Un
dirigeant du FN belge devant les tribunaux
Nouveau procès pour racisme
contre Tonnelier
Le Front national du sénateur Michel Delacroix ambitionne
de se donner une nouvelle image : propre et respectueuse. Pourtant,
l’actualité judiciaire de l’année prochaine
risque bien de le noircir une fois de plus. L’un de ses jeunes
dirigeants, Georges-Pierre Tonnelier, devra répondre de sa
participation aux activités d’une maison d’édition
de propagande raciste !

Captation d'écran - ce 20 décembre
- de la page « Liens » du site de Georges-Pierre Tonnelier
: ses hyperliens renvoient directement vers les différents
sites Internet du Front national du sénateur Michel Delacroix
– Document : RésistanceS.
Nous avons appris que Georges-Pierre Tonnelier passera prochainement
une nouvelle fois devant les tribunaux dans un dossier de racisme.
Ce dirigeant d’extrême droite avait été
condamné, en première instance d’abord et en appel
ensuite, en avril 2006, avec le docteur Daniel Féret, le président-fondateur
du Front national belge, à une amende de 744 euros et à
7 ans d'inéligibilité. Cette condamnation faisait suite
à une plainte déposée pour infraction à
la loi antiraciste. A l’époque des faits reprochés
(en 2001, un tract raciste anti-migrants), Tonnelier faisait déjà
partie du parti néofasciste et s’occupait notamment de
son site Internet.
Le nouveau dossier ouvert contre lui
concerne sa participation, en tant que webmaster, aux activités
des éditions bruxelloises Bernard Mengal. Le propriétaire
de cette maison d’éditions, Bernard Mengal, est une personnalité
d’extrême droite active depuis le début des années
1980. Il participa à divers mouvements néofascistes
: Comité de liaison et d’action nationaliste, Front nationaliste,
Mouvement de résistance national-européen, Rassemblement
d'action pour la renaissance européen, Front national, association
des Amis de la Renaissance européenne, Front nouveau de Belgique...
Il a également collaboré ou été le responsable
de publications d'extrême droite : « Altaïr »,
« Combat païen », « Megin », «
Racines »... Bernard Mengal est aussi connu du milieu sectaire
politico-religieux païens, comme fondateur de l'Association des
Successeurs des Âses (1).

Captation d'écran - ce 20 décembre
- de la page de la section locale du Front national du sénateur
Michel Delacroix dirigée par l'ancien webmaster des éditions
racistes de Bernard Mengal – Document: RésistanceS.
Une galaxie politique bien particulière
Au milieu des années 1990, Bernard Mengal et Georges-Pierre
Tonnelier étaient politiquement actifs, ensemble, sur le campus
de l’Université libre de Bruxelles. A l’époque,
Tonnelier militait déjà au Front national de Daniel
Féret. Il rejoindra ensuite le Front nouveau de Belgique. Aujourd’hui,
il est retourné au FN. Qui est désormais présidé
par Michel Delacroix. Au Front national, il multiplie (ou à
multiplié) les titres : collaborateur du député
wallon Jean-Pierre Borbouse, président du Centre d’Etude
du parti, secrétaire de son bureau politique et responsable
d’une de ses sections locales bruxelloises.
Outre qu’il s’est occupé
du site des éditions Bernard Mengal, Georges-Pierre Tonnelier
a également collaboré à au moins un numéro
du journal « Contre/Thèse », toujours dirigé
par le même Mengal. Dans un encart paru, le 8 avril 2005, dans
«Rivarol », il était mentionné à
son propos :
« Revue internationale d'information
et de réflexion qui lutte pour la défense de nos valeurs,
de notre race et de notre culture ».
Promotionné dans « Rivarol
» (sur cet hebdomadaire raciste français : l)
et vendu sur le site des éditions de Bernard Mengal, «
Contre/Thèse » a publié des articles antisémites,
favorables aux négationnistes et prônant ouvertement
un racisme de type biologique. Tonnelier n’était pas
le seul militant d’extrême droite à collaborer
à «Contre/Thèse ».

Couverture du numéro 5 (mai 2000) de
la revue dirigée par Bernard Mengal. Le nom de Georges-Pierre
Tonnelier y figure bel et bien, comme celui de son actuel avocat –
Document : RésistanceS.

Ce 20 décembre, le site des éditions
Bernard Mengal était toujours accessible. Site dont le webmaster
était Georges-Pierre Tonnelier, l'un des dirigeants du Front
national de Michel Delacroix, comme le montre notre document –
Document : RésistanceS.
Tonnelier va-t-il noircir l’image du FN ?
Parmi les autres collaborateurs de « Contre/Thèse
» se trouve un certain Marc Levaux. Actif dans la région
liégeoise dans les années 1990, ce dernier milita tour
à tour à Agir (une dissidence du Parti des forces nouvelles,
d’obédience néonazie) et au Front national. M.
Levaux est aussi l’auteur d’un livre de propagande écrit
pour faire la promotion de REF. Scission radicale d’Agir, ce
mouvement tenta de mettre sur pied une formation politique prenant
pour modèle le parti Rex de Léon Degrelle, avec le même
slogan et le même symbole.
Dans une autre de ses nombreuses affaires
judiciaires, Tonnelier a choisi comme avocat… Marc Levaux. Un
hasard ? Par ailleurs, signalons encore que Marc Levaux a été
lui aussi condamné pour... racisme, par la Cour d'appel de
Liège, le 22 décembre 2006. Sa peine : un mois de prison
avec un sursis de trois ans.
Pour en revenir au procès pour
racisme contre Bernard Mengal et Georges-Pierre Tonnelier, il devrait
s’ouvrir au début de l’année prochaine.
Une très mauvaise nouvelle pour les nouveaux dirigeants du
Front national. En effet, ils tentent de présenter leur parti
comme étant respectable. En cas de condamnation de leur dirigeant
Georges-Pierre Tonnelier, il est fort à parier que l’image
du FN belge soit à nouveau noircie. La faute à qui ?
Simon HARYS
(1) Source : Manuel Abramowicz, «
Extrême droite et antisémitisme en Belgique – De
1945 à nos jours », livre, éditions Evo, Bruxelles,
1993, pp. 147 à 149.
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Réactions
de Georges-Pierre Tonnelier
Suite à la publication de notre article « Nouveau
procès pour racisme contre Tonnelier » (RésistanceS,
20 décembre 2007), Georges-Pierre Tonnelier a réagi
en notre direction. Ci-dessous, voici son texte qu'il nous a
communiqué pour... se justifier.
« Lorsque le site internet ''Résistances''
parle d’un « nouveau » dossier, je
tiens à souligner ici qu’il s’agit de faits
déjà fort anciens, puisqu’ils datent de
l’an 2000 : la plainte officielle du Centre pour l’Egalité
des Chances, qui était d’ailleurs dirigée
non contre moi, mais contre Bernard Mengal et ses éditions
seules, date d’octobre 2001. A l’époque,
j’étais jeune et j’ai sans doute agi avec
un peu d’empressement et sans prendre toutes les précautions
voulues à l'égard d'un individu sans scrupules.
De même,
lorsqu’il évoque la condamnation dont j’ai
été victime en avril 2006, il fait référence
à l’année 2001 pour les faits litigieux,
alors qu’ils datent en réalité du début
de l’an 2000, le tract en question ayant été
rédigé dans le cadre de la campagne électorale
pour les élections d’octobre 2000. On me reproche
là en réalité, dans les deux cas, des
erreurs de jeunesse pour lesquelles je paie encore fort cher
aujourd’hui.Il est faux d’affirmer que j’étais
politiquement actif avec Bernard Mengal sur le campus de l’ULB
au milieu des années 1990, pour plusieurs raisons :
la première est que je ne me suis inscrit à
l’ULB que de septembre 1998 à septembre 2000
; la seconde est que, si Bernard Mengal était bien
une de mes connaissances que je fréquentais occasionnellement,
en aucun cas je n’étais associé à
lui dans ses activités politiques.
Je n’ai
jamais fréquenté « L'Association des Successeurs
des Âses », ni aucune association - encore moins
de secte ! - néo-païenne : M. Abramowicz sait
d’ailleurs fort bien que je suis catholique, m’ayant
déjà reproché mes prises de position
opposées à l’avortement. J’ai accepté,
à titre de service, de réaliser, techniquement,
un site internet pour le compte de M. Mengal, en mettant en
ligne des textes dont il était soit l’auteur,
soit l’éditeur responsable. D’une part,
les textes que j’ai mis en ligne pour son compte n’étaient,
à mon sens et à première vue, pas constitutifs
d’infraction à la loi (regardez sur le site en
question); d’autre part, je ne cautionne nullement ces
écrits, ceux parus sur internet ou ailleurs, dont je
n’ai, en ce qui concerne ces derniers, pas pris connaissance
à l’époque – peut-être aurais-je
dû le faire, je le reconnais. En application du principe
de la responsabilité en cascade, consacré à
l’article 25, al. 2 de la Constitution, je ne suis d’ailleurs,
ni pénalement, ni civilement responsable des écrits
dont une autre personne est soit l’auteur, soit l’éditeur.
Je ne doute
donc pas un instant que le tribunal m’acquittera ; je
n’en dirais pas de même de M. Mengal, qui sera
là, je pense, justement sanctionné pour des
écrits racistes et antisémites inacceptables
dans un Etat démocratique. Il est exact que j’ai
accepté, à l’époque, de signer
un article paru dans la revue « Contre-Thèses
», relatif à la situation malheureuse de la population
vivant à Haïti, mais j’ignorais à
ce moment-là le contenu des autres articles de cette
revue.
J’estime
donc avoir été trompé par M. Bernard
Mengal, avec lequel j’ai d’ailleurs coupé
tous les ponts. Je réaffirme ici que je condamne, sans
réserve et sans ambigüité, le racisme dit
« biologique » prôné par le régime
national-socialiste allemand, ainsi, d’ailleurs que
toute forme de racisme. Je condamne donc pareillement les
articles de la revue « Contre-Thèses »,
« antisémites, favorables aux négationnistes
et prônant ouvertement un racisme de type biologique
», ainsi que d’une manière générale,
les écrits de M. Bernard Mengal, dans la mesure où
ils relèvent de telles considérations.
Ayant personnellement
plusieurs amis africains, je suis choqué et dégoûté
par le racisme primaire qui ressort de ces publications, dont
j’ignorais le contenu exact à l’époque
des faits. Je dois reconnaître, à ma décharge,
ne guère m’intéresser à la philosophie
- c’est ainsi que M. Mengal décrivait ses ouvrages
- et je n’ai donc pas pris connaissance à temps
de sa prose ; sans doute ai-je eu tort et je le regrette.
J’ai sans doute pêché par ignorance et
par négligence. Si j’avais connu la véritable
nature des agissements de M. Bernard Mengal, il ne fait aucun
doute que je ne l’aurais certainement pas fréquenté.
En tant que petit-fils de résistante, je suis, de même,
outré par l’antisémitisme qui caractérise
ces publications, pour lesquelles je n’ai que du mépris.
Je précise également que, s’il est manifestement
exact que le site que j’avais réalisé
à l’époque est toujours en ligne, je ne
suis par ailleurs plus en possession des codes d’accès
à celui-ci depuis l’an 2000, date à laquelle
je les ai remis à M. Bernard Mengal. Je tiens également
à préciser que j’ai déposé
plainte contre lui, du chef d’usurpation d’identité,
étant donné que mon nom continue à figurer
comme webmaster de ce site, alors que je ne le suis plus depuis
cette époque. Il ne m’est malheureusement pas,
à mon grand regret, techniquement possible, d’obtenir
la suppression de ce site ou à tout le moins celle
de mon identité, étant donné qu’il
est hébergé aux Etats-Unis. Cette plainte a
été jointe au dossier pénal pendant devant
le Tribunal correctionnel et la véracité de
son existence est donc facilement vérifiable.»
Georges-Pierre
Tonnelier
Notre réaction
L’équipe
de RésistanceS prend bonne note des déclarations
de Georges-Pierre Tonnelier, et en particulier de sa condamnation
du « racisme biologique » et de l’antisémitisme.
Elle s’interroge
néanmoins sur la cohérence de telles déclarations
avec les choix politiques actuels de G-P. Tonnelier, qui fait
toujours partie aujourd’hui du (nouveau) Front national,
un parti dont rien n’indique qu’il soit désireux
de se distancer de ses accointances idéologiques passées.
Voir notamment
:
• Le
Pen à Bruxelles ! FN français et belge : la romance
continue
•
Le FN-Delacroix en voie de développement
• Création en Belgique
d’un comité pro-Le Pen
L’équipe
de RésistanceS |
© RésistanceS –
Observatoire belge de l'extrême droite – www.resistances.be
– info@resistances.be – Article mis en ligne le 20 décembre
2007
|
REACTUALISATION
du 31 novembre 2008 :
Georges-Pierre Tonnelier n'est plus d'extrême droite CLIQUEZ
ICI

Prestation de serment en 1995 d'une élue bruxelloise du Front
national. Depuis, Georges-Pierre Tonnelier en est l'un de ses dirigeants
© Image : Télé Bruxelles.
A lire aussi :
• Le
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président du FN condamné pour racisme
• Le
point sur Georges-Pierre Tonnelier
• Qui
est Georges-Pierre Tonnelier ?
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