RésistanceS 24-06-2007

Procès Belgique & Chrétienté / RésistanceS


Polémique, organe de diffusion d’écrits pronazis ?

Alain Escada, actuel président de Belgique & Chrétienté (B&C), fonda en 1995 et dirigea jusqu'en 2003 Polémique, une revue d'extrême droite, ouvrant largement ses colonnes à sa « famille de pensée » : de la droite catholique pure et dure (intégriste) à des individus marqués par une certaine nostalgie historique et politique. À en croire Henri Laquay, avocat d'Alain Escada et de B&C, dans le procès intenté par eux à RésistanceS, c’est sur base de trois articles seulement que nous prétendons faire de Polémique une revue accueillant des écrits pronazis. Voyons cela de plus près.



Quelques couvertures « types » de feu le journal d'Alain Escada, le président actuel de Belgique & Chrétienté © Photo et document RésistanceS.



« Adieu Gil »
Dans son édition du 18 septembre 1997, Polémique publie un hommage à Georges Gilsoul, dit « Gil », qui n’est autre qu’un ancien de la SS Wallonie, conduite sur le Front de l'Est par le collaborateur Léon Degrelle. L’article rappelle l’amitié qui a continué à unir, après la fin de la dictature nazie, Gisoul et Marc Augier, alias « Saint-Loup », un autre « étranger » (français) de la SS allemande.

Fin 1944, ce Marc Augier n’était autre que le rédacteur en chef de Devenir, le journal officiel des SS français de la brigade, puis de la division « Charlemagne ». Il fut condamné à mort par contumace et deviendra un des modèles de l'extrême droite contemporaine, en France comme en Belgique


Article de Polémique, du 18 septembre 1997, rendant hommage à Georges Gilsoul, alias « Gil » et ancien de la division SS conduite par le nazi belge Léon Degrelle © Photo et document RésistanceS.



Promotion des Amis de Robert Brasillach
Dans son édition du 25 septembre 1997, c’est à la promotion de l’association des Amis de Robert Brasillach (ARB) que s’atèle Polémique. Robert Brasillach fut l’un des plus importants auteurs antisémites de l’entre-deux guerres ; rédacteur en chef de Je suis partout, revue fasciste, nationaliste et antisémite, dès 1937, il fut également un collaborateur français du nazisme et fut fusillé pour cette raison au lendemain de la Libération. Loin d’être un article relatif aux activités littéraires de Brasillach, l’article de Polémique en question a pour seul objet la promotion d’une association qui s’est donné pour but d’« explorer toute les facettes » de ce collaborateur notoire, qui avait affirmé sous l'occupation nazie de la France :

« Il faut se séparer des Juifs en bloc et ne pas garder les petits » (1).

Aucune distance critique n’est d’ailleurs prise avec les engagements politiques de Robert Brasillach, au contraire : l’article de Polémique, parlant du roman de Brasillach « Les sept couleurs » - un roman dans lequel l'auteur évoque l’exaltation qu’il a ressentie au congrès de Nuremberg, congrès du parti nazi d'Adolf Hitler -, évoque« une époque à la fois troublée et séduisante par bien des aspects malgré tout ». Et de rendre grâce à l’association des amis de Robert Brasillach « de poursuivre avec tant de constance la tâche entreprise il y a déjà un demi-siècle »



Polémique du 27 août 1998 © Photo et document RésistanceS.


« Maurice Bardèche : un honnête homme »
C’est le titre d’un article écrit par un dénommé Jacques Roy et publié le 27 août 1998 dans Polémique. Maurice Bardèche fut le principal collaborateur de Robert Brasillach pendant l’occupation hitlérienne. En 1948, il écrivit un livre niant les crimes nazis, « Nuremberg ou la terre promise ». Bardèche se définissait lui-même comme un « écrivain fasciste ». Au sujet du fascisme, il écrivit notamment ceci :

« On finira par regarder les expériences fascistes comme des expériences politiques qui ont été obérées et défigurées par les nécessités dramatiques de la guerre, mais qui ont pour caractère essentiel l’exaltation de certaines valeurs morales : le courage, l’énergie, la discipline, la responsabilité, la conscience professionnelle, la solidarité, dont la disparition est le drame des sociétés qui ont suivi. Être fasciste aujourd’hui, c’est souhaiter que ces mots aient un sens pour les peuples » (2).

A sa mort, en 1998, il était toujours une référence politique essentielle de l’extrême droite française comme belge.

 


Plaidoyer de Maurice Bardèche pour le fascisme et la survie de la « race blanche » dans Le Crapouillot, daté de septembre-octobre 1984 © Photo et document RésistanceS.

Soutien aux amis de Drieu La Rochelle
Ecrivain français, Drieu La Rochelle était un ardent défenseur, durant la Deuxième Guerre mondiale, de la collaboration avec l’Allemagne nazie. Dans son édition du 20 novembre 1997, Polémique engage les lecteurs à prendre contact avec l’association des Amis de Drieu La Rochelle. L'objectif de cette association est de faire perdurer la mémoire de ce pronazi. Le fondateur des Amis de Drieu La Rochelle, Daniel Leskens, est pour sa part un ancien dirigeant du Parti des forces nouvelles, d'obédience néonazie. Le même Leskens fait par ailleurs partie de la direction du Front national de Daniel Féret au moment de la publication de l'article de Polémique favorable aux Amis de Drieu La Rochelle.


Est-ce là tout ? Non !
Polémique a également publié des articles signés de militants, de dirigeants ou d'idéologues de l’extrême droite belge : Arnaud de Monstelle, Claude Soas ou Jacques Roy, entre autres.

Il serait fastidieux d’entrer dans le détail des écrits de ces partisans nostalgiques de l'Ordre nouveau nazi. Aussi nous contenterons-nous d’épingler quelques extraits de leur prose.

Pour Arnaud de Monstelle, un activiste issu du courant néonazi catholique :

« Il est certainement malhonnête d’accuser Hitler d’avoir déclenché de propos délibéré la deuxième guerre mondiale. Comme la première, celle-ci avait été voulue et provoquées par la judéo-maçonnerie internationale, avec le Royaume-Uni et les Etats-Unis d’Amérique pour instruments » (3).

Dans un autre article, de Monstelle fustige :

« (la) pseudo-égalité des races, qui prévaut aujourd’hui dans notre société européenne décadente » (4).

 


Rédacteur du Bulletin indépendant d'information catholique (journal des adeptes belges de monseigneur Lefevbre), Arnaud de Monstelle va également participer à l'édition belge des Cahiers européens, le journal dirigé par feu François Duprat, le leader des néonazis du Front national français dans les années 1970. En 1979, le futur collaborateur de Polémique avait écrit, dans les Cahiers européens-Belgique, un article exprimant son soutien à Adolf Hitler, comme le prouve notre document ci-dessus © Photo et document RésistanceS.

 

 


Couverture du Le Lien fraternel, n°72, 4e trimestre 1989. Après la disparition du Bulletin indépendant d'information catholique et des Cahiers européens-Belgique, Arnaud de Monstelle va poursuivra son combat. Notamment au sein des Chevaliers de Saint-Michel et de Saint-Georges, un petit cercle national-catholique confidentiel nostalgique de l'Ordre nouveau qui va éditer Le Lien fraternel. Dans celui-ci, Arnaud de Monstelle cible à nouveau les ennemis éternels de l'Occident chrétien. Polémique aura des contacts avec la rédaction du Lien fraternel © Photo et document RésistanceS.

 


Dans les années 1990, c'est dans Polémique d'Alain Escada qu'Arnaud de Monstelle va donner son « point de vue » sur la société. Extrait d'un de ses articles publié dans Polémique, n° 48 du 1er août 1996 © Photo et document RésistanceS.


Claude Soas (pseudonyme cachant l'identité d'un « cadre » de l'extrême droite belge actif depuis le début des années 1970), dans son livre « Vers un matérialisme biologique » (édité à compte d'auteur au milieu des années 1990 et vendu notamment au sein de la mouvance du Front national), défend la collaboration pronazie, soutient les thèses d’Hitler et nie les crimes nazis. Il cible également les Juifs de manière régulière, sous les termes de « haute finance internationale », « apatride » ou « cosmopolite ». Et va plus loin, lorsqu’il écrit que :

« (Les) camps de concentration (qu’on transforme bien souvent en camps d’extermination, pour la bonne cause), (…) à l’inverse des camps de concentration anglais, créés à la guerre des Boers, ont l’avantage de maintenir une mauvaise conscience chez tous les Européens, et possèdent aussi l’énorme avantage de procurer aux Juifs et à l’Etat d’Israël, la plus grande partie de leurs ressources financières. Grâce aux camps de concentration hitlériens, les Juifs se sont procurés des esclaves modernes à bon compte et à vie. Et, si ces esclaves rechignent à payer encore, l’on ressort un Eichmann, un Barbie ou un Touvier quelconque, afin de pouvoir reparler du fameux Holocauste. Cette attitude à sens unique des média est nettement plus payante (pour les patrons juifs et pour les banquiers cosmopolites) que d’aborder dans les détails les réalisations sociales du National-Socialisme ».

Enfin, Soas prône l’eugénisme dans la « race blanche », afin de la préserver de la « sélection à rebours » (5).

 


Couverture intérieur du livre de Claude Soas, un des collaborateurs de Polémique. « Vers un matérialisme biologique » a pour objectif de réhabiliter le nazisme et son führer Adolf Hitler. Au sommaire également : négationnisme et antisémitisme © Photo et document RésistanceS.

 


Le livre pronazi, antisémite et négationniste de Claude Soas, « Vers un matérialisme biologique » est considéré comme étant être un « passionnant ouvrage » par le journal fondé et dirigé par Alain Escada, comme le prouve cet extrait venant de son numéro du 24 juillet 1998, page 9. Dont acte © Photo et document RésistanceS.

Jacques Roy, actif au sein du Front national de Daniel Féret, est l’auteur des hommages précités à l'« écrivain fasciste » (sic) Maurice Bardèche et à l'ex-nazi belge Georges Gilsoul. Il a également consacré un article à vanter les mérites de l’ouvrage de son « ami » Soas « Vers un matérialisme biologique », qu’il décrit comme « une passionnante enquête sur le meurtre prémédité d’une civilisation – la nôtre. ». Roy fut rédacteur en chef du Nouvel Europe magazine qui, dans les années septante, parraina notamment le Front de la jeunesse, une organisation paramilitaire néonazie. .


Les liens de la revue Polémique avec le Front nouveau de Belgique, le Front national belge et français, le Vlaams Blok, la Fraternité sacerdotale Saint-Pie X, l’hebdomadaire Rivarol ou feu le mensuel Nouvel Europe Magazine sont également avérés.

Enfin, Polémique a fait la promotion de plusieurs associations et publications confidentielles reconnues pour leurs liens avec le néonazisme, l’antisémitisme ou l'extrême droite radicale : Thule Sodalitas, le mouvement Nation, Renaissance européenne, Altaïr, (Devenir, Le Cri du Citoyen...

À l’évidence, les conclusions de RésistanceS - un dossier gros de 61 pages de preuves - ne se fondaient pas exclusivement sur trois malheureux articles dont l’idéologie fascisante sous-jacente aurait échappé à la vigilance d’un comité de rédaction généralement attentif.

Nadia GEERTS

Notes :

(1) Robert Brasillach, in Je suis partout, 25 septembre 1942.
(2) Maurice Bardèche : « Le fascisme, condition de notre salut », article in Le Crapouillot, (nouvelle série) n°77, septembre-octobre 1984, p. 50.
(3) Arnaud de Monstelle : « Que faut-il penser de la personnalité d’Adolf Hitler ? », article in Cahiers européens–Belgique, n°5, avril-mai 1979.
(4) Arnaud de Monstelle : « Humanité et Races », article in Le Lien fraternel n°75, 3e trimestre 1990.
(5) Claude Soas : « Vers un matérialisme biologique ou la faillite du matérialisme historique – Etude scientifique pour une meilleure compréhension de l’animal humain afin d’établir un contrat social biologique », éditions privée, 1982-1993, extraits de son livre, Belgique, 1982-1993, 419 p.

© RésistanceS – Observatoire belge de l'extrême droite – www.resistances.be – info@resistances.be – Article mis en ligne le 23 juin 2007.

 

Un dossier réalisé par Nadia GEERTS
Mis en ligne le : 24 juin 2007


Sommaire de ce dossier

Belgique & Chrétienté joue et perd : victoire judiciaire contre l'extrême droite (introduction)

Chronologie du procès Belgique & Chrétienté

Belgique & Chrétienté perd contre RésistanceS

Polémique, organe de diffusion d’écrits pronazis ?

RésistanceS-Belgique & Chrétienté, une simple incompatibilité d’humeur ?

La « collusion des ennemis de Dieu » ?

RésistanceS un « nid de gauchistes »

• Article de la revue anglais Searchlight sur ce procès : Christian ''fundis'' lose case against RésistanceS - Wim Haelsterman for AFF-Verzet/ RésistanceS reports from Brussels (27-06-2007)

 


Le jugement du 23 janvier
Pour prendre connaissance, lire et télécharger le jugement rendu contre Belgique & Chrétienté : Cliquez ici .


Lire nos articles que B&C contestait :

Un cardinal chez les fachos

Le cardinal Joos n'a finalement pas participé à la conférence dans les milieux d'extrême droite



Sur B&C, lire également :

Le retour des fous de Dieu…

Droite chrétienne-extrême droite, une longue romance

Belgique & Chrétienté, le rendez-vous de la ''vraie droite belge''

Plainte contre Belgique & Chrétienté et Nation

Vers de nouvelles structures pour l’extrême droite francophone

Who's who de la ''mouvance identitaire''

Les dissidents du FNB

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Belgique & Chrétienté : "Rivarol" ment !

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