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Etat des lieux

Qui sera présent le 13 juin ?

 


Contrairement à plusieurs de ses colistiers d’extrême droite, Marguerite Bastien, ex-députée fédérale du Front national et fondatrice de sa dissidence Front nouveau de Belgique (FNB), ne sera pas présente le 13 juin 2004 aux élections © Photo : RésistanceS.

Des listes d’extrême droite seront partout présentes le 13 juin prochain. Du côté flamand : l’incontournable Vlaams Blok, ainsi qu’un nouveau venu, le Fervent nationaal (FN). Du côté francophone : le Front national qui garde le leadership, mais également, ici et là, des listes concurrentes : le Front nouveau de Belgique, la Ligue et le Bloc national. Où seront-ils présents exactement ? Avec combien de candidats ? Des néonazis sont-ils parmi eux ? Voici l’état des lieux de la situation.

Les rendez-vous électoraux permettent d’élaborer des estimations au sujet de l’état des “ forces ” des partis d’extrême droite. Les élections délivrent des données intéressantes sur ces derniers. Par exemple, elles permettent de savoir où sont localisés les “ bastions ” de ces partis, le nombre total de candidats qu’ils sont capables d’aligner sur leurs listes et des informations sociologiques sur leurs candidats (tranches d’âge, professions, communes,…).

Constat général
Du côté néerlandophone, c’est le Vlaams Blok qui s’impose comme étant “ le ” parti d’extrême droite présent partout en Région flamande et dans la Région de Bruxelles-capitale. Ses listes sont généralement complètes. Pour l’extrême droite francophone, la donne est fort différente.

En Wallonie, plusieurs partis ont déposé des listes : le Front national (FN), le Front nouveau de Belgique (FNB), la Ligue (dans la circonscription de Charleroi uniquement) et le Bloc national (BN, dans celle de Liège). Dans la Région de Bruxelles-capitale, le FN et le FNB (avec le Vlaams Blok) se disputeront les suffrages de l’électorat tenté par le vote protestataire d’extrême droite.

Voici les sept enseignements que nous pouvons tirer de la lecture des listes d’extrême droite francophone déposées :

  1. Il y a très peu de listes complètes. Certaines de celles-ci ne sont même parfois constituées que de trois candidats : celles du FN dans les circonscriptions d’Arlon–Marche-en-Famenne–Bastogne et de Thuin. Dans la circonscription de Charleroi, le FNB n’a été capable de déposer une liste qu’avec quatre candidats.
  2. Cependant, le total des candidats de partis francophones d’ultra-droite est en augmentation par rapport aux élections législatives de 2003. Il y a un an, 127 candidats d’extrême droite avaient été comptabilisés en Région wallonne et dans la circonscription de Bruxelles-Halle-Vilvorde. Pour le 13 juin prochain, 192 candidats d’extrême droite sont présents (dont 143 pour le FN).
  3. Les candidats suppléants sont, dans la grande majorité des cas, les mêmes que ceux figurant dans la liste des candidats effectifs.
  4. Beaucoup de candidats restent des personnes âgées.
  5. Nous trouvons souvent des candidats issus de la même famille.
  6. Dans la Région de Bruxelles-capitale, une bonne partie de candidats du FN sont domiciliés dans des communes connues comme étant des fiefs historiques de l’extrême droite bruxelloise (Anderlecht et Molenbeek).
  7. Le FN garde le leadership sur l’extrême droite francophone. Il a déposé des listes dans toutes les circonscriptions francophones du pays (sauf dans celle d’Eupen). Dans la Région de Bruxelles-capitale, sa liste de candidats comporte un nombre de noms bien supérieur (73) à celle du Vlaams Blok (seulement 17). L’ancrage “ populaire ” du FN dans la capitale semble être plus important que celui du VB, qui bénéficie pourtant de plus de moyens (financiers et humains).

 

TABLEAU 1
Listes francophones d'extrême droite
Elections régionales du 13 juin 2004

Circonscription électorale Nom de la liste
Nombre de candidats effectifs
Arlon-Marche-en-Famenne-Bastogne FN
3
Bruxelles-Capitale

FN

FNB

73

11

Nivelles FN
8
Charleroi

FN

La Ligue

9

9

Dinant FN
4
Eupen -
-
Huy-Waremme FN
4
Liège

FN

BN

12

13

Mons

FN

FNB

6

6

Namur

FN

FNB

4

5

Soignie FN
4
Thuin FN
3
Tournai-Ath-Mouscron

FN

FNB

7

5

Verviers FN
6
TOTAL DES CANDIDATS  
192

Tableau © RésistanceS - mai 2004

 

Vlaams Blok (VB)
Comme à l’accoutumée, le Vlaams Blok est partout présent en Région flamande. Ses listes sont complètes et parfaitement bien équilibrées en fonction des différentes tendances qui le constituent. D’année en année, sous l’effet de la démographie naturelle, la “ vieille garde ” du parti (celle qui le fonda en 1978) disparaît petit à petit. La “ jeune génération ” (apparue au milieu des années quatre-vingt) est de ce fait là de plus en plus visible. Le VB tente également d’écarter ses “ brebis galeuses ” . Les militants impliqués dans des “ dossiers chauds ” n’apparaissent plus sur ses listes.


Bert Eriksson, dirigeant du mouvement néonazi flamand, lors d’une manifestation avec ses “ compagnons de route ” du Vlaams Blok (document photographique : RésistanceS).

Dans la circonscription d’Anvers, les principaux dirigeants du Blok se sont rassemblés : Filip Dewinter (tête de liste), Marijke Dillen (deuxième de liste), Robrecht Verreycken (sixième), Gerolf Annemans (dix-septième) et Alexandra Colen (dernière suppléante). Le président du VB, Frank Van Hecke, mène la liste dans la circonscription de Flandre occidentale. Johan Demol, celle déposée dans la Région de Bruxelles-capitale.

A l’occasion de ces élections, ce parti nationaliste flamingant aura un petit concurrent, le Fervent nationaal (voir plus bas), dans les circonscriptions d’Anvers et du Brabant flamand. Mais ces élections régionales ont surtout donné lieu à la première crise interne importante au sein du Blok. Contrairement à l’extrême droite francophone, le parti de Frank Van Hecke et de Filip Dewinter a toujours réussi à mettre une chape de plomb sur les dissensions internes. Cela n’a néanmoins pas empêché l’organisation structurée d’une révolte interne au sein de sa section bruxelloise présidée par Johan Demol. Résultat : la plupart de ses militants et cadres francophones l’ont quittée avec armes et bagages. Plusieurs de ceux-ci sont sur la liste régionale bruxelloise du Front national. Cet épisode est un camouflet important pour le Vlaams Blok. A l’heure actuelle, sa base militante bruxelloise a totalement implosé, comme le signalait encore il y a quelques jours “ le Journal du Mardi ”. Pire, la zizanie qui a atomisé sa section bruxelloise pourrait, le 13 juin prochain, limiter (voir compromettre) le succès électoral du VB annoncé depuis si longtemps. Ainsi, la Région de Bruxelles-capitale éviterait le blocage de ses institutions. Si cela devait être le cas, il est sûr que des règlements de compte et des purges auraient lieu ensuite au sein de l’appareil dirigeant du parti néofasciste.

Fervent nationaal (FN)
Présent pour la première fois aux élections (dans les circonscriptions d’Anvers et du Brabant flamand), le Fervent nationaal est officiellement la branche flamande du Front national de Daniel Féret. Apparu il y a à peine quelques mois, le FN flamand est constitué de membres du Liberaal appel (LA), une petit formation politique mise sur pied par des dissidents du parti libéral flamand (VLD). Lors des élections législatives de 2003, le Liberaal appel déposa des listes électorales. Ses résultats furent très faibles : 1,3 % dans la circonscription d’Anvers (le VB y récoltera 24 %), 0,6 % dans celle de Flandre orientale... Sa liste déposée pour le Sénat rassembla seulement 0,7 % des suffrages du collège électoral flamand. Ridiculisé par son échec, l’avenir politique du Liberaal appel fut directement remis en cause après les élections de 2003. Une poignée de ces libéraux ultra-conservateurs décidèrent alors de rejoindre le Front national en créant le Fervent nationaal.



Logo nationaliste belge pour le Front national flamand.

Concurrent du Vlaams Blok, parce qu’il est identifié à juste titre à l’extrême droite, ce FN flamand (qui se revendique de la Belgique unitaire) ne risque cependant pas de “ voler ” beaucoup de voix blokkers. Dans le passé, les adversaires d’extrême droite du VB ont tous échoué dans leur tentative de capter une partie de l’électorat du Blok, des déçus des libéraux et des sociaux-chrétiens.

Quant au total des candidats du Fervent national, il est très bas. A Anvers, il propose une liste composée de six noms seulement, et dans le Brabant flamand une liste de neuf candidats.

Front national (FN)


Daniel Féret, “ président à vie ” du FN, lors d’un meeting, à Mons, en 1990 (document photographique : RésistanceS).

Cela fait déjà dix-neuf ans que le FN de Daniel Féret se porte candidat aux élections. En 1988, il gagne son premier conseiller communal à Molenbeek. En 1989, deux députés régionaux dans la jeune Région de Bruxelles-capitale. En 1991, son premier représentant fédéral. Lors des communales de 1994, une “ vague frontiste ” emporte 72 postes de conseillers communaux à Bruxelles et en Wallonie. En 1995, il renforce sa représentativité au régional et au fédéral. Mais en 1999, il subit aux législatives et aux régionales un important “ Waterloo électoral ” qui se confirmera aux Européennes et aux Communales de 2000. Cependant, en 2003, le FN va se relever de ses cuisants échecs. Pour le 13 juin prochain, tous les pronostics paraissent favorables au Front national, qui reste une formation “fantomatique ”, mais capable néanmoins de déposer partout des listes électorales (à l’exception de la circonscription d’Eupen). Dans sept circonscriptions, le FN est la seule liste d’extrême droite déposée. Ailleurs, il aura des listes concurrentes, essentiellement du FNB. Aux élections législatives de 2003, le FN se présentait seul dans la circonscription de Liège. Cette année, un nouveau venu lui fera concurrence, le Bloc national (voir plus bas). A Charleroi, outre le FN, il y aura aussi le FNB et la Ligue (voir également ci-dessus). De tous ces formations, c’est le FN qui propose le plus de candidats.

Sa liste pour le Parlement de la Région de Bruxelles-capitale est quasi complète avec 73 candidats. Après Bruxelles, c’est dans la circonscription liégeoise que le FN allonge une liste plus longue qu’ailleurs, avec 12 noms. Mais à Charleroi, son fief électoral, le FN propose seulement 9 candidats. Ailleurs, les “ listes frontistes ” sont également bien maigrichonnes (revoir ci-dessus notre Tableau 1). Au total, cependant, le FN arrive à proposer 143 candidats. Il faut cependant relativiser ce chiffre. Effectivement, cela ne veut toutefois pas signifier que le FN est fort de près de 150 militants. La plupart de ses candidats sont des sympathisants et y font de la figuration, le temps des élections.

On trouve sur ses listes quelques vétérans du “ frontisme ”. La plupart d’entre eux sont des “ lieutenants ” de Daniel Féret. Comme le pharmacien Alain Michot (sixième place sur la liste pour le Parlement bruxellois). En 1989, celui-ci fut déjà élu conseiller régional bruxellois. Cette fois-ci, il n’a aucune chance de revenir sur les bancs de l’assemblée parlementaire. Sur la même liste, figure un pseudo curé, Christian Haudegand (à la neuvième place). Ce militant intégriste est un ancien du Parti libéral chrétien (PLC) et un partisan fidèle de Féret, depuis la fin des années quatre-vingt. Il est connu comme propriétaire de deux chapelles situées dans le métro bruxellois (aux stations Madou et Rogier). Le baron Emmanuel Licari, le “ chef ” des Jeunes du FN, figure à la onzième place de la liste bruxelloise.

Comme d’habitude, sur les différentes listes du FN, des purs et durs de l’extrême droite sont encore inscrits : Patrick Sessler, Yvettes Mayné, Patrick Cocriamont, Ludger Piret, Marc Levaux,... Certains proviennent en droite ligne de la direction du Parti des forces nouvelles (PFN), groupuscule néonazi des années quatre-vingt. Parmi eux, une poignée sont passés, au milieu des années nonante, au Vlaams Blok. On retrouve aussi des adeptes de l’ex-Ligue chrétienne belge (LCB), intégriste et antisémite. La tête de liste du FN pour la circonscription de Tournai-Ath-Mouscron est le dénommé Grégory Bourguignon, membre de la direction du mouvement néofasciste Nation jusqu’il y a peu de temps encore. Des candidats proviennent encore d’autres formations d’extrême droite, du Front nouveau de Belgique, de REF (un groupuscule ayant pour modèle le parti REX de Léon Degrelle) et de feu le Bloc wallon (BW).

Dans la circonscription de Charleroi, la liste FN est conduite pour sa part par un “ gros ” transfuge venant du PRL, Charles Petitjean. Il a rejoint le parti de Daniel Féret après sa tentative avortée de lancer un nouveau parti libéral de droite, Défi libéral (DL). Lors des législatives de l’année dernière, la seule liste de DL (dans le Hainaut) n’avait réussi à gagner que 0,1 % des suffrages. Le FN avait lui glané 7,2 %. Le passage de Charles Petitjean au FN est certainement de nature opportuniste. Il pourrait en effet, grâce à la “ popularité ” du FN dans la région de Charleroi, être envoyé le 13 juin prochain au Parlement wallon.

Outre, Charles Petitjean, d’autres frontistes pourrait être élus députés régionaux, si les derniers sondages créditant le FN de bons scores se confirment aux élections. Dans la circonscription de Tournai-Ath-Mouscron, notamment, et pourquoi pas dans la Région de Bruxelles-capitale, à la condition que les électeurs francophones du Vlaams Blok changent de camp (ce qui est possible depuis la crise interne qui vient de secouer le VB bruxellois et le départ massif de ses adhérents francophones).

Dans le cas où le FN gagnerait un siège au parlement bruxellois, c’est Daniel Féret (tête de liste) qui deviendrait théoriquement son député. Mais celui-ci est déjà député fédéral et mène la liste FN aux élections européennes. A choisir, Féret garderait son mandat actuel, à moins que son élection au Parlement européen ne le fasse démissionner du parlement fédéral et se désister de son nouveau mandat gagné dans la Région de Bruxelles-capitale pour pouvoir y siéger. C’est donc son suppléant, Patrick Cocriamont, qui deviendrait député régional à sa place (voir ci-dessous, l’encadré qui lui est consacré).


Un néonazi frontiste désigné député ?  

 


Plusieurs membres du FN proviennent de ce groupuscule néonazi (document : RésistanceS).

Dans la Région de Bruxelles-capitale, le FN pourrait faire élire sa tête de liste, Daniel Féret. Dans ce cas, ce dernier cédera certainement sa place à son premier suppléant, Patrick Cocriamont. Autre hypothèse : Daniel Féret, élu député européen le 13 juin prochain, démissionne de son poste d’élu de la Nation et cède sa place à son premier suppléant : encore Patrick Cocriamont. Qui deviendrait alors député fédéral. Qui est donc ce possible futur député régional bruxellois ou fédéral FN ?

Dans sa tendre jeunesse, Patrick Cocriamont débute sa carrière militante au sein des Jeunesses belges (JBJ), une structure nationaliste et royaliste active, dans les années septante, sous la direction de la mouvance politique de l’ancien ministre de la Défense Paul Vanden Boeynants (PSC). Cocriamont passe ensuite au Front de la jeunesse (FJ), un groupe parrainé par le CEPIC, l’aile droite du PSC. Le FJ va de plus en plus se “ nazifier ”. Et tenter l’aventure électorale – sans succès - sous divers noms : Forces nouvelles – nieuwe krachten (FNK), FORCES et Parti des forces nouvelles (PFN). Le FJ devenu PFN sera connu pour ses campagnes de propagande visant à réhabiliter la mémoire politique du nazi belge Léon Degrelle et la diffusion des thèses négationnistes afin de blanchir la dictature hitlérienne de ses crimes contre l’Humanité. En 1991, Patrick Cocriamont va saborder le PFN et passer au Front national. Depuis lors, il est l’un des plus fidèles “ lieutenants ” de Daniel Féret. Il est même devenu un pilier quasi historique du FN. Cela fait maintenant plus de treize années qu’il “ milite ” dans ses rangs. Comme hier le PFN, le FN est désormais sa seule famille. Il ne jure que par lui. En décembre 2003, sur un site néonazi français, il prédisait dans un message électronique que : “ la progression du FN est irrésistible ; le déclin des groupuscules “ Nation, FNB, etc. ” inexorable ”. En décembre 1994, il fondait le Comité pour la liberté d’expression dans le but de venir en aide en général à “ tous les militants nationalistes victimes de procès politiques ”, et en particulier à Michel Delacroix, actuel sénateur et dirigeant de la tendance radicale du FN, alors emprisonné dans le cadre d’une enquête sur un trafic d’armes.

Elu conseiller communal, en 1994, à Anderlecht, il se fit remarquer lors de sa prestation de serment en faisant le salut nazi. Aura-t-il l’occasion de le faire au Parlement bruxellois dans les semaines qui viennent ?

M.AZ

Front nouveau de Belgique (FNB)
A sa création en 1996, le FNB, présidé par Marguerite Bastien, a été l’espoir de beaucoup de nationaliste adeptes du “ TSF ” (Tout Sauf Féret). La plupart des anti-Daniel Féret l’ont en effet très vite rejoint. Mais très vite, ce nouveau “ front ” a été atteint des mêmes symptômes que ceux ravageant le FN depuis sa fondation : opportunisme, clientélisme interne, autoritarisme de sa présidence, manque de transparence, ralentissement de son développement structurel, etc. Depuis le départ de ses principaux bailleurs de fond, de ses “ cadres dirigeants ” et la démission de Bastien, en 2001, le FNB n’est plus que l’ombre de lui-même. Maintenu artificiellement en vie par son président, Xavier-François Robert, il ne bénéficie que du soutien relatif d’une petite escouade de militants nationalistes, pour la plupart singularisés par leur âge avancé. Mais contrairement au FN, le FNB arrive à animer et à diffuser un mensuel et un site Internet, régulièrement réactualisé.

Pour le 13 juin prochain, le FNB, également présent aux Européennes, n’a réussi à trouver que 31 personnes pour figurer sur ses listes régionales déposées dans cinq circonscriptions francophones sur quatorze. Nul part, le FNB n’est présent seul. Il n’a aucune chance d’obtenir un député régional. Et encore moins un eurodéputé. L’échec électoral sera une fois de plus au rendez-vous de cette dissidence du FN.

Bloc national (BN)
Ce “ bloc ” est un peu la surprise des élections régionales. Effectivement, il ne s’est fait connaître qu’il y a quelques jours, juste avant le dépôt officiel des listes électorales, le 15 mai dernier. Le Bloc national a décidé de concentrer son énergie uniquement dans la circonscription liégeoise avec la présentation d’une liste ne regroupant que 13 candidats.

Il ne se revendique pas à proprement parler de l’extrême droite. En guise de preuve, sur son site Internet, il annonce qu’il a été fondé par plusieurs anciens électeurs de “ partis traditionnels ”. Avec “ ces gens-là ”, le mensonge n’est jamais très loin. Il faut en effet savoir que sa tête de liste, Juan Lemmens, et son dernier de liste, Joseph Franz, proviennent tous deux en droite ligne de l’extrême droite la plus traditionnelle.

Il y a quelques semaines encore, Joseph Franz “ travaillait ” pour le FN (qu’il fréquente depuis de très nombreuses années). C’est lui qui s’est notamment chargé de récolter les signatures nécessaires pour pouvoir déposer la liste FN dans la circonscription électorale de Liège. Mais après un conflit avec Daniel Féret (qui lui refusa la première place), Franz a claqué, une nouvelle fois, la porte du FN. Une action en justice a même été déposée contre lui par ce dernier afin de récupérer les listes des citoyens parrainant la liste frontiste. Autrefois, Joseph Franz est passé par le Front de la jeunesse (organisation néofasciste) et les NEM-Clubs (rassemblant les militants du journal antisémite “ Nouvel Europe magazine ”). Il a aussi appartenu au “ comité directeur ” du “ front wallon ” AGIR.

Juan Lemmens est également une “ vielle connaissance ” de l’extrême droite et de la droite nationale-libérale. Il provient de feue l’UDRT, l’historique formation poujadiste belge. En 1995, il est élu député régional bruxellois sur la liste du Front national. Membre de la “ coalition des anti-Féret ”, il s’allie ensuite avec Marguerite Bastien et passe dans les rangs de son Front nouveau de Belgique, avec Roger Nols (l’ex-bourgmestre libéral et raciste de Schaerbeek). Lors des précédentes élections, Juan Lemmens, avec un autre député régional d’extrême droite sortant, va proposer aux suffrages la liste Bloc-W (pour Bloc wallon). Le succès n’est pas au rendez-vous. Le Bloc-W se transforme pour un temps en Bloc nationaliste francophone. Cependant, depuis 2000, Juan Lemmens n’a plus fait parler de lui. Avec le Bloc national, il semble maintenant vouloir se relancer en politique. Même s’il n’a aucune chance de se faire élire le 13 juin.

Le BN pourrait se présenter aux élections communales de 2006. Mais pour cela, il faudrait qu’il ne disparaisse après les régionales qui auront lieu dans quelques jours.

La Ligue
Cette énième dissidence du Front national est apparue, en 2003, à Charleroi. Totalement groupusculaire et quasi uniquement développée à Jumet, cette ligue se revendique du “ lepénisme ”. Elle se caractérise par son amateurisme et son côté folklorique. Sa liste déposée dans la circonscription de Charleroi n’est composée que de 9 candidats, dont 6 allocataires sociaux. Ne représentant en rien une menace directe pour le FN, le 13 juin, elle ne pourra séduire que quelques voix.

Conclusions
L’état des lieux qui vient d’être fait permet de tirer plusieurs conclusions.

  1. Du côté néerlandophone, le monopole de la représentativité de l’extrême droite reste aux mains du Vlaams Blok. Certes, celui-ci doit faire face à Anvers et dans le Brabant flamand à un petit concurrent, le Fervent nationaal, la branche flamande du FN de Daniel Féret.
  2. Pour la première fois de son histoire, le VB a été secoué par une crise interne, apparue au sein de sa section bruxelloise, qui laissera des traces après les élections du 13 juin.
  3. Cette crise pourrait même limiter ou faire diminuer le score que les sondages lui accordent dans la Région de Bruxelles-capitale.
  4. Du côté francophone, la division est toujours au rendez-vous. Mais de manière moins étendue qu’aux élections régionales de 1999. Le FN devait alors faire face à près de douze listes adversaires. Elles sont aujourd’hui au nombre de trois.
  5. Même groupusculaire, le FN reste la formation qui incarne le mieux l’extrême droite politique.
  6. Il serait le seul capable de faire élire des députés régionaux (éventuellement dans les circonscriptions de Tournai-Ath-Mouscron, Charleroi et Bruxelles-Capitale).
  7. En cas d’élections de Daniel Féret au Parlement bruxellois ou/et au Parlement européen (il est simultanément la tête de liste bruxelloise et européenne), celui-ci pourrait céder sa place à Patrick Cocriamont, un ancien de la direction du PFN, un groupuscule néonazi.
  8. Il se pourrait qu’en cas de nouveau succès électoral, le FN se restructure autour de sa “ tendance radicale ”, conduite par son sénateur Michel Delacroix. Dans ce cas, un véritable parti politique d’extrême droite verrait alors le jour.

Manuel ABRAMOWICZ

© Résistances – www.resistances.be – Bruxelles – Belgique – 28 mai 2004

 

Analyse des résultats du scrutin du 13 juin 2004 NOUVEAU

L’extrême droite : stop ou encore ? (15 juin 2004)

Le « vote protestataire » d’extrême gauche également en hausse (15 juin 2004)

Voir aussi: J'aimerais qu'on m'explique, la nouvelle chronique de Nadia Geerts

Sommaire du dossier Elections 2004

Introduction de ce dossier

Les précédents résultats (1999)

Qui sera présent le 13 juin ?

Les absents du 13 juin

Un néonazi du FN désigné député?

Républicain, le Vlaams Blok?

Bruxelles : le double discours du Vlaams Blok

Elections : rendez-vous pour les règlements de compte
(Bloc National – Front national)

La liste bruxelloise FIRE est un sous-marin du Vlaams Blok

Vlaams Blok = Blocage (06/06/04)

Forum. Démocratie en danger : quelle réponse des partis « traditionnels » ?

Bruits de campagne - 24/05/04

Une nouvelle campagne contre l'extrême droite

Ce dossier a été coordonné par
Manuel ABRAMOWICZ

Mis en ligne le 1 juin 2004.


Quartier général du Front national, à Molenbeek en 1988 © Photo Manuel Abramowicz.


© RésistanceS – www.resistances.be - Bruxelles