| Etat des lieux Qui sera présent le 13 juin ?
Des listes d’extrême droite seront partout présentes le 13 juin prochain. Du côté flamand : l’incontournable Vlaams Blok, ainsi qu’un nouveau venu, le Fervent nationaal (FN). Du côté francophone : le Front national qui garde le leadership, mais également, ici et là, des listes concurrentes : le Front nouveau de Belgique, la Ligue et le Bloc national. Où seront-ils présents exactement ? Avec combien de candidats ? Des néonazis sont-ils parmi eux ? Voici l’état des lieux de la situation. Les rendez-vous électoraux permettent d’élaborer des estimations au sujet de l’état des “ forces ” des partis d’extrême droite. Les élections délivrent des données intéressantes sur ces derniers. Par exemple, elles permettent de savoir où sont localisés les “ bastions ” de ces partis, le nombre total de candidats qu’ils sont capables d’aligner sur leurs listes et des informations sociologiques sur leurs candidats (tranches d’âge, professions, communes,…). Constat général En Wallonie, plusieurs partis ont déposé des listes : le Front national (FN), le Front nouveau de Belgique (FNB), la Ligue (dans la circonscription de Charleroi uniquement) et le Bloc national (BN, dans celle de Liège). Dans la Région de Bruxelles-capitale, le FN et le FNB (avec le Vlaams Blok) se disputeront les suffrages de l’électorat tenté par le vote protestataire d’extrême droite. Voici les sept enseignements que nous pouvons tirer de la lecture des listes d’extrême droite francophone déposées :
TABLEAU 1
Tableau © RésistanceS - mai 2004
Vlaams Blok (VB)
Dans la circonscription d’Anvers, les principaux dirigeants du Blok se sont rassemblés : Filip Dewinter (tête de liste), Marijke Dillen (deuxième de liste), Robrecht Verreycken (sixième), Gerolf Annemans (dix-septième) et Alexandra Colen (dernière suppléante). Le président du VB, Frank Van Hecke, mène la liste dans la circonscription de Flandre occidentale. Johan Demol, celle déposée dans la Région de Bruxelles-capitale. A l’occasion de ces élections, ce parti nationaliste flamingant aura un petit concurrent, le Fervent nationaal (voir plus bas), dans les circonscriptions d’Anvers et du Brabant flamand. Mais ces élections régionales ont surtout donné lieu à la première crise interne importante au sein du Blok. Contrairement à l’extrême droite francophone, le parti de Frank Van Hecke et de Filip Dewinter a toujours réussi à mettre une chape de plomb sur les dissensions internes. Cela n’a néanmoins pas empêché l’organisation structurée d’une révolte interne au sein de sa section bruxelloise présidée par Johan Demol. Résultat : la plupart de ses militants et cadres francophones l’ont quittée avec armes et bagages. Plusieurs de ceux-ci sont sur la liste régionale bruxelloise du Front national. Cet épisode est un camouflet important pour le Vlaams Blok. A l’heure actuelle, sa base militante bruxelloise a totalement implosé, comme le signalait encore il y a quelques jours “ le Journal du Mardi ”. Pire, la zizanie qui a atomisé sa section bruxelloise pourrait, le 13 juin prochain, limiter (voir compromettre) le succès électoral du VB annoncé depuis si longtemps. Ainsi, la Région de Bruxelles-capitale éviterait le blocage de ses institutions. Si cela devait être le cas, il est sûr que des règlements de compte et des purges auraient lieu ensuite au sein de l’appareil dirigeant du parti néofasciste. Fervent nationaal (FN)
Concurrent du Vlaams Blok, parce qu’il est identifié à juste titre à l’extrême droite, ce FN flamand (qui se revendique de la Belgique unitaire) ne risque cependant pas de “ voler ” beaucoup de voix blokkers. Dans le passé, les adversaires d’extrême droite du VB ont tous échoué dans leur tentative de capter une partie de l’électorat du Blok, des déçus des libéraux et des sociaux-chrétiens. Quant au total des candidats du Fervent national, il est très bas. A Anvers, il propose une liste composée de six noms seulement, et dans le Brabant flamand une liste de neuf candidats. Front national (FN)
Cela fait déjà dix-neuf ans que le FN de Daniel Féret se porte candidat aux élections. En 1988, il gagne son premier conseiller communal à Molenbeek. En 1989, deux députés régionaux dans la jeune Région de Bruxelles-capitale. En 1991, son premier représentant fédéral. Lors des communales de 1994, une “ vague frontiste ” emporte 72 postes de conseillers communaux à Bruxelles et en Wallonie. En 1995, il renforce sa représentativité au régional et au fédéral. Mais en 1999, il subit aux législatives et aux régionales un important “ Waterloo électoral ” qui se confirmera aux Européennes et aux Communales de 2000. Cependant, en 2003, le FN va se relever de ses cuisants échecs. Pour le 13 juin prochain, tous les pronostics paraissent favorables au Front national, qui reste une formation “fantomatique ”, mais capable néanmoins de déposer partout des listes électorales (à l’exception de la circonscription d’Eupen). Dans sept circonscriptions, le FN est la seule liste d’extrême droite déposée. Ailleurs, il aura des listes concurrentes, essentiellement du FNB. Aux élections législatives de 2003, le FN se présentait seul dans la circonscription de Liège. Cette année, un nouveau venu lui fera concurrence, le Bloc national (voir plus bas). A Charleroi, outre le FN, il y aura aussi le FNB et la Ligue (voir également ci-dessus). De tous ces formations, c’est le FN qui propose le plus de candidats. Sa liste pour le Parlement de la Région de Bruxelles-capitale est quasi complète avec 73 candidats. Après Bruxelles, c’est dans la circonscription liégeoise que le FN allonge une liste plus longue qu’ailleurs, avec 12 noms. Mais à Charleroi, son fief électoral, le FN propose seulement 9 candidats. Ailleurs, les “ listes frontistes ” sont également bien maigrichonnes (revoir ci-dessus notre Tableau 1). Au total, cependant, le FN arrive à proposer 143 candidats. Il faut cependant relativiser ce chiffre. Effectivement, cela ne veut toutefois pas signifier que le FN est fort de près de 150 militants. La plupart de ses candidats sont des sympathisants et y font de la figuration, le temps des élections. On trouve sur ses listes quelques vétérans du “ frontisme ”. La plupart d’entre eux sont des “ lieutenants ” de Daniel Féret. Comme le pharmacien Alain Michot (sixième place sur la liste pour le Parlement bruxellois). En 1989, celui-ci fut déjà élu conseiller régional bruxellois. Cette fois-ci, il n’a aucune chance de revenir sur les bancs de l’assemblée parlementaire. Sur la même liste, figure un pseudo curé, Christian Haudegand (à la neuvième place). Ce militant intégriste est un ancien du Parti libéral chrétien (PLC) et un partisan fidèle de Féret, depuis la fin des années quatre-vingt. Il est connu comme propriétaire de deux chapelles situées dans le métro bruxellois (aux stations Madou et Rogier). Le baron Emmanuel Licari, le “ chef ” des Jeunes du FN, figure à la onzième place de la liste bruxelloise. Comme d’habitude, sur les différentes listes du FN, des purs et durs de l’extrême droite sont encore inscrits : Patrick Sessler, Yvettes Mayné, Patrick Cocriamont, Ludger Piret, Marc Levaux,... Certains proviennent en droite ligne de la direction du Parti des forces nouvelles (PFN), groupuscule néonazi des années quatre-vingt. Parmi eux, une poignée sont passés, au milieu des années nonante, au Vlaams Blok. On retrouve aussi des adeptes de l’ex-Ligue chrétienne belge (LCB), intégriste et antisémite. La tête de liste du FN pour la circonscription de Tournai-Ath-Mouscron est le dénommé Grégory Bourguignon, membre de la direction du mouvement néofasciste Nation jusqu’il y a peu de temps encore. Des candidats proviennent encore d’autres formations d’extrême droite, du Front nouveau de Belgique, de REF (un groupuscule ayant pour modèle le parti REX de Léon Degrelle) et de feu le Bloc wallon (BW). Dans la circonscription de Charleroi, la liste FN est conduite pour sa part par un “ gros ” transfuge venant du PRL, Charles Petitjean. Il a rejoint le parti de Daniel Féret après sa tentative avortée de lancer un nouveau parti libéral de droite, Défi libéral (DL). Lors des législatives de l’année dernière, la seule liste de DL (dans le Hainaut) n’avait réussi à gagner que 0,1 % des suffrages. Le FN avait lui glané 7,2 %. Le passage de Charles Petitjean au FN est certainement de nature opportuniste. Il pourrait en effet, grâce à la “ popularité ” du FN dans la région de Charleroi, être envoyé le 13 juin prochain au Parlement wallon. Outre, Charles Petitjean, d’autres frontistes pourrait être élus députés régionaux, si les derniers sondages créditant le FN de bons scores se confirment aux élections. Dans la circonscription de Tournai-Ath-Mouscron, notamment, et pourquoi pas dans la Région de Bruxelles-capitale, à la condition que les électeurs francophones du Vlaams Blok changent de camp (ce qui est possible depuis la crise interne qui vient de secouer le VB bruxellois et le départ massif de ses adhérents francophones). Dans le cas où le FN gagnerait un siège au parlement bruxellois, c’est Daniel Féret (tête de liste) qui deviendrait théoriquement son député. Mais celui-ci est déjà député fédéral et mène la liste FN aux élections européennes. A choisir, Féret garderait son mandat actuel, à moins que son élection au Parlement européen ne le fasse démissionner du parlement fédéral et se désister de son nouveau mandat gagné dans la Région de Bruxelles-capitale pour pouvoir y siéger. C’est donc son suppléant, Patrick Cocriamont, qui deviendrait député régional à sa place (voir ci-dessous, l’encadré qui lui est consacré).
Front nouveau de Belgique (FNB) Pour le 13 juin prochain, le FNB, également présent aux Européennes, n’a réussi à trouver que 31 personnes pour figurer sur ses listes régionales déposées dans cinq circonscriptions francophones sur quatorze. Nul part, le FNB n’est présent seul. Il n’a aucune chance d’obtenir un député régional. Et encore moins un eurodéputé. L’échec électoral sera une fois de plus au rendez-vous de cette dissidence du FN. Bloc national (BN) Il ne se revendique pas à proprement parler de l’extrême droite. En guise de preuve, sur son site Internet, il annonce qu’il a été fondé par plusieurs anciens électeurs de “ partis traditionnels ”. Avec “ ces gens-là ”, le mensonge n’est jamais très loin. Il faut en effet savoir que sa tête de liste, Juan Lemmens, et son dernier de liste, Joseph Franz, proviennent tous deux en droite ligne de l’extrême droite la plus traditionnelle. Il y a quelques semaines encore, Joseph Franz “ travaillait ” pour le FN (qu’il fréquente depuis de très nombreuses années). C’est lui qui s’est notamment chargé de récolter les signatures nécessaires pour pouvoir déposer la liste FN dans la circonscription électorale de Liège. Mais après un conflit avec Daniel Féret (qui lui refusa la première place), Franz a claqué, une nouvelle fois, la porte du FN. Une action en justice a même été déposée contre lui par ce dernier afin de récupérer les listes des citoyens parrainant la liste frontiste. Autrefois, Joseph Franz est passé par le Front de la jeunesse (organisation néofasciste) et les NEM-Clubs (rassemblant les militants du journal antisémite “ Nouvel Europe magazine ”). Il a aussi appartenu au “ comité directeur ” du “ front wallon ” AGIR. Juan Lemmens est également une “ vielle connaissance ” de l’extrême droite et de la droite nationale-libérale. Il provient de feue l’UDRT, l’historique formation poujadiste belge. En 1995, il est élu député régional bruxellois sur la liste du Front national. Membre de la “ coalition des anti-Féret ”, il s’allie ensuite avec Marguerite Bastien et passe dans les rangs de son Front nouveau de Belgique, avec Roger Nols (l’ex-bourgmestre libéral et raciste de Schaerbeek). Lors des précédentes élections, Juan Lemmens, avec un autre député régional d’extrême droite sortant, va proposer aux suffrages la liste Bloc-W (pour Bloc wallon). Le succès n’est pas au rendez-vous. Le Bloc-W se transforme pour un temps en Bloc nationaliste francophone. Cependant, depuis 2000, Juan Lemmens n’a plus fait parler de lui. Avec le Bloc national, il semble maintenant vouloir se relancer en politique. Même s’il n’a aucune chance de se faire élire le 13 juin. Le BN pourrait se présenter aux élections communales de 2006. Mais pour cela, il faudrait qu’il ne disparaisse après les régionales qui auront lieu dans quelques jours. La Ligue Conclusions
Manuel ABRAMOWICZ © Résistances – www.resistances.be – Bruxelles – Belgique – 28 mai 2004
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Analyse des résultats du scrutin du 13 juin 2004 NOUVEAU
Sommaire du dossier Elections 2004
Ce dossier a été
coordonné par Mis en ligne le 1 juin 2004.
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