RésistanceS.be 28-02-2013

Lors d'une conférence européenne en Suisse


Les identitaires se réorganisent pour la survie de la « race blanche »


Souvent présentées comme étant en rupture avec l'extrême droite traditionnelle, les références doctrinales des identitaires proviennent pourtant - en partie - de l'héritage nazi. Ce sont les nouveaux racialistes de la droite radicale européenne. Des purs et durs. Malgré l'adoption d'un style adapté aux temps modernes. Démonstration après une conférence à Genève de l'Action européenne, un réseau transfrontalier partisan d'un nouvel ordre européen.
 



Paris, janvier 2012, la « défense de la race blanche » scandée sur un autocollant © Photo : Manuel Abramowicz


L'extrême droite est composée de plusieurs courants. Partageant un tronc commun, un passé historique analogue et des valeurs identiques, ces courants ont parfois des approches doctrinales et stratégiques différentes. Le « courant identitaire » est l'un de ceux-ci. Apparu dès la fin des années 1980, c’est au milieu des années 1990 qu'il va progressivement prendre place, puis s'imposer, au sein de l’extrême droite traditionnelle.

Le courant identitaire se singularise par sa rupture avec le nationalisme historique. A la place des Etats-Nations formant le continent européen, il est partisan d'une Europe des régions sur une base fédéraliste. Le socle commun de celle-ci serait constitué par ses « communautés homogènes », soit par ses ethnies (ses races) d’origine.

Bien implanté en France, ce courant se subdivise lui-même en deux sous-courants. L’un rassemble ses «pragmatiques», l'autre regroupe des organisations qui se revendiquent ouvertement comme racialistes, avec des liens avec le (néo)nazisme.


Identitaires pragmatiques
Conduits outre-Quiévrain par le Bloc identitaire (BI) , les identitaires pragmatiques se caractérisent par un discours et une militance adaptés au monde actuel. Cependant, le corpus doctrinal du BI s'arc-boute toujours sur des références ethniques et, par ricochets, sur la défense de la « race blanche ». Lors de sa dernière « convention identitaire », en novembre dernier dans la ville d'Orange (sud de la France), l'un de ses orateurs, Mario Borghezio, député européen de la Ligue du Nord (parti xénophobe régionaliste italien), a enflammé la salle avec une diatribe des plus racialistes. Extrait :

« Un peuple c'est le sang, une ethnie, des traditions et nos ancêtres ! (...) Vive les blancs en Europe ! Vive notre ethnie ! Vive notre race ! » (1).


Identitaires racialistes
Le second « clan identitaire » est conduit en France, notamment, par le mouvement Terre et Peuple (T&P) et par la publication Réfléchir & Agir (R&A).

Fondé en 1994 par Pierre Vial, l'un des dirigeants historiques de l'extrême droite française  ,Terre et Peuple se présente comme un mouvement de « résistance identitaire européenne », désormais également implanté, sous l'égide de « bannières », en Espagne, au Portugal et en Wallonie. Pour ce mouvement, le « peuple », c'est la race ! Le combat pour l'identité raciale est au centre de son combat. Comme le rappelait, Pierre Vial en 2011 :

« L’identité a évidemment une base ethnoraciale (ou, si l’on préfère, - mais c’est la même chose – bioculturelle). C’est donc notre appartenance à la communauté ethnoraciale européenne qui fonde notre identité » (2).

La revue Réfléchir & Agir est acquise aux mêmes théories  . Le dossier de son dernier numéro publié (hiver 2013) est justement consacré à « la question raciale ». L'un des responsables de cette « revue autonome de désintoxication idéologique », Eugène Krampon (un pseudonyme), écrit dans ce dossier :

« Avec près de 12 millions de personnes (un habitant sur 6 !) ayant une origine extra-européenne, la question raciale se pose pour nous autres Français de souche européenne avec une angoisse non dissimulée : celle de disparaître à moyen terme dans un vaste magma gris et métissé » (3). Il est dès lors impératif, pour Eugène Krampon, que la « race blanche » retrouve sa « fierté identitaire ».


Nouvel ordre européen
Au milieu des années 2000, la revue Réfléchir & Agir et le mouvement Terre et Peuple proposèrent une alliance au Bloc identitaire. Sans eux, ce dernier lancera ensuite, en 2007,  une « Fédération identitaire », dont l'existence ne sera toutefois qu'éphémère . En désaccord au niveau politique, la concurrence pour obtenir le leadership de leur courant d'appartenance est rude entre les deux fractions identitaires devenues les pires ennemies. Sur le plan européen, elles se distinguent par leurs contacts respectifs avec des formations et mouvements d'extrême droite différents. En Belgique, des contacts existent entre le Bloc identitaire et le Vlaams Belang. Ailleurs, le BI tente des alliances avec des formations émergeant de la « nouvelle droite national-populiste », moins marquée par un héritage historique lié au fascisme ou au nazisme .

La seconde fraction identitaire a établi pour sa part des collaborations avec des organisations d'extrême droite pures et dures pour qui l'Europe de l'« ère hitlérienne » reste « le » modèle. Comme en témoigne une récente conférence confidentielle qui s'est déroulée récemment à Genève. Celle-ci était proposée par l'Action européenne (AE). Ce réseau européen est directement issu du Nouvel ordre européen (NOE), une structure internationale fondée, en 1951, par des rescapés du nazisme et animée par le suisse Gaston-Armand Amaudruz. Le NOE a été l'initiateur de congrès européens auxquels ont participé des groupuscules néonazis venant d'Espagne, de Suisse, de France, d'Allemagne, de Belgique... Depuis la fin des années 1980, le NOE agonise.

Pour éviter sa disparition définitive, l'AE a repris le flambeau sous une nouvelle forme, plus moderne, passe-partout et en se présentant officiellement comme un « mouvement pour l'Europe libre ». Dans les coulisses de l'Action européenne, Gaston-Armand Amaudruz reste incontournable et ses responsables des disciples inconditionnels du négationnisme, une stratégie en vue de réhabiliter le nazisme .


Front de combat identitaire européen
Lors de la conférence à Genève de l'AE, le dimanche 20 janvier dernier, plusieurs responsables de mouvements identitaires européens étaient présents : les français Pierre Vial (dirigeant-fondateur de Terre et Peuple) et Jean Haudry (ancien professeur d'université et membre de la direction de  T&P), l'allemand Pierre Krebs (dirigeant du Thule-Seminar, un cercle idéologique racialiste), l'espagnol Enrique Bisbal Rossel (de Tierra y Pueblo, la bannière espagnole de T&P), l'autrichien Hans Berger (responsable de l'Action européenne en Autriche) et le suisse Bernhard Schaub (chef actuel de l'AE).

Cette conférence s'organisa dans l'objectif de « renforcer la collaboration entre identitaires européens » (4). A terme, cette collaboration devrait  déboucher sur la mise en place d’un véritable « front de combat identitaire européen » (5).



Le français Pierre Vial (Terre et Peuple) et l'allemand Pierre Krebs (Thule-Seminair) à la tribune de la conférence de l'Action européenne, le 20 janvier dernier à Genève – Image extraite d'une vidéo postée sur Youtube.


« Nous sommes racialistes »
Prenant la parole au nom des bannières française, espagnole et portugaise de Terre et Peuple, Pierre Vial y a défendu la « communauté du peuple », dont la base ne pourrait être que « bioculturelle ». Pour Vial, « l’identité implique l’appartenance à une race ». En précisant :

« Nous disons, sans hésitation ni ambiguïté, que nous sommes racialistes. Etre racialistes, c’est considérer l’appartenance raciale comme un facteur décisif – mais non le seul – dans l’histoire des peuples » (6).

Pour Pierre Vial, la « race blanche » est l'objet d'un « asservissement », dont les responsables sont « les monothéismes, les religions du Livre, les fils d’Abraham comme se définissent aussi bien les musulmans et les chrétiens que les juifs – ainsi que les versions laïcisées des monothéismes que sont le marxisme et le capitalisme ». Dans cette optique, il est dès lors impératif pour Pierre Vial de se doter d'un programme « ethnopolitique ». Impliquant dès lors la séparation des « races », c'est-à-dire en clair la mise en pratique d'un système d'apartheid planétaire. Pour lui, il y a une urgence d'y parvenir, puisque :

« Aujourd’hui, (...) (les) peuples blancs (...) sont menacés de mort par les envahisseurs venus d’autres continents et qui haïssent les Blancs ».


« Révolution identitaire...
une révolution du Sang et du Sol
 »

Face à cette vision apocalyptique, l'allemand Pierre Krebs précisera dans son allocution prononcée à Genève à la tribune de l'AE :

« Nous sommes mes amis les éveilleurs de l’âme de notre race et les gardiens de son sang ! A ceux qui l'auraient peut-être oublié, rappelons-le : nous sommes en guerre ! Une guerre à mort, la guerre du globalisme contre les Peuples, la guerre de l’arbitraire contre le droit, la guerre du nomadisme contre l'enracinement, la guerre de l'or et de la marchandise contre le Sang et le Sol, la guerre des planétariens contre les identitaires » (7).

Pour gagner cette guerre, Pierre Krebs prône la « révolution identitaire » qui ne pourra être qu'une « révolution du Sang et du Sol ». La mission des identitaires est dès lors, à rappelé son « camarade » français Pierre Vial, de « réveiller la conscience raciale des peuples blancs », d'« organiser la résistance et la reconquête identitaires ». Tout un programme. Avec pour cibles désignées : « le mondialisme », « le pouvoir cosmopolite » et « le conditionnement mental qui est infligé (aux Blancs, NDLR) depuis 1945 ».



Identitaires et racisme biologique
Déjà présente en Suisse (son bastion), en Autriche, en Allemagne et en Grande-Bretagne, l'Action européenne ambitionne de s'étendre encore d'avantage en Europe. A l'occasion de sa conférence genevoise, Pierre Vial a été dans ce but nommé « responsable national pour la France » de l'AE.

A n'en pas douter, les identitaires - nostalgiques de l'Europe racialiste d'avant 1945 – souhaitent participer à la réorganisation de l'extrême droite au niveau continental. Ils démontrent ainsi que le racisme biologique reste en vogue. Les identitaires ne proposent rien de nouveau.

Alexandre VICK

 



L'identitaire racialiste et négationniste suisse Gaston-Armand Amaudruz reste incontournable au sein de l'Action européenne (AE). Depuis 1951, il animait le Nouvel ordre européen (NOE), un réseau international néonazi. – Capture d'écran du site de l'AE faite le 26 février 2013.

 

Notes :
(1) Source : « Les identitaires font la police de la presse », article publié le 4 novembre 2012 sur le blog de notre partenaire français Droite(s) extrême(s).
(2) Extrait de « Europe Identité, qu'est-ce que c'est ? », article de Pierre Vial, in Europe Identité (journal édité par le mouvement Terre et Peuple), n° 1, avril 2011, p. 1 
(3) Extrait de « La question raciale est posée », article d'Eugène Krampon (pseudonyme), in Réfléchir & Agir, n°43, hiver 2013.
(4) Selon la notice « Front de combat identitaire européen » publiée le 25 janvier 2013 du mouvement Terre et Peuple.
(5) Idem.
(6) Extrait de « Notre Honneur s’appelle Fidélité », discours tenu à Genève le 20 janvier 2013 par Pierre Vial à la conférence de l'Action européenne.
(7)  Extrait de « L'avènement de l'ethno-socialisme », discours tenu par Pierre Krebs à Genève le 20 janvier 2013 à la conférence de l'Action européenne.

 



Note de la rédaction

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© RésistanceS.be – web-journal de l'Observatoire belge de l'extrême droite – www.resistances.be – info@resistances.be – Article mis en ligne le 28 février 2013.



Affiche de 1959 du Nouvel ordre européen (NOE), un réseau transfrontalier fondé huit ans auparavant par des rescapés du nazisme. Aujourd'hui, son successeur, l'Action européenne, souhaite mettre en place un « Front de combat identitaire européen » - Doc. Archives de RésistanceS.be



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