RésistanceS.be 12-07-2010

Chefs des nazis flamands et des SS wallons


Les cas Elias et Hellebaut


Après la guerre, la justice belge prononça des condamnations sévères, pour l'exemple, contre quelques «grands collaborateurs». Ce fut le cas pour Hendrik Elias, dirigeant du parti nazi VNV, et Franz Hellebaut, dernier commandant de la SS wallonne. En 1959, graciés par le roi, ils furent remis en liberté. De nos jours, Elias reste toujours un modèle pour le Vlaams Belang. Les ex-Bourguignons, les soldats wallons de la SS, encore en vie cultivent un souvenir commémoratif pour Hellebaut.


Hendrik Elias, portant l'uniforme du VNV, et Franz Hellebaut, en uniforme de commandant de la SS «Wallonie».


Brillant universitaire, Hendrik Elias fut au début de l'occupation allemande le bourgmestre du «Grand Gand», instauré en mai 1942. Quelques mois plus tard, en octobre 1942, il est désigné chef du Vlaams nationaal verbond (VNV, Union nationale flamande), après la mort de son dirigeant, Staf De Clercq.

Fondé en 1933, le VNV, parti d'extrême droite indépendantiste flamand, était devenu durant la Seconde Guerre mondiale le plus important mouvement collaborationniste en Flandre. En 1939, le VNV comptait 30.000 membres. En 1941, ils seront plus de 50.000 à posséder une carte d'adhésion à l'Union nationale flamande.

Militaire, royaliste et patriote anticommuniste
Franz Hellebaut fut le commandant de la Division SS «Wallonie» de juillet 1944 à mai 1945. Depuis la cinglante défaite de l'armée belge devant l'avancée nazie en mai 1940, il avait été enfermé dans un oflag, un camp de prisonniers de guerre réservé aux officiers. Après la mort au combat, en février 1944, de Lucien Lippert, le commandant des SS wallons sur le Front de l'Est et l'un de ses anciens compagnons d'armes, le major Hellebaut accepta, en juin 1944, de reprendre le commandement de la Division SS «Wallonie». Les Allemands le firent alors sortir de l'oflag où il séjournait pour lui permettre de revêtir l'uniforme des SS avec l'écusson wallon. Et de poursuivre le combat sur le front de l'Est contre les Soviétiques pour le compte de Berlin...

Selon cet officier royaliste, le roi était favorable à son engagement sous le drapeau nazi, dans le cadre de la défense de l'Occident chrétien contre les «rouges» .

Franz Hellebaut passait pour être l'un des protégés du général Van Overstraeten, le conseiller militaire de Léoplod III (1).

Le militaire royaliste belge n'était pas membre du mouvement Rex de Léon Degrelle. Pas davantage que son ex-compagnon d'armes, Lucien Lippert, et que bien d'autres soldats, sous-officiers et officiers belges de la Division SS «Wallonie». Militaire, royaliste et patriote, son engagement sur le front russe se fit néanmoins par conviction idéologique et anticommunisme.


Manifestation nationaliste flamande pour l'amnistie des anciens collaborateurs pronazis, le 20 septembre 1959 dans les rues d'Anvers. Ses participants réclamaient notamment la libération de prison d'Hendrik Elias © Photo inédite - Archives RésistanceS.be


Condamnés à mort, puis libérés en 1959
Arrêtés à la Libération, Hendrik Elias et Franz Hellebaut furent, comme d'autres, condamnés à mort. Mais la peine capitale se transforma bien rapidement en une condamnation à vie.

Malgré de vives oppositions au Parlement, Elias et Hellebaut furent finalement graciés et libérés à la Noël 1959. Au cours des débats parlementaires houleux sur la remise en liberté de ses «traîtres à la patrie» selon l'opposition communiste), furent également dénoncées les visites en prison rendues par des officiers supérieurs de l'armée belge à Franz Hellebaut (2). Il semble que le SS-Sturmbannführer de la Division SS «Wallonie» bénéficiait encore à l’époque de plusieurs soutiens émanant de hauts-gradés militaires belges.

En 1973, Hendrik Elias décéda. Franz Hellebaut mourut lui en 1984. Lors de ses années en prison, le dernier commandant des SS wallons avait été l'objet d'une campagne politique qui réclamait sa libération. Cette campagne fut organisée par le Mouvement social belge (MSB), un groupuscule néorexiste dont les liens avec Degrelle, exilé depuis 1945 en Espagne franquiste, avait été renoués. Franz Hellebaut refusera cependant à sa libération de participer à toute restructuration de l'extrême droite. L'ancien officier national-monarchiste de l'armée belge préféra se lancer dans le rassemblement des Bourguignons, les rescapés de la SS «Wallonie» du front de l'Est, sous la forme d'une amicale d'anciens combattants apolitique.

De nos jours, l'amicale le Dernier Carré, où se retrouvent les derniers «soldats maudits» belges de la «croisade anti-bolchévique», cultive encore le souvenir commémoratif du dernier commandant de la SS wallonne. A l'occasion de son rassemblement annuel 2010, qui se déroula en novembre dernier dans la périphérie bruxelloise, outre les ex-SS wallons encore en vie, la présence, comme à chaque fois, de «jeunes» responsables ou ex-dirigeants de l'extrême droite, comme deux anciens chefs du Parti des forces nouvelles (qui passèrent ensuite au Front national belge) et le «Fondateur» du mouvement REF, fut observée.


La délégation du Mouvement social belge (MSB), un groupuscule néorexiste dirigé par d'anciens de la SS «Wallonie» et Jean-Robert Debbaudt, lors d'une manifestation pour l'amnistie des inciviques, le 20 septembre 1959 à Anvers. Le MSB revendiquait alors la libération de Franz Hellebaut © Photo inédite - Archives RésistanceS.be

Référence pour l'extrême droite
L'ex-dirigeant du VNV Elias gardera quant à lui de nombreux admirateurs officiels au sein de l'extrême droite. Actuellement, il reste une référence incontournable, en particulier auprès de dirigeants du Vlaams Blok/Belang et de ses organisations militantes proches, comme le Voorpost

En 2008, les éditions Egmont, liées à ce parti héritier direct du VNV, proposaient dans leur catalogue le livre «60 nationalistische figuren». Hendrik Elias se trouvait en très bonne place dans cet ouvrage passant en revue, par le biais de petites notices biographiques, les principaux dirigeants et intellectuels du mouvement nationaliste flamand. Le commentaire qui accompagnait sa notice était des plus élogieux.

«60 nationalistische figuren» avait pour objectif officiel de faire connaître à la «jeune génération militante» le passé historique et héroïque du mouvement flamand. L'auteur de ce livre de propagande nostalgique de l'Ordre nouveau ? Roeland Raes, l'un des fondateurs en 1978 du Vlaams Blok, vice-président jusqu'en 2001, plusieurs fois parlementaire et véritable idéologue de ce parti. Le nazi Hendrik Elias reste toujours en 2010 une des personnalités historiques adulées par l'extrême droite flamande.

Manuel Abramowicz


Notes :
(1) Source : Eddy De Bruyne, «Le Recrutement dans les Stalags et Oflags en faveur de la Légion Wallonie», étude déposée au Centre d'études Guerre et société contemporaine, février 1998.
(2) Source : Compte rendu analytique de la Chambre des représentants du 26 janvier 1960.


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Sommaire du dossier de RésistanceS.be sur l'amnistie des ex-collabos :

Les collabos belges vont-ils être amnistiés ?

Épuration et répression des collaborateurs en chiffres

Répression et réhabilitation des inciviques : Retour dans l'Histoire belge

A la Libération déjà, ils prônaient l'amnistie

Les cas Elias et Hellebaut : chefs des nazis flamands et des SS wallons

Les liens entre la droite catholique et l'extrême droite flamandes (interview d'Hugo Gijsels)

Les liaisons dangereuses entre le CD&V et le Vlaams Belang


A lire également sur ce thème, les précédents articles de RésistanceS.be :

La récupération des «anciens» nazis par les services secrets occidentaux

Rues nazies flamandes... sans complexes

Staf De Clercq : un collabo nazi de référence pour le Vlaams Blok

Au cœur de l'idéologie national-solidariste

Were Di, un cercle à la base du Vlaams Blok et du combat pour l'amnistie

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Le dernier chef du rexisme est décédé

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A l'Est, les nazis de hier sont réhabilités

 

Consultez aussi notre rubrique «Retour vers l'Histoire»


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