la fin des années 1970, animé par le responsable de notre rédaction en Région flamande, Wim Haelsterman.

Blokwatch n'est plus actualisé depuis la fin de l'année 2007, mais il est toujours en ligne. Vous y retrouverez une excellente «banque d'informations détaillées» sur l'extrême droite du Nord du pays. Avec en plus de superbes visuels antifascistes. Pour tout comprendre sur l'histoire du mouvement nationaliste d'ultra droite en Flandre, consultez donc Blokwatch.


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Affiche de RésistanceS, le web-journal de l'Observatoire belge de l'extrême droite © asbl RésistanceS 2008