RésistanceS.be 11-01-2013

Projet de loi « mariage pour tous »


Les homos divisent l'extrême droite


Ce dimanche, une manifestation « apolitique » et « citoyenne » aura lieu à Paris. Dans le but de s'opposer au projet de loi pour le « mariage pour tous ». Y seront également présents le ban et l'arrière-ban de la nébuleuse catholique intégriste, renforcés par différents groupuscules d'extrême droite. Au Front national, la division règne entre « gay friendly » et « homo-incompatibles ». Les anti-marinistes dénoncent l'infiltration du parti d'extrême droite par un « lobby homo ».
 



Cortège d'extrême droite lors d'une précédente manifestation contre le « mariage homo » - DR


Depuis plusieurs mois, les opposants au projet de loi ouvrant le mariage et l'adoption aux couples homosexuels - que souhaite faire voter le gouvernement français – se mobilisent. Le 17 novembre dernier, ils organisaient des rassemblements de rue dans plusieurs grandes villes. Ce dimanche, une nouvelle manifestation - dite « pour tous » - défilera sur les pavés parisiens. Conduite par une coalition large, ses organisateurs s'affirment officiellement apolitiques et souhaitent présenter leur initiative comme citoyenne et pluraliste.

Une grande partie des mouvements, associations et courants catholiques se mobilisent pour y être en nombre. Comme des organisations religieuses protestantes, juives et  musulmanes. Ainsi que quelques politiques venant de la gauche (par exemple Bernard Poignant, le maire PS de Quimper) et même l'un ou l'autres militants homosexuels opposés au mariage pour les personnes du même sexe. Des alibis forts utiles pour éviter aux organisateurs de la « manif pour tous » toutes stigmatisations.


Nébuleuse intégro-traditionaliste
Malgré que selon certains «le message clair et unique de la manifestation du 13 janvier (...) est brouillé par des appels à dénoncer l’homophobie, la persistance à développer le concept d’homo-éducation, l’ostracisme contre les ''intégristes'' et les ''fachos''» (*), les différentes tendances  national-catholiques appellent massivement à se rendre au défilé contre la « mariage homo ».

C'est le cas du Centre Henri et André Charlier, de l'Alliance générale contre le racisme et pour le respect de l'identité française et chrétienne (Agrif), de la branche française de l'organisation internationale Tradition Famille Propriété (TFP), de l’Institut du Bon-Pasteur conduit par l'abbé Philippe Laguérie (ex-FSSPX), de l'association SOS tous petits, du mouvement Renaissance catholique, de la Fraternité sacerdotale Saint-Pie X (FSSPX, lefebvriste ), de l'Institut Civitas (la branche politique de la FSSPX) et bien d'autres composantes de la nébuleuse intégro-traditionaliste française.


UMP, centristes...
Du côté politique, ce sont exclusivement des partis de droite, souverainistes et du centre qui appellent leurs affiliés à descendre dans la rue. Avec le but de bien s'y faire remarquer. L'UMP sarkozyste toujours dirigée par François Copé y sera présente. Ainsi que des responsables du Modem de François Bayrou.

Tout comme le (petit) Parti chrétien démocrate (PCD) de l'ancienne ministre sarkozyste Christine Boutin.


Extrême droite : tous présents
A « la droite de la droite », la mobilisation est une fois de plus générale. Les formations et mouvements d'extrême droite battront à nouveau le pavé dans trois jours à Paris.

Parmi ceux-ci se trouveront les dissidents frontistes du Parti de la France , de la Nouvelle droite populaire et du Mouvement national républicain, les gros bras du GUD (Groupe union défense), le Bloc identitaire , les nationalistes BCBG du Renouveau français, les nationaux-monarchistes de l'Action française (disciples de Charles Maurras ), les néofascistes nostalgiques de Vichy de l'OEuvre française (OF ), leurs Jeunesses nationalistes (JN), des membres de l'équipe du journal pro-révisionniste Rivarol ,...

Depuis le début, l'extrême droite pure et dure participe activement à la mobilisation catholique contre le projet de loi autorisant le mariage homosexuel. Le 18 novembre dernier, elle constituait une grande partie de la manifestation parisienne sur le même thème, organisée cette fois-là par les intégristes lefebvristes de Civitas. Ce sont des activistes néofascistes provenant du GUD, des JN, de l'OF et d'autres groupuscules, avec quelques membres du service d'ordre de Civitas, qui s'attaquèrent aux militantes du mouvement féministe Femen venues sur place pour contre-manifester symboliquement. Plusieurs d'entre-elles furent alors passées à tabac. Les images de ce lynchage avaient fortement choqué et produit un impact médiatique négatif à la défaveur des intégristes lefebvristes.


Et le Front national ?
Si l'ensemble des groupuscules et petites formations de la droite nationaliste, populiste et identitaire se déplaceront à Paris ce dimanche, Marine Le Pen a estimé pour sa part que son parti ne devait pas se rendre officiellement à la manifestation. Afin, selon elle, de ne pas manifester derrière l'UMP et participer à un conflit liant la formation sarkozyste au PS. Pour la présidente du FN, la donne est simple :

« Cette manifestation citoyenne légitime ne doit pas pour autant masquer la double instrumentalisation dont elle est l’objet de la part de l’UMP et du PS, dans le seul but de faire oublier leur proximité idéologique sur la politique d’austérité, de saccage social, de défense de l’ultralibéralisme destructeur, tout comme leurs échecs patents dans la lutte contre l’ immigration massive, l’insécurité permanente, le chômage de masse et les vagues de délocalisations » (extrait d'un communiqué du FN daté du 4 janvier 2013).

L'absence d'appel à manifester imposée par la cheffe du parti d'extrême droite a suscité de nombreuses critiques – souvent en « voix off » - de la part de dirigeants et de militants frontistes fidèles aux valeurs historiques qui ont été à la base de la création, en 1972, du FN par l'organisation néofasciste Ordre nouveau. Louis Aliot, son vice-président (et compagnon de Marine Le Pen), comme d'autres au Front, estiment qu'il faut être présent ce 13 janvier dans les rues de Paris pour s'opposer aux « mariages homos ». C'est également le cas du président d'honneur de la formation frontiste, Jean-Marie Le Pen.



La presse et les mouvements d'extrême droite hors FN ciblent la ligne politique de Marine Le Pen et l'accusent d'être sous l'emprise de ses lieutenants homosexuels...


Sous l'influence du « lobby gay »... frontiste ! 
A propos de l'homosexualité, Marine Le Pen se distingue fortement par rapport à la tradition en vigueur à l'extrême droite. Le premier mai 2011, lors de son discours tenus  à la fin du défilé annuel à Paris du FN, la présidente de ce parti avait déjà choqué plus d'un frontiste. Parce qu'elle avait scandé :

« Qu'on soit homme ou femme, hétérosexuel ou homosexuel, chrétien, juif, musulman ou non croyant, on est d'abord français ! ».
 
Aujourd'hui, la position de Marine Le Pen et de ses lieutenants sur la loi pour le mariage pour tous a été la cible d'attaques en-dessous de la ceinture de la part de ceux qui à l'extrême droite s'opposent avec virulence à la nouvelle ligne présidentielle du Front national.

Le journal Minute, jadis soutien médiatique du FN, s'est ouvertement attaqué, dans son édition du 2 janvier, à Marine Le Pen en dénonçant un « lobby gay » qui formerait désormais au sein de la direction frontiste son entourage. Le journal Présent, pilier du courant national-catholique actif au Front national sous l'ère Le Pen père, a abondé dans le même sens.

Tout comme bien entendu Rivarol, dont l'obsession anti-mariniste est désormais aussi forte que celle alimentant ses fantasmes sur le « complot mondialiste » contre la « race blanche ». Jérôme Bourbon, le directeur de Rivarol, propose ainsi dans sa dernière livraison un article intitulé « ''Mariage'' gay : le FN contre la famille ». Une occasion pour lui de rappeler que :

« dès 2010, nous avions déclaré lors d’un entretien à un site traditionaliste e-deo que l’entourage de Marine Le Pen n’était composé que d’arrivistes sans scrupule, de juifs patentés et d’invertis notoires » (dans le vocabulaire d'extrême droite, les « invertis » désignent les homosexuels).

Bourbon insiste encore en écrivant plus loin dans son article :

« Le nouveau FN est un parti aussi pourri que les autres. En lui accordant sa voix, on participe à son financement public, engraissant ainsi des invertis, des soutiens actifs de la vomitive Gay Pride, des folles dégénérées qui prennent Marine Le Pen pour Dalida ! ».

L'hypothèse sur ce « lobby gay » introduit au coeur de l'appareil dirigeant du Front national a par ailleurs reprise par Christine Boutin, la présidente du Parti chrétien démocrate.


Un Front désormais lézardé
Après plusieurs jours de tension, le bureau politique du Front national a pour finir diffusé, sous la pression interne et externe, le 7 janvier dernier, un communiqué pour informer qu'il « appelle ceux qui, élus, cadres, militants ou sympathisants, veulent exprimer leur opposition à ce projet de loi en participant à ''la manifestation pour tous''».

Cependant, ce n'est qu'une « délégation » frontiste et pas le parti qui y sera... La famille lepéno-frontiste vient de royalement se lézarder sur la « question homo ».

Manuel ABRAMOWICZ

(*) Communiqué du 7 janvier dernier du mouvement Renaissance catholique : « Le 13 janvier, dans la rue, pour la famille et contre la dénaturation du mariage ».

 

 

Flashback


Le Pen n'aime ni les rouquins ni les pédés !

L'extrême droite et ses multiples familles (national-catholique, nationaliste, identitaire, frontiste, lepéniste ...) sont, comme nous l'avons vu dans l'article ci-dessus, divisées sur la question de l'homosexualité.

Au Front national, la fille est « gay friendly », son père reste « homo-incompatible ». Comme nous le rappelle un reportage du journal télévisé de la chaine France 2.

Au cours d'un déplacement électoral en mai 1997, à Mantes-la-Jolie, Jean-Marie Le Pen fut accueilli par des manifestants antifascistes. Après avoir littéralement plaqué au mur et menacé physiquement une élue socialiste, le président du Front national de l'époque s'attaqua à ses autres opposants de façon extrêmement virile. Voici le reste de la bande son de ce reportage :

- (En off) Tout ce parcours est jalonné d'incidents entre manifestants, policiers et militants FN.
- (Le journaliste à Jean-Marie Le Pen) Vous vous êtes vous-même mêlé à la bagarre.
- (JMLP) Dans la mesure où l'on m'agresse, je n'ai jamais eu peur d'un autre homme, ni même de plusieurs...
- (Le journaliste en voix off) Et il va le montrer une deuxièmement fois. Surprenant son entourage, Jean-Marie Le Pen se rejette dans la bagarre.
- (JMLP, poursuivant les poings serrés un manifestant anti-FN) T'as qu’à courir, tu vas voir rouquin, pédé...



Jean-Marie Le Pen poursuivant en 1997 un « rouquin pédé », selon sa vision primitive de ses ennemis politiques – Image France 2.

(M.AZ)

Pour voir cette séquence de France 2 CLIQUEZ ICI

 





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© RésistanceS.be – web-journal de l'Observatoire belge de l'extrême droite – www.resistances.be – info@resistances.be – Article mis en ligne le 11 janvier 2013.



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