RésistanceS.be 05-04-2014
Réactualisé le 12 avril 2014

Le retour du groupe néonazi L'Assaut ?


Le mouvement Nation est-il une milice privée violente ?


Devant un meeting du Vlaams Belang à Bruxelles, les principaux dirigeants de Nation se sont attaqués très violemment à des manifestants antifascistes. En toute impunité. Au nez et à la barbe de la police. Pour qui roule réellement ce mouvement d'extrême droite ? A-t-il été instrumentalisé par les autorités communales contre les « antifa » et les... « nationalistes » ? Enquête de RésistanceS.be



Militants de Nation en pleine action. Etonnement, les forces de l'ordre sont restées les bras-croisés – Photo diffusée sur Facebook


Jeudi dernier, des manifestants venus protester contre un meeting du Vlaams Belang (VB), le parti flamand anti-belge d'extrême droite, qui devait se tenir dans les galeries de la Reine dans le coeur historique de Bruxelles, ont été agressés par des militants et des dirigeants de Nation, un groupuscule francophone « identitaire » et « solidariste ». Sur le « solidarisme »

La manifestation antifasciste était essentiellement composée de jeunes militants du Mouvement ouvrier chrétien (MOC).

Action préméditée
Depuis plusieurs jours, Nation avait mobilisé ses militants pour venir affronter à Bruxelles ce rassemblement anti-VB. Son action était donc préméditée. C'est évident, les activistes d'extrême droite y étaient venus pour faire le « coup de poing ». Certains avaient les mains gantés de gants renforcés de métal. Des militants de Nation sont des habitués de ce genre d'activités « sportives » urbaines. Notamment en marge de matchs de football dans les rangs des « ultras » .

Connus pour leur lâcheté légendaire, ils ont par exemple bastonné à l'aide d'une chaise une vielle personne. L'agresseur a été identifié, notamment grâce à un reportage de Télé Bruxelles et de nombreuses photos diffusées sur le Net. Très prochainement, l'auteur des faits pourra dès lors être poursuivis devant les tribunaux pour coups et blessures.

 



Le courageux militant de Nation armé d'une chaise est Emersson Heng. Un habitué des provocations. Sur la photo de droite : le même en tenue de combat militaire en train de faire une « quenelle », le signe de ralliement des supporters politiques de Dieudonné, l'humoriste français partisan du Front national lepéniste – Image : Télé Brxuelles / Photo : Archives RIDAF.

 

Agresseurs connus
Lors des échauffourées avec les militants antifa (antifascistes), tous les membres de Nation impliqués dans les violences ont été identifiés. Ils sont bien connus et agissent sur leur véritable identité sur Facebook. Il y avait notamment :

• Pascal Cornet
Secrétaire général de Nation. Ex-militaire de carrière. Spécialiste des « opérations mouton » du mouvement. et .

• Eddy De Smedt
Ancien vice-président du Front national dirigé par Charles Pire et Georges-Pierre Tonnelier. C'est ce FN qui s'était allié au mouvement Nation. Actuel responsable bruxellois de ce dernier. C'est un ancien policier .

• Antonio Ferrera
Alias « Filipe Bruxelles » sur Facebook, on le retrouve régulièrement dans l'ombre d'Hervé Van Laethem, le fondateur de Nation et du groupe néonazi L'Assaut (voir plus bas) .

• Serge Cali
Responsable de Nation à Bruxelles .

• Emersson Heng
Il s'agit de l'auteur des coups sur une vieille personne à l'aide d'une chaise lors des échauffourées du jeudi 3 avril au centre-ville de Bruxelles. Responsable des jeunes de Nation, il encadre régulièrement ses « boneheads » (skinheads NS : « Nazi Skin » ou « Nationaux-Socialistes »). Militant d'extrême droite depuis son adolescence, il a des contacts avec des boneheads français, notamment de l'ex-mouvement Troisième Voie de Serge Ayoub et de la Picard Crew. Emersson Heng est un maillon important d'un réseau regroupant divers groupuscules extrémistes européens. Il leur sert de contact en Belgique..

• Fred Laruelle
Activiste ouvertement « NS » de Nation, c'est un pur et dur qui préconise, comme bien d'autres militants de ce mouvement, la violence contre les antifa et ses nombreux autres ennemis. Selon Malika Naïma Nedjma, spécialiste de l'extrême droite active sur Facebook, Fred Laruelle a essayé de créer, en 2012, une section belge de la Right Wing Resistance (RWR), un mouvement néonazi de combat, apparu en Nouvelle-Zélande, pour défendre la « survie de la race blanche ». La vie de la « RWR Belgium » fut courte, mais, elle eut néanmoins le temps de se rapprocher de Francis Coune, le « führer » de la NS Wallonie également lié à Nation.

• « Switie Cindy Hayden » (pseudo)
Membre de Jeune Nation. Il revendiquera les coups et blessures quelques jours plus tard sur un forum d'un journal belge.

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Les autres militants de Nation impliqués dans les incidents de jeudi dernier devant les galeries de la Reine paraissent régulièrement sur des photographies postées sur le compte Facebook d'Eddy De Smedt ou de Kris Roman, le responsable flamand de Nation.



Les agresseurs de la manif anti-VB sont tous des militants publics et biens connus de Nation – Photos et images diffusées sur Télé Bruxelles, Facebook et Youtube.

 

La direction derrière les lignes
Durant l'attaque du commando de Nation, c'est les deux dirigeants principaux de ce mouvement (Hervé Van Laethem et Jean-Pierre Demol) qui dirigeaient, derrière la première ligne, les opérations, notamment avec le chef des Autonome Nationalisten Vlaanderen (Chris Berteryan), comme le montre très bien une vidéo postée sur Youtube. Un constat : cette attaque préméditée était coordonnée de façon très professionnelle. Comme un commando policier ou militaire en pleine opération.

• Hervé Van Laethem
Ancien militaire de carrière. Fondateur du mouvement Nation en 1999 et son actuel secrétaire politique. Dirigeant dans les années 1980 de la section bruxelloise du Vlaams Militanten Orde (VMO), une milice privée néonazie et violente, dissoute par la justice pour cette raison .
A la disparition du VMO-Bruxelles en 1988, pour le remplacer, sera créé L'Assaut, toujours dirigé par « RV », la signature d'Hervé Van Laethem dans le journal de liaison de ce groupe néonazi.

• Jean-Pierre Demol
Porte-parole de Nation et sa tête de liste pour les prochaines élections législatives à Bruxelles. Ancien dirigeant-fondateur du Mouvement social nationaliste (MSN), un groupsucule néorexiste bruxellois qui a participé à la création, en 1985, du Front national belge de Daniel Féret.
C'est Demol qui siégeait pour le compte de Nation au sein du bureau politique du FN (clan Charles Pire ), dont le secrétaire national était Georges-Pierre Tonnelier, aujourd'hui allié à un autre « groupuscule identitaire », mais cette fois-ci d'obédience « islamo-gauchiste » directement lié à Olivier Mukuna, ancien journaliste, notamment à La Dernière Heure, et courroie de transmission de la « galaxie Dieudonné » dans notre pays.

Chris Berteryan
Ancien membre du groupe L'Assaut. Déjà connu dans les années 1990 comme dirigeant d'un groupuscule bruxellois néonazi flamand, il avait disparu de la circulation pendant près de 10 ans. Selon l'AFF/Verzet, le partenaire flamand du web-journal RésistanceS.be, Chris Berteryan s'est retrouvé pendant cette période à l'ombre, suite à quelques ennuis avec la justice.
Il dirige aujourd'hui les Autonomes Nationalisten Vlaanderen, partenaire flamand de Nation et contact chez nous de la Racial Volunteer Force (RVF), une dissidence radicale de Blood and Honour, la plus importante organisation internationale de boneheads (skins NS). Ouvertement nazie, la RVF prône le terrorisme contre les ennemis de « l'Europe blanche » .



Ici avec Pascal Cornet, Serge Cali et Fred Laruelle (ex-meneur en Belgique du groupe néonazi Right Wing Resistance), l'ancien militaire de carrière Hervé Van Laethem (barbu, chemise bleue). C'est lui qui coordonnait discrètement, avec Chris Berteryan entre autres, l'attaque commando de Nation, bien planqué derrière les lignes, comme en 1989 lors d'une action contre un concert antiraciste par le groupe néonazi L'Assaut – Photo diffusée sur Facebook.


Replis au local de Nation
Après l'agression, qui avait duré près de dix minutes, le commando violent de Nation a pu se replier sans aucun soucis. Etonnamment, il n'a aucunement été inquiété par les forces de l'ordre, pourtant présentes en grand nombre dans le centre ville à l'occasion du meeting du Vlaams Belang. Par contre, la police a réprimé sans ménagement les manifestants antifa et même procédé à l'arrestation musclée d'Ali Khedher, le directeur du Centre culturel arabe. Ce dernier venait alors de s'interposer, durant les échauffourées, pour venir au secours d'une jeune fille tabassée par des gros-bras d'extrême droite.

Après leur forfait commis, les agresseurs néofascistes ont alors rejoins tranquillement à pied le local bruxellois de Nation, qui se trouve rue de Laeken, derrière la place de Brouckère.

 



Fred Laruelle, ancien « führer » de la RWR-Belgium (Right Wing Resistance), durant l'action de répression antifa de Nation devant les galeries de la Reine de Bruxelles. Derrière lui : Jean-Pierre Demol, le porte-parole de ce mouvement national-solidariste © Photo : Karim Brikci-Nigassa / www.collectif-krasnyi.be


Nation protégé par la police?
Les incidents impliquant Nation devant le meeting du Vlaams Belang de ce jeudi démontrent :

• Lorsqu'il y a des incidents violents, Nation est présent.

• Sa présence est toujours préméditée.

• Ses militants, dont des anciens militaires de carrière, des policiers et des adeptes de sports de combat, sont des individus violents et bien organisés pour mener le combat de rue.

• En venant attaquer une manifestation contre le Vlaams Belang, le mouvement Nation confirme qu'il est bien un « chien de garde » de ce parti flamand d'extrême droite ultralibéral. Comme l'était déjà le groupe néonazi L'Assaut d'Hervé Van Laethem. A l'époque, ses nervis renforçaient souvent les rangs des nationalistes anti-belges pour faire le coup de poing contre les contre-manifestants.

• Le mouvement Nation reste donc fidèle aux méthodes agressives et au rôle de commando violent que le groupe L'Assaut remplissait, entre 1988 et 1996, au service du Vlaams Blok et d'autres partis ou mouvements d'extrême droite (Bruxelles Identité Sécurité, Front national, AGIR, FNB...). Pour des bagarres de rue, des activistes ou des sympathisants de L'Assaut furent arrêtés, emprisonnés et condamnés.

• Nation reste un mouvement extrémiste qui utilise la violence comme mode d'expression politique. Cette violence y est même cultivée par ses jeunes adhérents.

• Nation est lié, directement ou via ses partenaires, à des groupes néonazis et néofascistes qui prônent l'action directe violente : Autonome nationalisten Vlaanderen, Racial Volunteer Force (RVF), Blood and Honour (B&H), Picard Crew, Right Wing Resistance (RWR), NS Wallonie, Troisième Voie de Serge Ayoub ou encore les Jeunesses Nationalistes. Ces deux derniers mouvements, actifs en France, ont été dissous en été dernier par le gouvernement français, suite au meurtre à Paris, durant une bagarre de rue, du jeune antifasciste Clément Méric.



La première ligne du commando violent de Nation, quelques minutes avant l'agression de la manifestation contre l'extrême droite. De gauche à droite : Chris Berteryan (dirigeant des Autonome Nationalisten Vlaanderen), Pascal Cornet (secrétaire général de Nation), Eddy De Smedt (responsable bruxellois du mouvement national-solidariste et ancien vice-président du Front national dirigé par Charles Pire et Georges-Pierre Tonnelier) et Antonio Ferrera (ex-militant du groupe néonazi L'Assaut) - Photo diffusée sur le réseau social Facebook.

Pour qui roule Nation?
Malgré ce passif et ce penchant évident maintenu pour la violence, il semble une fois encore étonnant que Nation puisse agir en toute impunité. En pleine rue. Au nez et à la barbe de la police et de la justice. Etonnant ? Ce n'est pas vraiment le cas. La raison exacte du laisser-aller policier bruxellois à l'égard des nervis de Nation pourrait se trouver dans une stratégie des autorités communales de Bruxelles-ville.

Refusant la tenue du meeting du Vlaams Belang, le bourgmestre Yvan Mayeur (PS) en avait interdit son organisation dans sa commune, évoquant de possibles troubles à l'ordre public. Le VB s'était alors rendu devant le Conseil d'Etat pour casser la décision du bourgmestre de Bruxelles. La haute autorité judiciaire autorisera, à la dernière minute, le rassemblement du parti d'extrême droite flamand. Les violences qui se dérouleront ensuite seront désormais exploitées par la majorité communale pour justifier son action initiale d'interdiction et refuser prochainement d'autres manifestations d'extrême droite, sans crainte cette fois-ci l'épée de Damoclès du Conseil d'Etat. Instrumentalisé, Nation aura permis ainsi au pouvoir de lutter contre d'autres nationalistes... et de réprimer des antifa.

Dès lors, une question simple : quel est le rôle exacte que joue ce groupuscule pour le système ? Mais ceci est une autre affaire, sur laquelle RésistanceS.be reviendra très prochainement, avec quelques révélations à la clé. Grâce notamment aux témoignages d'anciens membres de Nation.

ANNE-LAURE DE RYCK
AFF Brussel / RésistanceS.be-Vlaanderen



Trois gros-bras de Nation. Certains sont responsables de coups et blessures préméditées. Que va faire la justice ? Les protéger ? - Photos diffusées sur le réseau social Facebook.

 



L'action violente de Nation s'est déroulée au nez et à la barbe de la police, comme une action commando, de type policier, militaire. Ici sur cette image Pascal Cornet (à gauche), un ancien militaire de carrière devenu secrétaire général de ce mouvement national-solidariste, en compagnie d'un de ses gros-bras en tenue de camouflage militaireen pleine rue de Bruxelles. En Grèce, c'est le parti néonazi Aube dorée qui s'occupe de la répression des manifestations antifascistes © Image : TV-Brussel

© RésistanceS.be – web-journal de l'Observatoire belge de l'extrême droite – www.resistances.be – info@resistances.be – Article mis en ligne le 5 avril 2014 – Réactualisé le 12 avril 2014.

 

 


Pascal Cornet, dirigeant bruxellois de Nation, durant l'action commando de son mouvement national-solidariste le jeudi 3 avril à Bruxelles. Le 21 janvier dernier, avec d'autres responsables de Nation, il était présent au procès intenté contre RésistanceS.be par Georges-Pierre Tonnelier, secrétaire national du Front national jusqu'à son interdiction par Marine Le Pen, notamment pour ses liens avec Nation. Liens révélés par... RésistanceS.be ! © Photo : Karim Brikci-Nigassa / www.collectif-krasnyi.be

 

PLUS D'INFOS
SUR LE MOUVEMENT NATION ?

Le dernier article paru sur le site de RésistanceS.be, le web-journal d'investigation contre l'extrême droite, sur ce mouvement national-solidariste belge francophone est :

Identitaires ? Incohérents ! Les «monarchistes » de chez Nation




Autocollants de L'Assaut dont est issu le mouvement Nation. Actif de 1988 à 1996, ce groupe néonazi a proposé une alliance électorale, en 1991, au Front national de Daniel Féret, puis rejoindra le Front nouveau de Belgique (FNB), sa dissidence conduite en 1996 par sa députée fédérale de l'époque Marguerite Bastien. L'Assaut revendiquait notamment la création d'une « Europe Blanche » - Doc. : Archives RésistanceS.be / RIDAF

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Un des gros-bras de Nation le 3 avril dernier au moment de l'agression des antifascistes. Il s'agit d'un des bras-droits du chef bruxellois de ce mouvement – Photo diffusée sur Facebook


 



Clément Méric tué parce qu'il était antifasciste
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