|
Procès Belgique
& Chrétienté / RésistanceS
Polémique, organe
de diffusion d’écrits pronazis ?
Alain Escada, actuel président
de Belgique & Chrétienté (B&C), fonda en 1995
et dirigea jusqu'en 2003 Polémique, une revue d'extrême
droite, ouvrant largement ses colonnes à sa « famille
de pensée » : de la droite catholique pure et dure (intégriste)
à des individus marqués par une certaine nostalgie historique
et politique. À en croire Henri Laquay, avocat d'Alain Escada
et de B&C, dans le procès intenté par eux à
RésistanceS, c’est sur base de trois articles seulement
que nous prétendons faire de Polémique une
revue accueillant des écrits pronazis. Voyons cela de plus
près.
Quelques couvertures « types »
de feu le journal d'Alain Escada, le président actuel de Belgique
& Chrétienté © Photo et document RésistanceS.
« Adieu Gil »
Dans son édition du 18 septembre 1997, Polémique
publie un hommage à Georges Gilsoul, dit « Gil »,
qui n’est autre qu’un ancien de la SS Wallonie, conduite
sur le Front de l'Est par le collaborateur Léon Degrelle. L’article
rappelle l’amitié qui a continué à unir,
après la fin de la dictature nazie, Gisoul et Marc Augier,
alias « Saint-Loup », un autre « étranger
» (français) de la SS allemande.
Fin 1944, ce Marc Augier n’était
autre que le rédacteur en chef de Devenir, le journal
officiel des SS français de la brigade, puis de la division
« Charlemagne ». Il fut condamné à mort
par contumace et deviendra un des modèles de l'extrême
droite contemporaine, en France comme en Belgique

Article de Polémique, du 18
septembre 1997, rendant hommage à Georges Gilsoul, alias «
Gil » et ancien de la division SS conduite par le nazi belge
Léon Degrelle © Photo et document RésistanceS.
Promotion des Amis de Robert Brasillach
Dans son édition du 25 septembre 1997, c’est à
la promotion de l’association des Amis de Robert Brasillach
(ARB) que s’atèle Polémique. Robert Brasillach
fut l’un des plus importants auteurs antisémites de l’entre-deux
guerres ; rédacteur en chef de Je suis partout, revue fasciste,
nationaliste et antisémite, dès 1937, il fut également
un collaborateur français du nazisme et fut fusillé
pour cette raison au lendemain de la Libération. Loin d’être
un article relatif aux activités littéraires de Brasillach,
l’article de Polémique en question a pour seul
objet la promotion d’une association qui s’est donné
pour but d’« explorer toute les facettes »
de ce collaborateur notoire, qui avait affirmé sous l'occupation
nazie de la France :
« Il faut se séparer
des Juifs en bloc et ne pas garder les petits » (1).
Aucune distance critique n’est
d’ailleurs prise avec les engagements politiques de Robert Brasillach,
au contraire : l’article de Polémique, parlant
du roman de Brasillach « Les sept couleurs »
- un roman dans lequel l'auteur évoque l’exaltation qu’il
a ressentie au congrès de Nuremberg, congrès du parti
nazi d'Adolf Hitler -, évoque« une époque
à la fois troublée et séduisante par bien des
aspects malgré tout ». Et de rendre grâce
à l’association des amis de Robert Brasillach «
de poursuivre avec tant de constance la tâche entreprise il
y a déjà un demi-siècle »…
Polémique du 27 août
1998 © Photo et document RésistanceS.
« Maurice Bardèche : un honnête homme
»
C’est le titre d’un article écrit par un dénommé
Jacques Roy et publié le 27 août 1998 dans Polémique.
Maurice Bardèche fut le principal collaborateur de Robert Brasillach
pendant l’occupation hitlérienne. En 1948, il écrivit
un livre niant les crimes nazis, « Nuremberg ou la terre
promise ». Bardèche se définissait lui-même
comme un « écrivain fasciste ». Au sujet
du fascisme, il écrivit notamment ceci :
« On finira par regarder
les expériences fascistes comme des expériences politiques
qui ont été obérées et défigurées
par les nécessités dramatiques de la guerre, mais
qui ont pour caractère essentiel l’exaltation de certaines
valeurs morales : le courage, l’énergie, la discipline,
la responsabilité, la conscience professionnelle, la solidarité,
dont la disparition est le drame des sociétés qui
ont suivi. Être fasciste aujourd’hui, c’est souhaiter
que ces mots aient un sens pour les peuples » (2).
A sa mort, en 1998, il était toujours
une référence politique essentielle de l’extrême
droite française comme belge.

Plaidoyer de Maurice Bardèche pour le
fascisme et la survie de la « race blanche »
dans Le Crapouillot, daté de septembre-octobre 1984
© Photo et document RésistanceS.
Soutien aux amis de Drieu La
Rochelle
Ecrivain français, Drieu La Rochelle était un ardent
défenseur, durant la Deuxième Guerre mondiale, de la
collaboration avec l’Allemagne nazie. Dans son édition
du 20 novembre 1997, Polémique engage les lecteurs
à prendre contact avec l’association des Amis de Drieu
La Rochelle. L'objectif de cette association est de faire perdurer
la mémoire de ce pronazi. Le fondateur des Amis de Drieu La
Rochelle, Daniel Leskens, est pour sa part un ancien dirigeant du
Parti des forces nouvelles, d'obédience néonazie. Le
même Leskens fait par ailleurs partie de la direction du Front
national de Daniel Féret au moment de la publication de l'article
de Polémique favorable aux Amis de Drieu La Rochelle.
Est-ce là tout ? Non !
Polémique a également publié des articles
signés de militants, de dirigeants ou d'idéologues de
l’extrême droite belge : Arnaud de Monstelle, Claude Soas
ou Jacques Roy, entre autres.
Il serait fastidieux d’entrer dans
le détail des écrits de ces partisans nostalgiques de
l'Ordre nouveau nazi. Aussi nous contenterons-nous d’épingler
quelques extraits de leur prose.
Pour Arnaud de Monstelle,
un activiste issu du courant néonazi catholique :
« Il est certainement malhonnête
d’accuser Hitler d’avoir déclenché de
propos délibéré la deuxième guerre mondiale.
Comme la première, celle-ci avait été voulue
et provoquées par la judéo-maçonnerie internationale,
avec le Royaume-Uni et les Etats-Unis d’Amérique pour
instruments » (3).
Dans un autre article, de Monstelle fustige
:
« (la) pseudo-égalité
des races, qui prévaut aujourd’hui dans notre société
européenne décadente » (4).

Rédacteur du Bulletin indépendant
d'information catholique (journal des adeptes belges de monseigneur
Lefevbre), Arnaud de Monstelle va également participer à
l'édition belge des Cahiers européens, le journal
dirigé par feu François Duprat, le leader des néonazis
du Front national français dans les années 1970. En
1979, le futur collaborateur de Polémique avait écrit,
dans les Cahiers européens-Belgique, un article exprimant
son soutien à Adolf Hitler, comme le prouve notre document
ci-dessus © Photo et document RésistanceS.

Couverture du Le Lien fraternel, n°72,
4e trimestre 1989. Après la disparition du Bulletin indépendant
d'information catholique et des Cahiers européens-Belgique,
Arnaud de Monstelle va poursuivra son combat. Notamment au sein des
Chevaliers de Saint-Michel et de Saint-Georges, un petit cercle national-catholique
confidentiel nostalgique de l'Ordre nouveau qui va éditer Le
Lien fraternel. Dans celui-ci, Arnaud de Monstelle cible à
nouveau les ennemis éternels de l'Occident chrétien.
Polémique aura des contacts avec la rédaction
du Lien fraternel © Photo et document RésistanceS.

Dans les années 1990, c'est dans Polémique
d'Alain Escada qu'Arnaud de Monstelle va donner son « point
de vue » sur la société. Extrait d'un de ses articles
publié dans Polémique, n° 48 du 1er août
1996 © Photo et document RésistanceS.
Claude Soas (pseudonyme cachant l'identité
d'un « cadre » de l'extrême droite belge actif depuis
le début des années 1970), dans son livre «
Vers un matérialisme biologique » (édité
à compte d'auteur au milieu des années 1990 et vendu
notamment au sein de la mouvance du Front national), défend
la collaboration pronazie, soutient les thèses d’Hitler
et nie les crimes nazis. Il cible également les Juifs de manière
régulière, sous les termes de « haute finance
internationale », « apatride » ou
« cosmopolite ». Et va plus loin, lorsqu’il
écrit que :
« (Les) camps de concentration
(qu’on transforme bien souvent en camps d’extermination,
pour la bonne cause), (…) à l’inverse des camps
de concentration anglais, créés à la guerre
des Boers, ont l’avantage de maintenir une mauvaise conscience
chez tous les Européens, et possèdent aussi l’énorme
avantage de procurer aux Juifs et à l’Etat d’Israël,
la plus grande partie de leurs ressources financières. Grâce
aux camps de concentration hitlériens, les Juifs se sont
procurés des esclaves modernes à bon compte et à
vie. Et, si ces esclaves rechignent à payer encore, l’on
ressort un Eichmann, un Barbie ou un Touvier quelconque, afin de
pouvoir reparler du fameux Holocauste. Cette attitude à sens
unique des média est nettement plus payante (pour les patrons
juifs et pour les banquiers cosmopolites) que d’aborder dans
les détails les réalisations sociales du National-Socialisme
».
Enfin, Soas prône l’eugénisme
dans la « race blanche », afin de la préserver
de la « sélection à rebours » (5).

Couverture intérieur du livre de Claude
Soas, un des collaborateurs de Polémique. «
Vers un matérialisme biologique » a pour objectif de
réhabiliter le nazisme et son führer Adolf Hitler.
Au sommaire également : négationnisme et antisémitisme
© Photo et document RésistanceS.

Le livre pronazi, antisémite et négationniste
de Claude Soas, « Vers un matérialisme biologique »
est considéré comme étant être un «
passionnant ouvrage » par le journal fondé et dirigé
par Alain Escada, comme le prouve cet extrait venant de son numéro
du 24 juillet 1998, page 9. Dont acte © Photo et document RésistanceS.
Jacques Roy,
actif au sein du Front national de Daniel Féret, est l’auteur
des hommages précités à l'« écrivain
fasciste » (sic) Maurice Bardèche et à l'ex-nazi
belge Georges Gilsoul. Il a également consacré un article
à vanter les mérites de l’ouvrage de son «
ami » Soas « Vers un matérialisme biologique
», qu’il décrit comme « une passionnante
enquête sur le meurtre prémédité d’une
civilisation – la nôtre. ». Roy fut rédacteur
en chef du Nouvel Europe magazine qui, dans les années septante,
parraina notamment le Front de la jeunesse, une organisation paramilitaire
néonazie. .
Les liens de la revue Polémique avec le Front nouveau
de Belgique, le Front national belge et français, le Vlaams
Blok, la Fraternité sacerdotale Saint-Pie X, l’hebdomadaire
Rivarol ou feu le mensuel Nouvel Europe Magazine sont
également avérés.
Enfin, Polémique a fait
la promotion de plusieurs associations et publications confidentielles
reconnues pour leurs liens avec le néonazisme, l’antisémitisme
ou l'extrême droite radicale : Thule Sodalitas, le mouvement
Nation, Renaissance européenne, Altaïr, (Devenir,
Le Cri du Citoyen...
À l’évidence, les
conclusions de RésistanceS - un dossier gros de 61 pages de
preuves - ne se fondaient pas exclusivement sur trois malheureux articles
dont l’idéologie fascisante sous-jacente aurait échappé
à la vigilance d’un comité de rédaction
généralement attentif.
Nadia GEERTS
Notes :
(1) Robert Brasillach, in Je suis
partout, 25 septembre 1942.
(2) Maurice Bardèche : « Le fascisme, condition
de notre salut », article in Le Crapouillot, (nouvelle
série) n°77, septembre-octobre 1984, p. 50.
(3) Arnaud de Monstelle : « Que faut-il penser de la personnalité
d’Adolf Hitler ? », article in Cahiers européens–Belgique,
n°5, avril-mai 1979.
(4) Arnaud de Monstelle : « Humanité et Races »,
article in Le Lien fraternel n°75, 3e trimestre 1990.
(5) Claude Soas : « Vers un matérialisme biologique
ou la faillite du matérialisme historique – Etude scientifique
pour une meilleure compréhension de l’animal humain afin
d’établir un contrat social biologique »,
éditions privée, 1982-1993, extraits de son livre, Belgique,
1982-1993, 419 p.
© RésistanceS –
Observatoire belge de l'extrême droite – www.resistances.be
– info@resistances.be – Article mis en ligne le 23 juin
2007.
|
Un dossier réalisé
par Nadia GEERTS
Mis en ligne le : 24 juin 2007
Sommaire de ce dossier
• Belgique
& Chrétienté joue et perd : victoire judiciaire
contre l'extrême droite (introduction)
• Chronologie
du procès Belgique & Chrétienté
• Belgique
& Chrétienté perd contre RésistanceS
• Polémique,
organe de diffusion d’écrits pronazis ?
• RésistanceS-Belgique
& Chrétienté, une simple incompatibilité
d’humeur ?
• La
« collusion des ennemis de Dieu » ?
• RésistanceS
un « nid de gauchistes »
• Article de la
revue anglais Searchlight sur ce procès : Christian
''fundis'' lose case against RésistanceS - Wim Haelsterman
for AFF-Verzet/ RésistanceS reports from Brussels (27-06-2007)
Le
jugement du 23 janvier
Pour prendre connaissance, lire et télécharger le jugement
rendu contre Belgique & Chrétienté : Cliquez
ici .
Lire
nos articles que B&C contestait :
• Un cardinal chez les fachos
• Le cardinal Joos n'a finalement pas
participé à la conférence dans les milieux d'extrême
droite
Sur B&C,
lire également :
• Le retour des fous de Dieu…
• Droite chrétienne-extrême
droite, une longue romance
• Belgique
& Chrétienté, le rendez-vous de la ''vraie droite
belge''
• Plainte contre Belgique & Chrétienté
et Nation
• Vers
de nouvelles structures pour l’extrême droite francophone
• Who's
who de la ''mouvance identitaire''
• Les
dissidents du FNB
• Un Laquay monte au ''Front''
• Un Belge membre du Comité de
soutien à Le Pen
•
''Rivarol'', Chard et leurs amis n'aiment pas les juifs
• ''Rivarol'' soutient le négateur-menteur
Reynouard
• Belgique & Chrétienté
: "Rivarol" ment !
• Alain Escada réagit

RésistanceS a
dix ans ! Cliquez ici
|