RésistanceS 20-12-2007

Un dirigeant du FN belge devant les tribunaux

Nouveau procès pour racisme contre Tonnelier


Le Front national du sénateur Michel Delacroix ambitionne de se donner une nouvelle image : propre et respectueuse. Pourtant, l’actualité judiciaire de l’année prochaine risque bien de le noircir une fois de plus. L’un de ses jeunes dirigeants, Georges-Pierre Tonnelier, devra répondre de sa participation aux activités d’une maison d’édition de propagande raciste !


Captation d'écran - ce 20 décembre - de la page « Liens » du site de Georges-Pierre Tonnelier : ses hyperliens renvoient directement vers les différents sites Internet du Front national du sénateur Michel Delacroix – Document : RésistanceS.


Nous avons appris que Georges-Pierre Tonnelier passera prochainement une nouvelle fois devant les tribunaux dans un dossier de racisme. Ce dirigeant d’extrême droite avait été condamné, en première instance d’abord et en appel ensuite, en avril 2006, avec le docteur Daniel Féret, le président-fondateur du Front national belge, à une amende de 744 euros et à 7 ans d'inéligibilité. Cette condamnation faisait suite à une plainte déposée pour infraction à la loi antiraciste. A l’époque des faits reprochés (en 2001, un tract raciste anti-migrants), Tonnelier faisait déjà partie du parti néofasciste et s’occupait notamment de son site Internet.

Le nouveau dossier ouvert contre lui concerne sa participation, en tant que webmaster, aux activités des éditions bruxelloises Bernard Mengal. Le propriétaire de cette maison d’éditions, Bernard Mengal, est une personnalité d’extrême droite active depuis le début des années 1980. Il participa à divers mouvements néofascistes : Comité de liaison et d’action nationaliste, Front nationaliste, Mouvement de résistance national-européen, Rassemblement d'action pour la renaissance européen, Front national, association des Amis de la Renaissance européenne, Front nouveau de Belgique... Il a également collaboré ou été le responsable de publications d'extrême droite : « Altaïr », « Combat païen », « Megin », « Racines »... Bernard Mengal est aussi connu du milieu sectaire politico-religieux païens, comme fondateur de l'Association des Successeurs des Âses (1).


Captation d'écran - ce 20 décembre - de la page de la section locale du Front national du sénateur Michel Delacroix dirigée par l'ancien webmaster des éditions racistes de Bernard Mengal – Document: RésistanceS.


Une galaxie politique bien particulière
Au milieu des années 1990, Bernard Mengal et Georges-Pierre Tonnelier étaient politiquement actifs, ensemble, sur le campus de l’Université libre de Bruxelles. A l’époque, Tonnelier militait déjà au Front national de Daniel Féret. Il rejoindra ensuite le Front nouveau de Belgique. Aujourd’hui, il est retourné au FN. Qui est désormais présidé par Michel Delacroix. Au Front national, il multiplie (ou à multiplié) les titres : collaborateur du député wallon Jean-Pierre Borbouse, président du Centre d’Etude du parti, secrétaire de son bureau politique et responsable d’une de ses sections locales bruxelloises.

Outre qu’il s’est occupé du site des éditions Bernard Mengal, Georges-Pierre Tonnelier a également collaboré à au moins un numéro du journal « Contre/Thèse », toujours dirigé par le même Mengal. Dans un encart paru, le 8 avril 2005, dans «Rivarol », il était mentionné à son propos :

« Revue internationale d'information et de réflexion qui lutte pour la défense de nos valeurs, de notre race et de notre culture ».

Promotionné dans « Rivarol » (sur cet hebdomadaire raciste français : l) et vendu sur le site des éditions de Bernard Mengal, « Contre/Thèse » a publié des articles antisémites, favorables aux négationnistes et prônant ouvertement un racisme de type biologique. Tonnelier n’était pas le seul militant d’extrême droite à collaborer à «Contre/Thèse ».


Couverture du numéro 5 (mai 2000) de la revue dirigée par Bernard Mengal. Le nom de Georges-Pierre Tonnelier y figure bel et bien, comme celui de son actuel avocat – Document : RésistanceS.

 


Ce 20 décembre, le site des éditions Bernard Mengal était toujours accessible. Site dont le webmaster était Georges-Pierre Tonnelier, l'un des dirigeants du Front national de Michel Delacroix, comme le montre notre document – Document : RésistanceS.


Tonnelier va-t-il noircir l’image du FN ?
Parmi les autres collaborateurs de « Contre/Thèse » se trouve un certain Marc Levaux. Actif dans la région liégeoise dans les années 1990, ce dernier milita tour à tour à Agir (une dissidence du Parti des forces nouvelles, d’obédience néonazie) et au Front national. M. Levaux est aussi l’auteur d’un livre de propagande écrit pour faire la promotion de REF. Scission radicale d’Agir, ce mouvement tenta de mettre sur pied une formation politique prenant pour modèle le parti Rex de Léon Degrelle, avec le même slogan et le même symbole.

Dans une autre de ses nombreuses affaires judiciaires, Tonnelier a choisi comme avocat… Marc Levaux. Un hasard ? Par ailleurs, signalons encore que Marc Levaux a été lui aussi condamné pour... racisme, par la Cour d'appel de Liège, le 22 décembre 2006. Sa peine : un mois de prison avec un sursis de trois ans.

Pour en revenir au procès pour racisme contre Bernard Mengal et Georges-Pierre Tonnelier, il devrait s’ouvrir au début de l’année prochaine. Une très mauvaise nouvelle pour les nouveaux dirigeants du Front national. En effet, ils tentent de présenter leur parti comme étant respectable. En cas de condamnation de leur dirigeant Georges-Pierre Tonnelier, il est fort à parier que l’image du FN belge soit à nouveau noircie. La faute à qui ?

Simon HARYS

(1) Source : Manuel Abramowicz, « Extrême droite et antisémitisme en Belgique – De 1945 à nos jours », livre, éditions Evo, Bruxelles, 1993, pp. 147 à 149.

Réactions de Georges-Pierre Tonnelier


Suite à la publication de notre article « Nouveau procès pour racisme contre Tonnelier » (RésistanceS, 20 décembre 2007), Georges-Pierre Tonnelier a réagi en notre direction. Ci-dessous, voici son texte qu'il nous a communiqué pour... se justifier.


« Lorsque le site internet ''Résistances'' parle d’un « nouveau » dossier, je tiens à souligner ici qu’il s’agit de faits déjà fort anciens, puisqu’ils datent de l’an 2000 : la plainte officielle du Centre pour l’Egalité des Chances, qui était d’ailleurs dirigée non contre moi, mais contre Bernard Mengal et ses éditions seules, date d’octobre 2001. A l’époque, j’étais jeune et j’ai sans doute agi avec un peu d’empressement et sans prendre toutes les précautions voulues à l'égard d'un individu sans scrupules.

De même, lorsqu’il évoque la condamnation dont j’ai été victime en avril 2006, il fait référence à l’année 2001 pour les faits litigieux, alors qu’ils datent en réalité du début de l’an 2000, le tract en question ayant été rédigé dans le cadre de la campagne électorale pour les élections d’octobre 2000. On me reproche là en réalité, dans les deux cas, des erreurs de jeunesse pour lesquelles je paie encore fort cher aujourd’hui.Il est faux d’affirmer que j’étais politiquement actif avec Bernard Mengal sur le campus de l’ULB au milieu des années 1990, pour plusieurs raisons : la première est que je ne me suis inscrit à l’ULB que de septembre 1998 à septembre 2000 ; la seconde est que, si Bernard Mengal était bien une de mes connaissances que je fréquentais occasionnellement, en aucun cas je n’étais associé à lui dans ses activités politiques.

Je n’ai jamais fréquenté « L'Association des Successeurs des Âses », ni aucune association - encore moins de secte ! - néo-païenne : M. Abramowicz sait d’ailleurs fort bien que je suis catholique, m’ayant déjà reproché mes prises de position opposées à l’avortement. J’ai accepté, à titre de service, de réaliser, techniquement, un site internet pour le compte de M. Mengal, en mettant en ligne des textes dont il était soit l’auteur, soit l’éditeur responsable. D’une part, les textes que j’ai mis en ligne pour son compte n’étaient, à mon sens et à première vue, pas constitutifs d’infraction à la loi (regardez sur le site en question); d’autre part, je ne cautionne nullement ces écrits, ceux parus sur internet ou ailleurs, dont je n’ai, en ce qui concerne ces derniers, pas pris connaissance à l’époque – peut-être aurais-je dû le faire, je le reconnais. En application du principe de la responsabilité en cascade, consacré à l’article 25, al. 2 de la Constitution, je ne suis d’ailleurs, ni pénalement, ni civilement responsable des écrits dont une autre personne est soit l’auteur, soit l’éditeur.

Je ne doute donc pas un instant que le tribunal m’acquittera ; je n’en dirais pas de même de M. Mengal, qui sera là, je pense, justement sanctionné pour des écrits racistes et antisémites inacceptables dans un Etat démocratique. Il est exact que j’ai accepté, à l’époque, de signer un article paru dans la revue « Contre-Thèses », relatif à la situation malheureuse de la population vivant à Haïti, mais j’ignorais à ce moment-là le contenu des autres articles de cette revue.

J’estime donc avoir été trompé par M. Bernard Mengal, avec lequel j’ai d’ailleurs coupé tous les ponts. Je réaffirme ici que je condamne, sans réserve et sans ambigüité, le racisme dit « biologique » prôné par le régime national-socialiste allemand, ainsi, d’ailleurs que toute forme de racisme. Je condamne donc pareillement les articles de la revue « Contre-Thèses », « antisémites, favorables aux négationnistes et prônant ouvertement un racisme de type biologique », ainsi que d’une manière générale, les écrits de M. Bernard Mengal, dans la mesure où ils relèvent de telles considérations.

Ayant personnellement plusieurs amis africains, je suis choqué et dégoûté par le racisme primaire qui ressort de ces publications, dont j’ignorais le contenu exact à l’époque des faits. Je dois reconnaître, à ma décharge, ne guère m’intéresser à la philosophie - c’est ainsi que M. Mengal décrivait ses ouvrages - et je n’ai donc pas pris connaissance à temps de sa prose ; sans doute ai-je eu tort et je le regrette. J’ai sans doute pêché par ignorance et par négligence. Si j’avais connu la véritable nature des agissements de M. Bernard Mengal, il ne fait aucun doute que je ne l’aurais certainement pas fréquenté. En tant que petit-fils de résistante, je suis, de même, outré par l’antisémitisme qui caractérise ces publications, pour lesquelles je n’ai que du mépris. Je précise également que, s’il est manifestement exact que le site que j’avais réalisé à l’époque est toujours en ligne, je ne suis par ailleurs plus en possession des codes d’accès à celui-ci depuis l’an 2000, date à laquelle je les ai remis à M. Bernard Mengal. Je tiens également à préciser que j’ai déposé plainte contre lui, du chef d’usurpation d’identité, étant donné que mon nom continue à figurer comme webmaster de ce site, alors que je ne le suis plus depuis cette époque. Il ne m’est malheureusement pas, à mon grand regret, techniquement possible, d’obtenir la suppression de ce site ou à tout le moins celle de mon identité, étant donné qu’il est hébergé aux Etats-Unis. Cette plainte a été jointe au dossier pénal pendant devant le Tribunal correctionnel et la véracité de son existence est donc facilement vérifiable.»

Georges-Pierre Tonnelier



Notre réaction
L’équipe de RésistanceS prend bonne note des déclarations de Georges-Pierre Tonnelier, et en particulier de sa condamnation du « racisme biologique » et de l’antisémitisme.

Elle s’interroge néanmoins sur la cohérence de telles déclarations avec les choix politiques actuels de G-P. Tonnelier, qui fait toujours partie aujourd’hui du (nouveau) Front national, un parti dont rien n’indique qu’il soit désireux de se distancer de ses accointances idéologiques passées.

Voir notamment :

• Le Pen à Bruxelles ! FN français et belge : la romance continue
• Le FN-Delacroix en voie de développement
• Création en Belgique d’un comité pro-Le Pen

L’équipe de RésistanceS

 


© RésistanceS – Observatoire belge de l'extrême droite – www.resistances.be – info@resistances.be – Article mis en ligne le 20 décembre 2007

 

 

REACTUALISATION du 31 novembre 2008 :
Georges-Pierre Tonnelier n'est plus d'extrême droite CLIQUEZ ICI


Prestation de serment en 1995 d'une élue bruxelloise du Front national. Depuis, Georges-Pierre Tonnelier en est l'un de ses dirigeants © Image : Télé Bruxelles.


A lire aussi :

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• Le président du FN condamné pour racisme

• Le point sur Georges-Pierre Tonnelier

• Qui est Georges-Pierre Tonnelier ?


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