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Démocratie en danger : quelle réponse des partis « traditionnels » ?

Aujourd’hui, les citoyens s’inquiètent de la prolifération d'idées racistes, souvent sous des formes de plus en plus subtiles. Face à la menace liberticide qui pèse sur nos institutions et sur notre modèle de société démocratique, l’on peut légitimement s’interroger sur l’action concrète que les mandataires politiques issus des partis « traditionnels » mènent au quotidien contre la montée de l’extrême droite dans notre pays.

On nous assure que les forces démocratiques du pays s’interrogent sur la stratégie la plus efficace à adopter contre les agressions constantes de l’extrême droite à l’encontre de notre belle démocratie. Mais à la veille d’une élection régionale de tous les possibles, à l’heure où le « cordon sanitaire » et le refus déclaré des partis classiques de collaborer de quelque façon que ce soit avec les formations politiques liberticides demeurent fragiles, et en particulier au nord du pays, quelles solutions nous propose-t-on ? Existe-t-il une réelle volonté politique de battre les partis antidémocratiques en retraite ?
Un premier type de réponses emprunte résolument la voie institutionnelle.

Priver les partis liberticides de dotation publique
Une proposition de loi adoptée par la Chambre –mais qui doit encore être débattue au Sénat- vise à supprimer la dotation publique des partis liberticides, donc à éviter que l’Etat ne subventionne de telles formations. Si ce texte devait être approuvé par le Sénat, une formation politique qui montrerait de manière claire son hostilité envers les droits et libertés garantis par la Convention de sauvegarde des Droits de l’Homme et des Libertés fondamentales serait privée de financement public pour une durée de trois mois à un an et serait ainsi gravement handicapée dans son fonctionnement.
Certes, les réponses juridiques ne peuvent tout résoudre mais elles sont, à tout le moins, une affirmation symbolique de la Résistance démocratique. Il serait utopique de penser que l'incrimination des partis liberticides les empêchera totalement d’exister mais l’absence de loi à l’encontre de tels partis a trop longtemps été le signe d’une indifférence collective à l’égard de la terrible menace qu’ils représentent.

Davantage de transparence
Depuis quelques années, l’on entend aussi beaucoup parler de la « nouvelle culture politique » qui devrait restaurer la confiance des citoyens en nos institutions. De quoi s’agit-il ? La classe politique tente de redorer son blason auprès du grand public et de ramener l’éthique et la transparence dans son travail. Ainsi par exemple, un projet de loi qui vient d’aboutir obligera les élus, à partir du premier janvier 2005, à déclarer l’ensemble de leurs mandats et patrimoine. Au-delà du symbole, cette mesure devrait garantir la transparence pour le public, notamment au sujet d’éventuels conflits d’intérêts liés à certains cumuls de mandats. Un exemple qui illustre bien cette volonté d’inspirer plus de confiance au citoyen. A suivre…

Des initiatives institutionnelles intéressantes existent donc mais elles apparaissent bien dénuées de sens si elles ne s’accompagnent pas d’une bonne dose d’intelligence et d’imagination de nos mandataires politiques, trop souvent cantonnés à leur rôle de gestionnaire de la chose publique. Le monde politique, s’il veut regagner en crédibilité – et du terrain contre les formations racistes et antidémocratiques – doit réinventer son rôle et représenter réellement les citoyens –tous les citoyens. Nos mandataires doivent réinvestir les quartiers, l’espace public, aller à la rencontre des gens, et en particulier des plus fragilisés et marginalisés d’entre nous. Il doivent aussi et surtout écouter, écouter et écouter encore – toute l’année, pas seulement à l’approche des élections. Ils doivent oser aborder sans détour les débats et l’action sur les thèmes et inquiétudes agités et exploités sans scrupule par l’extrême droite pour attirer un électorat fragile et désabusé. C’est lorsque les gens commencent à avoir peur de l’Autre, à ne plus entrevoir de perspectives claires et ne plus comprendre les réponses des politiques « traditionnels », qu’ils se tournent vers les réponses simplistes et violentes proposées par les partis xénophobes.

« Une réponse transversale et collective »
Certes, la problématique est complexe et les démarches de la classe politique ne dispensent pas tous les autres acteurs de la société de se responsabiliser.
Les médias, dans le traitement qu’ils font de problématiques complexes –sécurité, immigration, corruption, …- doivent avoir conscience de l’impact qu’ils peuvent avoir sur la propagation d’idées antidémocratiques. Certains médias, particulièrement au nord du pays, donnent dangereusement la parole à des représentants de l’extrême droite au nom de la pluralité des idées et de la liberté d’expression. Mais comment prétendre donner la parole et débattre avec des personnes qui ne respectent pas le socle de valeurs, de règles et de principes qui fondent notre démocratie ?

Les enseignants ont une fonction fondamentale : l’éducation aux valeurs du respect, de la tolérance et de la démocratie. Ils sont aussi des passeurs de mémoire. L’Histoire du XXe siècle nous a appris qu’une société ne peut survivre si elle ne reconnaît pas et ne protège pas l’humanité de chacun de ses membres, au même titre que l’humanité de ses voisins.

Les associations de terrain, moins « suspectes » aux yeux des publics fragilisés que les élus d’un parti ou l’autre, ont un rôle important à jouer, et permettent de rappeler aux politiques l’importance de se connecter aux réalités de terrain plutôt que d’apparaître parfois comme des « donneurs de leçons » face à des problématiques qu’ils ne côtoient pas réellement. L’extrême droite se nourrit de la distance qui s’est instaurée entre les élus et le citoyen.

Enfin, les récentes condamnations de Gand, à l’encontre de plusieurs asbl satellites du Vlaams Blok, ont également prouvé l’importance des acteurs judiciaires dans le combat contre les ennemis de la démocratie.

Il apparaît clairement de ces quelques considérations élémentaires que la réponse à élaborer contre la marée brune doit être transversale et collective. Il est fondamental de sensibiliser, de responsabiliser et de mobiliser toutes les forces vives et tous les démocrates de notre pays. Nous ne pouvons attendre passivement que les mandataires politiques posent des actes. Face à l’extrême droite, nous sommes tous des politiques.

Mesdames et messieurs les élus ; citoyens, citoyennes, la balle est dans notre camp.


Une correspondance de Elisa Vainsel
(les sous-titres sont de la rédaction)


 

Analyse des résultats du scrutin du 13 juin 2004 NOUVEAU

L’extrême droite : stop ou encore ? (15 juin 2004)

Le « vote protestataire » d’extrême gauche également en hausse (15 juin 2004)

Voir aussi: J'aimerais qu'on m'explique, la nouvelle chronique de Nadia Geerts

Sommaire du dossier Elections 2004

Introduction de ce dossier

Les précédents résultats (1999)

Qui sera présent le 13 juin ?

Les absents du 13 juin

Un néonazi du FN désigné député?

Républicain, le Vlaams Blok?

Bruxelles : le double discours du Vlaams Blok

Elections : rendez-vous pour les règlements de compte
(Bloc National – Front national)

La liste bruxelloise FIRE est un sous-marin du Vlaams Blok

Vlaams Blok = Blocage (06/06/04)

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Bruits de campagne - 24/05/04

Une nouvelle campagne contre l'extrême droite

Ce dossier a été coordonné par
Manuel ABRAMOWICZ

Mis en ligne le 1 juin 2004.


Quartier général du Front national, à Molenbeek en 1988 © Photo Manuel Abramowicz.


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