| Elections
régionales du 13 juin 2004
L’extrême droite
:
stop ou encore ?

Daniel
Féret, en 1989, au cours d’un meeting bruxellois du Front
national © Photo : Manuel Abramowicz – RésistanceS.
Après le Parti socialiste
(43 % des voix), Le Front national (17 % des voix) est désormais
le deuxième parti à Charleroi et le cinquième
dans la Région wallonne (avec 8 % des voix). Le 13 juin dernier,
à l’occasion des élections régionales bruxelloises
et wallonnes, le FN a confirmé et ancré sa présence
dans le paysage politique de notre pays. Son succès annonce-t-il
la fin de l’« ère Féret » et la mise
en place d’un véritable parti d’extrême droite,
20 ans après la création du FN ? Les bons résultats
électoraux sont en effet favorables à sa tendance pure
et dure, qui ne rêve que d’une chose : bouter Daniel Féret
hors du Front.
Lors des précédentes élections
régionales (en 1999), le Front national (FN), présidé
depuis sa création en 1985 par Daniel Féret, avait connu
un reflux important de son électorat. Le FN subit alors son
premier « Waterloo électoral ». Cette défaite
de l’extrême droite devant l’électeur donna
lieu à la création de nouveaux « clones frontistes
» adaptés à une « ligne politique »
différentiée de celle de Féret : le mouvement
Nation d’Hervé Van Laethem et le Bloc Wallon de Georges
Hupin, Hubert Defourny et Willy Fréson. Aujourd’hui,
le premier s’est transformé en petit groupe d’action
nationaliste, comme le fut le groupe néonazi l’Assaut,
fondé par le même Van Laethem, et le second a totalement
disparu de la circulation, après son échec électoral
aux communales d’octobre 2000.
Malgré une absence totale sur
le terrain et un appareil militant fantomatique, le Front national
avait réussi l’année dernière, à
l’occasion des élections législatives, à
se remettre sur ses pattes, notamment en faisant élire un député
fédéral (Daniel Féret), un sénateur élu
directement et un autre représentant coopté au Sénat.
La remontée électorale du FN en 2003 annonçait
celle du 13 juin dernier. Comme « RésistanceS »
l’avait prédit (relire l’article introductif de
notre dossier Elections 2004 : « Des
élections décisives »).
Une percée « frontiste » partout en Wallonie
Les résultats du
FN du 13 juin dernier se rapprochent, avec des différences
dans certaines circonscriptions cependant, des résultats obtenus
par celui-ci aux élections régionales de 1995. Sur l’ensemble
des circonscriptions où il déposa des listes, le Front
national double et triple même parfois ses scores par rapport
à ce qu’il récoltait aux précédentes
élections régionales de 1999. Quant aux concurrents
directs du FN, une fois encore, c’est l’échec.
Ils n’ont pas pu attirer à eux une partie des votes protestataires.
Le Front nouveau de Belgique (FNB, une dissidence du FN devenue aujourd’hui
groupusculaire) se maintient (dans le canton de Mons par exemple avec
1,6 % en 1999 et 1,7 le 13 juin dernier), perd (dans le canton de
Molenbeek-Saint-Jean, il passe de 1,8 à 0,7 %) ou augmente
légèrement dans certaines circonscriptions (dans celle
de Tournai-Ath-Mouscron, il passe de 0,8 à 1,2 %). Les voix
perdues du FNB l’on souvent été à la faveur
du FN. Présents pour la première fois à des élections,
le Bloc national (0,5 % dans la circonscription de Liège) et
la Ligue (0,2 % dans la circonscription de Charleroi) obtiennent des
scores aux ras des pâquerettes.
Tableau 1
Résultats de l’extrême droite
aux élections régionales de 1999 et 2004 dans les Provinces
de la Région wallonne (entre parenthèses : score de
1999)
| |
FN |
FNB |
Autres |
TOTAL |
| Hainaut |
11,0
%
(5,6 %) |
1,1
%
(1,2 %) |
0,1
%
La Ligue |
12,2
%
(7 %) |
| Liège |
7,0
%
(3,2 %) |
-
|
0,3
%
Bloc nat. |
7,3
%
(3,9 %) |
| Namur |
7,4
%
(4 %) |
1,0
%
(0,3 %) |
-
- |
8,4
%
(4,3 %) |
| Luxembourg |
3,1
%
(1,5 %) |
-
- |
-
- |
11%
(5,6%) |
Tableau
2
Résultats de l’extrême droite aux élections
régionales de 1999 et 2004 dans cinq cantons significatifs
de la Région wallonne (entre parenthèses: score de 1999).
| |
FN |
FNB |
Autres |
TOTAL |
| Charleroi |
16,9
%
(7,9 %) |
1,8
%
(3 %) |
0,2
%
La Ligue |
18,9
%
(11,2 %) |
| La Louvière |
11
%
(6,1 %) |
-
(1 %) |
-
-. |
11,0
%
(7,1 %) |
| Mons |
10,9
%
(4,9 %) |
1,7
%
(1,6 %) |
-
- |
12,6
%
(6,8 %) |
| Mouscron |
10,8
%
(5,1 %) |
2,1
%
(2,2 %) |
-
- |
12,9
%
(7,3 %) |
| Herstal |
9,2
%
(4,4 %) |
-
(0,6 %) |
0,6
%
Bloc nat. |
9,8
%
(5,0 %) |
Bruxelles : le FN et le VB au coude à coude
Bruxelles est depuis toujours,
en tant que capitale de la Belgique, un enjeu essentiel pour le Vlaams
Blok. Depuis les premières élections régionales,
en 1989, il tente par tous les moyens d’écarter du scrutin
bruxellois le Front national. L’objectif du parti séparatiste
flamand : devenir le seul parti d’extrême droite à
Bruxelles. Pour cela, il sait qu’il doit fédérer
les électorats flamands et francophones dans un premier temps,
y avoir la majorité politique au sein de la classe politique
flamande dans un deuxième temps et y bloquer les institutions
dans un troisième temps. But final : faire imploser la Belgique,
via une crise institutionnelle bruxelloise.
Deux militants
d’extrême droite, en 1989, lors d’un rassemblement
du Front national à Bruxelles © Photo : Manuel Abramowicz
– RésistanceS.
Depuis 1989, le Blok applique cette stratégie. Depuis 1989,
cette dernière est vouée systématiquement à
l’échec, malgré les millions d’Euros dépensés,
auxquels s’ajoute une importante mobilisation militante sur
Bruxelles. La création de structures militantes francophones,
servant au rabattage des électeurs francophones – en
1993, le mouvement Bruxelles Identité Sécurité
(BIS) et tout récemment l’Alliance bruxelloise contre
le déclin (ABCD) –, ainsi que les appels à voter
pour sa liste bruxelloise émis par le groupuscule Nation et
le Parti communautaire national-européen (PCN, une formation
nationaliste européenne basée à Bruxelles) n’ont
servi à rien. Cela prouve aussi que des structures comme le
BIS, ABCD, Nation et le PCN, favorables à la victoire du Blok
dans la capitale, manquent cruellement de militants et s’apparentent
bien souvent à des coquilles vides devant servir de leurres
simulant une présence militante sur le terrain. On sait désormais
que celle-ci est inexistante.
Tableau
3
Résultats globaux de l’extrême droite dans la Région
de Bruxelles-capitale aux élections régionales de 1989
à 2004
|
1989 |
1995 |
1999 |
2004 |
| VB |
2,1%
9.006 voix
1 élu |
3%
12.507 voix
2 élus |
4,5%
19.310 voix
4 élus |
4,7 %
21.297 voix
6 élus |
| PFN |
1%
4.190 voix |
- |
- |
- |
| FN |
3,3%
14.392 voix
2 élus |
7,5%
30.803 voix
6 élus |
2,6%
11.204 voix
2 élus |
4,7 %
21.195 voix
4 élus |
| Unie (1) |
- |
0,4%
1827 voix |
- |
- |
| AR (2) |
- |
0,1%
423 voix |
- |
- |
| FNB |
- |
- |
1,3%
5.528 voix
1 élu |
0,6 %
2.656 voix
0 élu |
| ZUT (3) |
- |
- |
0,2%
788 voix |
- |
| Blow-W (4) |
- |
- |
0,2%
681 voix |
- |
| PSD (5) |
- |
- |
0,2%
644 voix |
- |
| TOTAL |
6,4%
27.588 voix
3 élus |
11%
45.560 voix
8 élus |
8,8%
38.155 voix
7 élus |
10 %
45.158 voix
10 élus |
Suite à un accord d’apparentement
électoral avec le Vlaams Blok, la liste FIRE, présente
pour la première fois aux élections, n’est cependant
pas reprise dans les tableaux 3 et 4. En effet, la campagne électorale
de FIRE ne peut être considérée comme ayant été
« identifiée » par les électeurs à
celle d’un parti à proprement parler d’extrême
droite. Quant à ses résultats, ils oscillent entre 0,0
et 0,1 % (sur FIRE, lire notre article : « La
liste bruxelloise FIRE est un sous-marin du Vlaams Blok »
)
Tableau 4
Résultats de l’extrême droite aux élections
régionales du 13 juin 2004 dans les cantons de la Région
de Bruxelles-capitale (entre parenthèses : score de 1999).
| |
FN |
Vl.
Blok |
FNB |
TOTAL |
| Anderlecht |
7,0 %
(4 %) |
8,0
%
(7,6 %) |
0,8
%
(1,7 %) |
15,8
%
(13,3 %) |
| Bruxelles-Ville |
4,5
%
(2,9 %) |
5,8
%
(6,1 %) |
0,5
%
(1,2 %) |
10,8
%
(10,2 %) |
| Ixelles |
3,4
%
(1,6 %) |
2,4
%
(2 %) |
0,5
%
(0,9 %) |
6,3
%
(4,5 %) |
| Molenbeek-Saint-Jean |
6,1
%
(3,9 %) |
7,3
%
(7 %) |
0,7
%
(1,8 %) |
14,1
%
(12,7 %) |
| Saint-Gilles |
3,6
%
(2,5 %) |
2,3 %
(2,5 %) |
0,4
%
(0,8 %) |
6,3
%
(5,8 %) |
Schaerbeek |
4,9
%
(2,8 %) |
4,7
%
(5,3 %) |
0,6
%
(1,5 %) |
10,2
%
(9,6 %) |
| Saint-Josse-ten-Noode |
3,5
%
(1,6 %) |
2,8
%
(2,5 %) |
0,7
%
(1,1 %) |
7
%
(5,2 %) |
| Uccle |
3,8
%
(1,9 %) |
2,7
%
(2,2 %) |
0,5
%
(0,9 %) |
7
%
(5 %) |
Le ver est dans le fruit
La lecture des tableaux
1, 2, 3 et 4, nous permet de tirer plusieurs constats généraux
des résultats obtenus par les extrêmes droites lors des
élections du 13 juin 2004.
Pour l’extrême droite francophone en général,
ces constats sont au nombre de sept :
1. Le Front national
continue coûte que coûte à incarner l’extrême
droite francophone, dont il détient le leadership depuis
1991.
2. Le FNB et La Ligue (des dissidences du FN) et
le Bloc national (liste qui lui était concurrente en 2004,
uniquement dans la circonscription de Liège) obtiennent des
scores totalement marginaux.
3. Sur l’ensemble des deux régions
(Bruxelles-capitale et wallonne), le FN augmente. Là où
il était présent, il double ses résultats de
1999, voire les triple (dans la Province du Luxembourg).
4. Dans ses « fiefs », le parti de
Daniel Féret se renforce fortement : dans le canton de Charleroi
(de 7,9 % en 1999 à 16,9 % le 13 juin dernier) et dans celui
de La Louvière (de 6,1 à 11 %).
5. Le FN, lors des élections du 13 juin,
a réussi une percée dans des cantons et circonscriptions
moins touchés jusqu’à présent par les
poussées électorales en sa faveur. C’est le
cas dans la Province de Liège où le FN passe de 3,2
% en 1999 à 7 %. Mais également dans la Province de
Luxembourg : en 1999, le FN y obtenait 1,5 %, le 13 juin dernier,
il y gagna 3,1 % de l’électorat.
6. Cela signifie qu’aujourd’hui, le
succès territorial du Front national s’étend
sur l’ensemble de la Région wallonne. De Mouscron à
Verviers, de Namur à Arlon.
7. Dans des cantons où la situation socio-économique
s’exprime de façon différentiée, le FN
obtient de bons scores. En règle générale,
il semble que les zones urbaines les plus touchées par la
crise économique sont extrêmement favorables au FN
(dans les cantons de Charleroi, de La Louvière, de Mons,
de Herstal…). Cependant, des cantons moins frappés
par les méfaits de la mauvaise situation socio-économique
actuelle voient également l’émergence d’un
électorat d’extrême droite.
Dans la Région de Bruxelles-capitale,
la donne électorale de l’extrême droite est différente,
puisqu’elle se cristallise autour du Front national et du Vlaams
Blok. C’est-à-dire que contrairement à ce qui
se passe en Région wallonne, le FN fait face à Bruxelles
à un concurrent de taille : le Vlaams Blok. Et vice versa,
d’ailleurs.
En résumé, nous retenons
dix enseignements du scrutin régional bruxellois à propos
de l’extrême droite :
1. L’addition
des voix obtenues par l’extrême droite (revoir notre
Tableau 3) en 2004 (11 %) se rapproche globalement de son résultat
de 1995 (10 %). Au scrutin de 1999, les scores cumulés des
extrêmes droites étaient de 8,8 %.
2. Une fois de plus (comme en 1999), le Vlaams
Blok a perdu son pari d’obtenir suffisamment de voix pour
bloquer les institutions bruxelloises.
3. Cela s’explique sans doute en partie par
la « migration » d’une fraction de son électorat
gagné en 1999 en direction du Front national.
4. Le Vlaams Blok, premier parti néerlandophone
dans la capitale, n’arrive cependant pas à s’y
imposer, malgré les importants efforts humains, matériels
et financiers dépensés pour tenter de conquérir
Bruxelles dans l’optique stratégique de faire imploser
l’Etat fédéral. Et cela depuis les premières
élections régionales (1989).
5. Au sujet de Johan Demol, véritable «
gadget électoral » du Blok depuis 1999, le constat
est désormais clair : l’ancien commissaire en chef
de la Police de Schaerbeek, passé au VB par opportunisme
et vengeance contre la classe politique qui l’avait abandonné
suite à ses ennuis, n’est pas l’« homme
providentiel » de ce parti. Cela veut peut-être aussi
dire que l’extrême droite n’a pas toujours besoin
de « leader charismatique » pour conquérir, de
manière populiste, des électeurs.
6. En comparaison avec 1999, dans la Région
de Bruxelles-capitale, le FN dépasse le Vlaams Blok dans
cinq cantons sur huit (Ixelles, Saint-Gilles, Schaerbeek, Saint-Josse-ten-Noode
et Uccle).
7. Le FN augmente son score électoral de
manière significative sur l’ensemble des huit cantons
bruxellois.
8. Pour sa part, le VB n’augmente que dans
six cantons.
9. Le parti d’extrême droite flamand
diminue même dans deux cantons symboliques pour lui (Schaerbeek
et Saint-Gilles).
10. A Schaerbeek, le « bastion » de
Johan Demol, le parti d’extrême droite flamand perd,
sans doute à la faveur du FN. Pour rappel, avant les élections,
le responsable francophone du VB, Patrick Sessler, y a fait sécession
et a rejoint le Front national, tout comme le leader francophone
du VB d’Evere, Paul Arku. Ils figuraient
tous deux sur la liste régionale du FN. Paul Arku a d’ailleurs
été élu. Ce transfuge du VB siégera
donc désormais au Parlement bruxellois dans les rangs de
son nouveau parti, le FN.
Le FN va-t-il capitaliser son succès et se restructurer
?
Lors des élections
régionales bruxelloises de 1989, des législatives de
1991, des européennes et des communales de 1994, des législatives
et des régionales de 1995 et des législatives de 2003,
le Front national a connu un succès électoral sans cesse
croissant. Le nouveau succès obtenu le 13 juin dernier devrait
donner lieu à une reprise en main du FN.
Depuis son implosion du FN après
les élections 1995, sa division en deux et la fondation d’une
copie conforme (le Front nouveau de Belgique) par l’un de ses
députés fédéraux de l’époque,
Marguerite Bastien, avec la quasi moitié des 72 conseillers
communaux « frontistes » et de ses députés
régionaux bruxellois, force est de constater que le Front national
s’est singularisé par une inexistence structurelle manifeste.
Le FN est loin d’être un parti politique digne de ce nom.
Cependant, entre 1991 et 1995, la formation fondée en 1985
par Daniel Féret avait réussi à fédérer
sous son label l’ensemble des groupuscules d’extrême
droite et néonazis existant en Belgique francophone (à
l’exception du « front wallon » AGIR, actif essentiellement
à Liège et dans sa région).
Le FN est aujourd'hui arrivé à
un tournant. Devenu le deuxième parti (après le parti
socialiste) à Charleroi et augmentant partout également
ailleurs en Wallonie, l'imitation belge du parti de Jean-Marie Le
Pen a intérêt, s'il veut fidéliser son électorat,
à se structurer afin de se " retransformer " en véritable
parti politique. En a-t-il cependant le besoin et l'ambition ?
Une fois de plus en effet, la preuve
a été faite, lors de ces dernières élections,
que ce parti d’extrême droite peut capter énormément
de suffrages sans pour autant devoir être présent structurellement
sur le terrain. Il lui suffit de diffuser à grande échelle
(par Belgique diffusion ou la Poste…) un tract toute-boîtes,
quelques jours avant les élections, pour se rappeler au bon
souvenir de l’électorat, qu’il soit « protestataire
» ou non.
Cependant, les prochaines élections
sont des élections communales. Pour y déposer le plus
possible de listes, il faut des sections locales. Et jusqu’à
présent, à notre connaissance, le FN ne bénéficie
d’aucune véritable section en Wallonie. Son ancrage militant
est essentiellement bruxellois. Il est fort de quelques militants
encore en activité à Charleroi, Namur, Liège
et Mons. Mais ceux-ci sont totalement inorganisés. Ce qui pourrait
changer si l’une ou l’autre tendance interne de la «
formation féretiste » arrivait à prendre le pouvoir.
A l’heure actuelle, le FN est constitué de deux fractions
:
- la plus importante est celle constituée
par les ex-militants et cadres des formations historiques de l’extrême
droite francophone (certains d’entre eux sont également
passés par le Vlaams Blok). Cette tendance radicale tente
de s’organiser autour de la personne de Michel Delacroix (actuel
sénateur et élu député régional
le 13 juin dernier) ;
- l’autre fraction regroupe (mais
de manière nullement organisée jusqu’à
présent) les transfuges de partis traditionnels (PRL et ex-PSC).
Le candidat élu député régional dans
la circonscription de Liège, Charles Pire, et celui élu
dans celle de Charleroi, Charles Petitjean, sont respectivement
un ancien président d’arrondissement du PSC et l’ancien
responsable du PRL à Charleroi. D’autres candidats
et élus du FN proviennent eux aussi des mêmes rangs
politiques. Il faut savoir que le FN a toujours attiré à
lui d’anciens dirigeants du PRL et du PSC, tout comme d’ailleurs
le Front nouveau de Belgique.
Suite aux élections du 13 juin,
il se pourrait que des tensions se manifestent entre ces deux pôles
ou au contraire que ceux-ci, pour une question d’opportunité,
décident de fusionner afin de structurer, à nouveau,
le FN. L’objectif serait de pouvoir être fortement présent
aux élections communales de 2006, mais surtout aux prochaines
élections législatives et régionales prévues
pour 2007.
Il faut néanmoins savoir que toute
organisation interne du Front national a toujours été
freinée par un seul homme : Daniel Féret (avec la complicité
de ses principaux « lieutenants »). En 1991, sous la pression
de sa « base militante », le « président
à vie » du Front avait cependant été bien
obligé de céder et d’accepter de « partager
» son parti avec d’autres. Mais dès que Marguerite
Bastien, une transfuge arrivée en 1995 et directement élue
à la Chambre, tenta de prendre un peu d’importance au
sein du FN, celle-ci reçut son « C4 » des mains
de Daniel Féret. Pour lui, il est impératif de chasser
tous ceux qui menacent sa présidence. Aujourd’hui pourtant,
nous ne sommes plus en 1995, et il se pourrait bien que dans les jours
qui viennent, Féret doive céder à la pression
interne et entreprendre une structuration du FN.
Le FN serait alors en voie de restructuration,
au bénéfice d’un nouveau succès électoral
et d’un ancrage encore plus fort dans le paysage politique de
notre pays. A moins que toutes les forces vives de la Nation décident
de trouver des « remèdes », cette fois-ci efficaces,
pour plonger dans les oubliettes de l’Histoire ce petit parti
inutile.
Manuel ABRAMOWICZ
Bruxelles, 15 juin 2004
| Le
« vote protestataire » d’extrême gauche
également en hausse
En parallèle à la montée
inquiétante de l’extrême droite sur l’ensemble
de la Wallonie, il est également à noter que le
Parti du Travail de Belgique (PTB), formation marxiste-léniniste
d’extrême gauche, augmente ses scores par rapport
aux élections régionales de 1999 dans trois cantons
électoraux significatifs.
Tableau 5
Résultats
du PTB (extrême gauche) aux élections régionales
de 1999 et 2004 dans trois cantons significatifs
| |
1999 |
2004 |
| La Louvière |
0,9 % |
2,5 % |
| Seraing |
1,4 % |
2,3 % |
| Herstal |
2,2 % |
5,7 % |
Certes limités de manière
caractéristique dans ces trois cantons wallons (dans
la capitale, le PTB ne dépasse nulle part la barre des
1 %), les bons résultats de cette formation d’extrême
gauche signifient peut-être que le « vote protestataire
», dont bénéficient les formations d’extrême
droite peut aussi se reporter sur d’autres types de mouvements
politiques optant pour une voie alternative sur le plan politique.
Les scores du PTB obtenus à La Louvière, Seraing
et Herstal semblent également signifier que ce «
vote protestataire » ne s’arc-boute pas toujours
nécessairement sur un « reflexe raciste ».
Le PTB est en effet à la pointe dans
le combat antiraciste et est constitué de militants et
de candidats d’origine arabo-musulmane. Force est aussi
de constater que dans les désormais « fiefs du
PTB », connus par leur situation de sinistrose généralisée
sur le plan socio-économique, ce parti d’extrême
gauche est fortement ancré sur le terrain. Herstal est
d’ailleurs la seule commune francophone ayant des conseillers
communaux communistes du PTB (au nombre de deux, depuis les
élections communales de 2000).
Tableau 6
Résultats du Front national aux
élections régionales de 1999 et 2004 dans trois
cantons significatifs
| |
1999 |
2004 |
| La Louvière |
6,1 % |
11,0 % |
| Seraing |
3,9 % |
7,7 % |
| Herstal |
4,4 % |
9,2 % |
A la lecture du tableau 6, nous pouvons
aussi constater que si le PTB obtient de relatifs bons scores
à La Louvière, Seraing et Herstal, le Front national
ne diminue pas pour autant à la possible faveur du PTB,
mais augmente et se renforce lui aussi fortement.
M.AZ
© RésistanceS – www.resistances.be
– Bruxelles – Belgique – 15 juin 2004
|
|
Analyse des résultats
du scrutin du 13 juin 2004
NOUVEAU
L’extrême droite : stop ou encore
? (15 juin 2004)
Le «
vote protestataire » d’extrême gauche également
en hausse (15 juin 2004)
Voir aussi: J'aimerais
qu'on m'explique, la nouvelle chronique de Nadia Geerts
Sommaire du dossier Elections
2004
Introduction de ce dossier
Les précédents résultats
(1999)
Qui sera présent le 13 juin ?
Les absents du 13 juin
Un néonazi du FN désigné
député?
Républicain,
le Vlaams Blok?
Bruxelles : le double discours du Vlaams Blok
Elections : rendez-vous pour les règlements de compte
(Bloc National – Front national)
La liste bruxelloise FIRE est un sous-marin
du Vlaams Blok
Vlaams Blok = Blocage (06/06/04)
Forum. Démocratie en danger : quelle
réponse des partis « traditionnels » ?
Bruits de campagne - 24/05/04
Une nouvelle campagne contre l'extrême
droite
Ce dossier a été
coordonné par
Manuel ABRAMOWICZ
Mis en ligne le 1 juin 2004.

Quartier général du Front national, à
Molenbeek en 1988 © Photo Manuel Abramowicz.
© RésistanceS – www.resistances.be - Bruxelles
|