RésistanceS.be 12-07-2010

 

Réhabilitation des inciviques


A la Libération déjà, ils prônaient l'amnistie


Le rôle que jouèrent très vite plusieurs dirigeants du parti populaire chrétien flamand, le CVP (l'ancêtre de l'actuel CD&V), pour amnistier les collaborateurs est un fait historique. A l'époque de la guerre froide, les inciviques étaient alors utiles dans la lutte anticommuniste et dans la reconstruction du paysage politique belge. Comme le rappellent Hans Depraeter et Jenny Dierickx, les auteurs de «La Guerre froide en Belgique» (1).


Quelques temps après la fin du nazisme, sur cette photo des militants de la Vlaamse concentratie durant une manifestation publique. Fondé en 1949, ce parti nationaliste participa avec beaucoup d'autres, notamment des dirigeants du Christelijke Volkspartij (CVP), au combat pour l'amnistie. En 1954, la Concentration flamande donna naissance à la Volksunie (l'Union populaire), une nouvelle formation national-flamande catholique. Comme le Vlaams Belang (extrême droite), la Nouvelle alliance flamande (N-VA) de Bart De Wever est issue de ce courant nationaliste.



Dès la Libération, la répression se fit jour. Ce qui n'était évidemment pas du goût de tous. Le parti catholique de l'époque était d'avis que les anciens collabos, considérés comme des éléments de valeur, devaient être utilisés dans le cadre de la nouvelle priorité : la lutte contre la menace communiste.

Le quotidien catholique «De Standaard », qui était partisan de cette politique, écrivait en 1948 :

«Le premier et plus important remède au communisme est et doit être : la liquidation de la répression. La liquidation est un moyen positif : elle permet de renforcer nos forces anti-communistes de dizaines de milliers d'éléments de valeur » (2).

Ex-collabos sur les listes du CVP !
Le résultat fut une violente campagne en vue de la réhabilitation des collaborateurs. C'était surtout l'aile droite du Christelijke Volkspartij (CVP) qui en était l'instigatrice. Pour elle, seule une droite forte pouvait former un bloc face à la présence communiste dans notre pays. Aux élections de 1949, le parti catholique flamand obtint une majorité absolue au Sénat. Ce succès était dû en partie à sa campagne pour la libération de quelques collaborateurs notoires. De plus sa liste électorale était truffée d'un certain nombre de grands noms de la collaboration. Le premier était Victor Leemans.

Secrétaire général du ministère des Affaires étrangères pendant l'occupation nazie, il fut arrêté en 1944. Mais son dossier judiciaire fut classé trois ans plus tard. A côté de lui se trouvait Jos Custers. Cet ancien membre du parti d'extrême droite VNV fut nommé au poste de commissaire général à la Reconstruction, après la Libération. Enfin, il y avait Emile de Winter, le responsable pendant la guerre du ravitaillement au ministère de l'Agriculture et de l'Approvisionnement (3).

Le gouvernement lui-même entreprit plusieurs démarches en vue de l'affaiblissement de la répression. C'est Paul Struye, alors ministre de la Justice dans le gouvernement Spaak, de mars 1947 à novembre 1948, qui prit la première mesure afin d'affaiblir la répression des collabos. Le 14 juin 1948, il proposa une loi sur l'épuration concernant le civisme. D'après cette loi, les droits politiques et civils de collaborateurs ayant encouru une peine autre que criminelle pouvaient leur être restitués.

Contre les «buveurs de sang»
Ce même ministre provoqua encore un mouvement de protestation parmi la population lorsqu'il accorda, vers la fin de l'année 1948, la grâce à deux rexistes condamnés à mort dans le Borinage. Suite aux interpellations de parlementaires socialistes, libéraux et communistes, Paul Struye remit sa démission.

Cinq ans plus tard, un autre ministre, Jean Pholien, dut lui aussi démissionner après avoir gracié Adriaan Van Coppenolle. Condamné à mort en 1948, ce dernier avait dirigé la gendarmerie pendant l'Occupation en la structurant sous le modèle d'organisation nazie.

A cette époque, pour la droite, les communistes belges étaient les responsables de la sévérité de la répression. Ils étaient représentés comme des «buveurs de sang». Pourtant, dans sa revendication pour que l'on condamne ceux qui avaient collaboré, le Parti communiste se référait strictement au code pénal. Mais il se rendit vite compte que la répression laissait à désirer : les autorités étaient beaucoup trop dures envers les responsables de délits mineurs et trop laxistes envers les plus grands collaborateurs. Surtout ceux qui avaient été actifs dans l'administration de guerre et le monde économique.

Hans Depraeter et Jenny Dierickx

in «La Guerre froide en Belgique» (Epo, 1986)
(les sous-titres ont été rajoutés par RésistanceS.be)

Notes
(1) «La Guerre froide en Belgique», traduit du néerlandais, fut édité en 1986 aux éditions anversoise Epo. Il constitue la version livre du mémoire en criminologie de Hans Depraetere et Jenny Dierickx, à l'Université catholique de Louvain (Kul).
(2) «De Standaard», mars 1948.
(3) Jan Capelle, e.a. «De zwarte schaduw voor de Vlaamse burgerij», Epo, 1981, page 75.

 

 


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© RésistanceS.be – web-journal de l'Observatoire belge de l'extrême droite – www.resistances.be – info@resistances.be – Article publié une première fois dans «RésistanceS» (version papier) n°4, automne 1998, p. 5 - Mis en ligne le 12 juillet 2010.

 

 

 




Sommaire du dossier de RésistanceS.be sur l'amnistie des ex-collabos :

Les collabos belges vont-ils être amnistiés ?

Épuration et répression des collaborateurs en chiffres

Répression et réhabilitation des inciviques : Retour dans l'Histoire belge

A la Libération déjà, ils prônaient l'amnistie

Les cas Elias et Hellebaut : chefs des nazis flamands et des SS wallons

Les liens entre la droite catholique et l'extrême droite flamandes (interview d'Hugo Gijsels)

Les liaisons dangereuses entre le CD&V et le Vlaams Belang


A lire également sur ce thème, les précédents articles de RésistanceS.be :

La récupération des «anciens» nazis par les services secrets occidentaux

Rues nazies flamandes... sans complexes

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Were Di, un cercle à la base du Vlaams Blok et du combat pour l'amnistie

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A l'Est, les nazis de hier sont réhabilités

 

Consultez aussi notre rubrique «Retour vers l'Histoire»


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